d+/m- Putain, ce n'est pas trop tôt. Mais vous étiez où les gars ? Oh, je vous vois venir ! Des tournées (dont une avortée au bout de deux dates en Europe de l'Est à cause d'un sanglier qui taquine votre pare-choc), un concert baston au Hellfest en 2013, un split 10' avec vos potes de Santa Cruz, des projets annexes à foison (Maladroit, Poésie Zéro, Ultra Vomit), un studio à mettre en place par Fab (bassiste). Et alors ? Est-ce que cela mérite une absence discographique de trois longues années ?

Et maintenant, vous vous rendez compte dans quelle situation indélicate vous me mettez, Messieurs les Justin(e) ? Ce n'est pas que j'ai perdu la main (et l'oreille) avec votre discographie qui tient une belle place dans ma grande étagère, mais disons que j'avais un peu oublié, faute de nouveauté, que vous étiez terriblement efficace. Oh, on arrête de se marrer ! Vous savez très bien que dans le créneau du punk rock étiqueté Guerilla Asso chanté en français, c'est bien vous les meilleurs, et ce n'est pas nouveau. Et même si vous ne voulez pas froisser le patron, je n'ai que ça à dire : les boss, c'est vous ! Fallait pas nous coller D+/m- dans les mains (et donc les oreilles), bande de gros malins. Quinze titres aussi intelligents que divertissants, quinze titres toujours aussi efficaces et rentre dedans à la manière des gars de Treillières que vous êtes. Bon, si je peux me permettre, la production est un chouilla en dessous ce que vous avez pu nous proposer avec vos deux derniers albums, mais fallait bien que je trouve un truc à dire, sinon vous allez penser que je suis un fan. Quoi ? Je suis un fan ? Et alors ?

Et toi, Alexandre, tu n'en as donc pas fini de nous pondre des textes non dénués de sens et qui appellent à la réflexion ? Oh, les trois zicos, pas la peine de sourire, car je vais m'occuper de votre cas maintenant. Votre basse batterie est toujours aussi destructeur (Fab, tes lignes de basse, je les adore), et vos guitares n'en font pas des tonnes, jouant toujours à l'essentiel pour l'intérêt de l'ensemble. Mais non, ne rougissez pas, je pense vraiment à ce que je dis. Tous vos morceaux tiennent parfaitement la route, qu'ils soient dans un registre politico/sociétaire (« Le septième titre », « Au plaisir de vous décevoir ») et qu'ils empruntent un registre musicalement plus fun (« Deux ou trois rhinocéros », « Article 3 » ,« Viva World Cup » aux accentsUncommonmenfrommarsiens). Et vous me demandez si j'ai capté que ce disque se veut plus violent et plus direct que vos précédents disques ? Mais c'est qu'ils me prennent pour un abruti, ces Justin(e). Bien sûr, et ce n'est pas pour ça qu'il est moins bien, même si j'ai toujours aimé votre légèreté et votre magnifique sens de la dérision (que vous n'avez bien sur pas perdu). Alors, même si en colère, votre disque, je l'adore.

C'est pas tout ça, mais maintenant que vous avez fait les malins avec cet excellent D+/m-, il va falloir mettre un peu de gasoil dans votre van, remplir les flightcases, ressortir votre vieille carte Michelin ou votre GPS que vous n'avez pas mis à jour (vous ferez gaffe, les services de l'équipement ont construit un nouveau rond point juste après Paray-le-Monial sur la N79) et défendre ce disque en tournée. Ça vous apprendra !