Joseph Martone

Interview : Joseph Martone, Qui est Joseph Martone ? (mars 2026)

Joseph Martone / Chronique LP > Endeavours

JOSEPH MARTONE endeavours Début de soirée, et hop : une claque en clair-obscur. J'étais autour d'une bière avec son attaché de presse français, un de ces gars qui, d'habitude, te connaissent assez pour t'envoyer plutôt du rock ou du metal bien charpenté et décibels au mètre. On refait un peu le monde, on parle musique, et au détour d'une phrase sur une cover d'A.A. Williams de Nick Cave, il me regarde, mi-surpris mi-amusé, et lâche : « Attends... je ne savais pas que tu écoutais aussi ça... ». Et il me sort Endeavours de Joseph Martone.

À la première écoute, impossible de ne pas entendre les fantômes. Leonard Cohen, Tom Waits pour le grain et la rugosité, et ce goût pour la chanson cinématographique qui peut rappeler Nick Cave période Murder ballads. La voix de Martone, profonde, rocailleuse, accroche tout de suite. Le risque, c'est la comparaison écraseuse, celle qui te fait écouter un disque en cherchant les ressemblances plutôt que les chansons. Mais non, pas ici. Car Endeavours ne joue pas au jeu du mimétisme. Il emprunte des couleurs, pas des recettes. On est plus proche de l'héritage assumé que du pompage déguisé. Ce qui fait tenir l'album, c'est la solidité des chansons et la façon dont les mélodies s'installent. Le format court, une trentaine de minutes, renforce encore l'efficacité. Pas de gras, pas de remplissage. Dès "Overboard", un gimmick de claviers t'attrape par la manche et t'embarque dans un décor feutré, presque en noir et blanc, ce qui tombe bien puisque la pochette assume exactement cette esthétique. Sobriété, grain, intemporalité. L'ensemble respire la nuit, mais une nuit habitée, pas poseuse. On croirait que le titre "Saint Marie" est une chute de Nick Cave époque Red right hand qui serait tombée une orchestration à la Ennio Morricone.

Côté production, Martone s'entoure bien. Taylor Kirk de Timber Timbre et Mike Dubue de Hilotrons co-pilotent l'atmosphère avec ce sens du détail qui fait la différence. Des textures discrètes, des choix qui ne cherchent jamais à "faire joli", plutôt à servir la narration. "Lying low" laisse passer des teintes presque morriconiennes, comme une bande originale imaginaire. "Time is a healer" se tend et s'élève grâce à des voix féminines qui viennent contrebalancer la rudesse du timbre, créant une émotion fragile mais tenace. "True times" accélère juste ce qu'il faut et se détache comme un sommet plus accueillant sans casser la cohérence globale. Et puis, il y a "On the mend", petite merveille retenue, avant "Wounded love" qui élargit le cadre pour une conclusion plus ample, plus lyrique. Au fond, Endeavours réussit là où tant d'albums à références échouent. Il transforme l'ombre portée des géants en lumière personnelle.

Publié dans le Mag #70