Jonathan Bénisty - Abdominal "En équilibre" tel le piano chancelant de l'intro de ce premier titre, à la "Dérive" entre chanson et rock plus franc, comme l'indique sa pochette, Jonathan Bénisty, à l'instar de La Blanche, montre différentes facettes d'un même visage tout le long de Abdominal, son premier album.
Les plus grincheux pourront toujours se résigner à constater que l'auteur/compositeur/interprète, entouré de ses musiciens, se la joue facile, traçant un chemin que l'on croit déjà avoir pris mille fois. Ou, de façon contradictoire, que Jonathan Bénisty ne sait vraiment choisir son camp. Mais ce serait ignorer la finesse des arrangements ("Dérive"), les guitares hurlantes de "En équilibre", l'impact des textes ("Visage", "Les mots") ou la douce rugosité du violoncelle ("Aveugle et sourd"). Sans pour autant se disperser mais malgré tout de même quelques faiblesses, l'ex-bassiste touche à diverses constructions et parvient à conserver une certaine continuité à mesure que défilent les titres. Il apprivoise aussi bien la tension du rock ("Absence"), le fait se chevaucher avec de la chanson ("Visage", "Les mots") ou s'engage sur une voie acoustique ("Dérive") et s'éclipse sur la pointe des pieds à l'aide du triptyque final "Des sorts" / "Sors" / "Dors" (bien que "Sors" soit doté d'une remarquable volée de nerfs).
Il est seulement dommage que Jonathan se soit égaré avec la langue de Shakespeare le temps d'un titre ("My fault"), pour un résultat pas tellement convainquant et n'ai pas su donner plus de corps à "Camisole" ou à quelques autres passages.
Terminer sur une note négative ne serait pas révélateur du travail fourni par Jonathan Bénisty. Car Abdominal est un album accompli, varié, très propre et qui se doit de recevoir son lot d'auditeurs, pour le moment via le web, en attendant une hypothétique mise en bacs...