JONAH MATRANGA - Psongs Jonah Matranga et moi c'est à la vie, à la mort, puisque c'est malheureusement ce qui m'a intimement rapproché de lui. J'étais déjà bien client de ce qu'il faisait musicalement avec ses différents groupes, Far, New End Original ("Lukewarm", ce tube !), Gratitude... mais cela a pris une toute autre teneur à partir du milieu des années 2000.

Ça a commencé quand pour une date parisienne, il est venu chanter dans une chambre d'hôpital quelques morceaux pour mon meilleur pote Matt, coincé et cloué au lit du fait des chimios. En bon fan transi, ce dernier avait choisi comme nom pour son webzine, Joining The Circus (que je lui ai piqué éhontément quand j'ai démarré la radio) et son label, Yr Letter Records, deux titres de Jonah. Ça a continué quand il est venu en 2012 dans un bled paumé du fin fond de l'Yonne, à l'occasion d'un festival qu'on avait organisé avec quelques ami.es, pour rendre hommage à ce pote, un an après qu'il soit parti (putain de cancer !). Ce jour-là il avait même accompagné les parents de Matt au cimetière et chanté le morceau "So long", tiré de son album And (2007), sorti en France sur... Yr Letter Rds. La boucle était bouclée. Enfin pas exactement car on a remis le couvert par deux fois les années suivantes et Jonah nous a fait un petit concert privé le mois dernier, streamé en direct de chez lui à San Francisco, pour "célebrer" les dix ans de la disparition de notre ami. Émotions (au pluriel) et yeux rougis garantis. Cette intro est un peu longue mais vous comprenez mieux maintenant pourquoi il pourrait sortir n'importe quoi, je continuerais à le suivre et le soutenir. Sauf que ça tombe bien, ce n'est pas n'importe qui. En plus d'être un gars en or, il est aussi extrêmement talentueux. On va pouvoir parler musique.

Pour ce nouveau disque, conçu pendant la pandémie, Jonah a fait appel à un vieux pote, Norman Brannon, guitariste de Texas Is The Reason (groupe emo cultissime des 90's, excusez du peu), avec qui il avait déjà fondé New End Original début 2000. Certaines chansons comme "What I know" (avec en guest le batteur de Jimmy Eat World, tranquille) avaient été démarrées à cette époque et laissées inachevées (le groupe s'étant séparé après un excellent unique album Thriller), d'autres étaient en jachère ou phase d'écriture par Jonah et Psongs est donc né de cette envie de collaborer à nouveau ensemble. Fait pas si anodin quand on sait que ce sont deux "control freaks" mais l'alchimie a encore fonctionné à merveille.

Fini le post hardcore / emo indie rock des débuts, la formule s'est quelque peu assagie, rendue plus intimiste (son crédo c'est quand même "happy livin' small", expliquant en partie l'autoproduction totale). On sort donc les violons sur "Get a dog", "Tenderwild" qui suit est sa déclaration d'amour à sa future femme (certaines personnes élaborent des mixtapes pour leurs crushs, d'autres écrivent carrément des chansons), ce qui n'empêche nullement quelques incartades plus catchy comme "Everyday angels", qui aurait sans souci pu se retrouver sur l'album de Gratitude. Quand bien même certains thèmes abordés ne sont pas des plus joyeux - il est par exemple question du racisme, dans la police avec "When I did drugs" pour parler des bavures, "it's not an accident, it's the skin" ou carrément à la Maison Blanche, "the Klan is in the House" dans l'émouvant et poignant "Hell of a year", superbe duo avec Liam Frost le Bright Eyes anglais - Jonah a généralement une propension assez importante à choisir le côté du verre à moitié plein ("This is water"), dans une positivité parfois faussement naïve mais qui fait du bien malgré tout. "Don't give up".

La voix est toujours aussi splendide et ça fait plaisir d'être encore touché, après toutes ces années. Parce qu'il est comme ça mon Jonah, il te fait chialer et en même temps il te réchauffe ton petit coeur. Je ne suis pas des plus objectifs, certes mais plus j'écoute ce magnifique picture disc, plus je l'aime et j'ai bien hâte d'entendre ça en concert.