The Jon Spencer Blues Explosion - Now I got worry Un cri tout droit sorti des entrailles qui déchire les tympans de l'assistance ("Skunk"), un grésillement rock'n'roll, ce son densément blues, cru et âpre ("Wail"), caractéristique de Jon Spencer et sa troupe, culte parmi les cultes, la griffe musicale du JSBE gang méritait largement d'être remise au goût du jour. C'est désormais chose faite avec toute une série de rééditions parues depuis le début de l'année chez Shove Records/Differ-Ant. Difficile dans le lot de faire son choix mais Now I got worry (sorti à l'origine en 1996) semblait être plutôt pas mal dans son genre, d'autant plus qu'il s'agit d'un album garni de bonus jusqu'à plus soif puisque comptant sur son tracklisting pas moins de trente-deux titres. Oui, rien que ça. On s'accroche, les tympans vont fumer. Que ce soit avec "Fuck shit up" et ses bidouillages étranges, "2kinds a love" et son blues rock groovy mais frontal ou "Chicken dog", son feeling incomparable et son efficacité rugueuse, le groupe distille une musique sans concession, directe et ravageuse. La basse y est volubile et alerte, le riff ardent ("Hot shot"), le chant, aussi rageur qu'acerbe. Parce que chez Jon Spencer, on ne supporte pas la demi-mesure. Droit dans ses bottes, le leader du groupe a toujours phagocyté l'entité "Blues Explosion", sans pour autant éteindre le talent de ses collaborateurs (cf : Judah Bauer joue dans Twenty Miles, Russel Simins s'est notamment distingué au sein de l'excellent Men Without Pants il y a quelques mois...). Mais le gazier est une figure incontournable du genre, une sorte d'icône d'un rock aride, fiévreux et intemporel. La faute sans doute à un charisme hors-norme qui transparait du reste ici sur des titres de la trempe d'un "Dynamite lover" ou d'un "Firefly child". Et même quand le groupe met la sourdine pour s'offrir une petite ballade western ("Can't stop"), ce n'est que pour mieux relancer la machine le temps de quelques brûlots rock/blues/punk cramoisis qui viennent gentiment carboniser les enceintes à coups de "Get over here" et de "Let's smerf" bien garage, non sans éviter d'insuffler une bonne petite dose de cool à l'ensemble (un "Fish sauce" jazzy et classe à souhait), souvent dominé par des hits incendiaires et bien couillus ("R.L got soul"), parfois un brin stoner ("Down low"), souvent abrasif. Merci le remastering bien foutu. 32 titres, une heure vingt d'un rock burné, parfois sauvage, parfois plus raffiné. Toujours à part. Blues Explosion. Parce que jamais un groupe n'aura aussi bien porté son nom.