JFA JFA Me voilà dès lors embarqué de mon plein gré dans un traquenard fait de la découverte d'un pub absolument démentiel (le fabuleux Toronado et sa cinquantaine de bières en pression), de la visite d'un disquaire légendaire (le toujours fringuant Amoeba) et donc d'un show en date du 21 février situé non pas à Frisco même mais de l'autre côté de la Bay, à Oakland. Le lieu du délit, l'Uptown, est un club à taille humaine constitué de deux espaces, l'un pour le bar et l'autre pour la salle de concert et qui accueille ce soir-là quatre groupes. Soit dans l'ordre de passage, les Devil Sliders de Santa Cruz, Clay Wheels de San José, JFA de Phoenix et enfin Drunk Injuns, de San José également. Si les noms des deux premiers ne diront probablement rien à personne, celui de JFA (pour Jodie Foster Army) par contre devrait assurément parler aux vieux de la vieille amateurs du circuit hardcore 80's. Quand à Drunk Injuns, il s'agit du fameux groupe dont me parlait mon camarade de virée, un quintet portant en permanence des masques squelettiques, difformes et biscornus, fondé en 1983 et auteur d'un unique album et d'une paire de EPs. Une formation cultissime au sein du milieu de la planche à roulettes américain puisque initié par son chanteur Mofo qui fut un collaborateur historique de la revue Thrasher Magazine pour laquelle il créa au début des années 80 une série de compilations de... bah de skate-rock pardi ! Mais alors que je pensais venir à un simple concert, je découvre en arrivant sur place que l'évènement est en fait la soirée d'anniversaire des 60 ans de Mofo ! Je vous laisse imaginer l'ambiance lors du concert de Drunk Injuns et de l'after qui s'en suivit. Mais remettons les choses dans l'ordre en commençant par le commencement.

Grosse surprise lorsque les Devil Sliders montent sur les planches face à une audience encore clairsemée : si les membres des autres groupes de la soirée doivent quasiment tous être grands-pères, le cumul des âges des trois musiciens présents devant nous n'atteint pas celui de Mofo. Et vu la réaction bruyamment enthousiaste de certains au sein de la salle, j'en viens à me dire que leurs parents, oncles et tantes ont fait le déplacement. Et ils ont raison de les acclamer car les gamins assurent en envoyant un thrashcore rappelant celui de la scène de Venice Beach (je pense beaucoup à Excel). Ça joue vite et carré, les compos sont vraiment très bien construites et le trio sait tenir la scène avec un professionnalisme qui impressionne au regard de leurs jeunes âges. Avec une mention spéciale au frontman, chanteur et guitariste aussi à l'aise à la rythmique qu'en lead.

Changement de plateau et de registre avec Clay Wheels, autre trio qui compte en son sein à la basse un des membres de Drunk Injuns et qui pratique une forme hybride de skate-rock et surf-rock avec des touches heavy-blues. La rupture stylistique est pour le moins abrupte mais là aussi je me laisse prendre. La formation fait tourner une formule qui justement ne tourne pas en rond et qui séduit titre après titre. Et puis après la déferlante thrashcore que l'on vient de vivre et ce qui nous attend par la suite, je me dis que la performance de Clay Wheels remplit parfaitement son office plus prompt à la coolitude. À noter qu'entre les deux groupes le public s'est étoffé et je repère autour de moi de plus en plus des gars plus vraiment tout jeunes venus assister au show le skate sous le bras ou accroché dans le dos.

Quand JFA investit les lieux, la salle est quasiment pleine comme un œuf et la guerre peut commencer. Toujours actif après quarante ans de carrière et de multiples changements de line-up, la formation emmenée par son impressionnant chanteur Brian Brannon (qui ne tient pas en place) envoie un set de fou furieux ultra speed mettant littéralement le feu à la salle, déclenchant pogo sur pogo parmi une audience majoritairement composée de vieux briscards. Et croyez-moi, pogoter avec un skate à la main ça ne doit pas être facile. Je rentre pleinement dans le show multi-vitaminé et pour tout dire totalement galvanisant de ces fiers hérauts du hardcore US. Au passage, le groupe nous apprend qu'un invité de marque a fait le déplacement et se trouve dans le public pour fêter l'anniversaire de son pote Mofo : il s'agit de la légende du skate Steve Caballero ! Dès la fin du show de JFA, Jez et moi nous précipitons pour le voir et échanger quelques mots avec lui. Bref, la cerise sur le gâteau (d'anniversaire donc).

Déjà, en m'en tenant aux trois prestations auxquelles je viens d'assister, je peux parfaitement considérer que cette soirée est on ne peut plus réussie. Mais reste le gros morceau, celui pour lequel tout le monde est venu (même de France, dingue non ?). Alors quand les lumières s'éteignent à nouveau pour accueillir la tête d'affiche, c'est un peu l'hystérie qui s'installe au sein du Uptown. La ferveur est palpable et l'atmosphère électrique. Jez m'avait fait écouter l'album du groupe avant notre séjour, je m'étais donc un peu familiarisé avec sa musique si spécifique, mélange de skate-rock et de death-rock avec des plans pas toujours très éloignés du post-punk. De fait, j'apprécie d'autant plus ce concert assez fantastique. Sur scène comme dans la salle, la fête est totale avec un volume sonore au-delà du raisonnable (comme pour les groupes précédents) mais clair et précis. Une bonne grosse partie du répertoire de la formation est passée en revue et ils sont nombreux dans l'audience à donner de la voix. Le show se clôt, Mofo retire son masque, remercie tout le monde d'avoir fait le déplacement. Jez et moi finirons cette soirée en sa compagnie à papoter avant de nous éclipser au beau milieu de l'after, des souvenirs plein la tête et le sourire aux lèvres. Une parenthèse formidable et enchantée en somme avant un retour à une triste réalité qui allait tous nous frapper de plein fouet...