Jet Plane - All the static stars On a pu le constater par nous-même ces dernières semaines, la scène alternative russe est actuellement en pleine effervescence après des années de quasi blocus intellectuel et artistique duquel rien ne sortait vraiment (ou alors on ne le saura jamais vraiment). Et quelque soit le style pratiqué, les premières structures se montent, les premiers représentants de ces sphères sonores se diffusent et nous parviennent petit à petit (Cosmonauts Day, End Name, Euglena, Equal Minds Theory, Mooncake, Vagiant) par leurs propres moyens (ou pas). Jet Plane, découvert par le sémillant label Oxide Tones dont on parle de plus en plus dans les milieux autorisés (Canyons of Static, Condre Scr, Collapse Under the Empire, Tunturia...) est donc de ces groupes encore tout jeunes (formé il y a à peine plus d'un an) mais qui grillent brillamment les étapes pour déjà livrer leur premier album.

Sept titres plus un (qui est une reprise), les auteurs de ce Static stars "trompent" le consommateur dès le départ. On pensait à du post-rock tout ce qu'il y a de plus formalisé, en fait, c'est ça (un peu) mais pas vraiment (un peu aussi), ou en fait pas uniquement (voilà). Le groupe prend son temps avant de déployer ses mélodies et comme un vieux routier de la scène alternative ménage ses effets avec une économie de moyens infinie, mais qui ne l'empêche pas pour autant de distiller ses petites finesse avec une élégance mêlée de roublardise. On appelle ça l'intelligence d'une maturité précoce ("Disappearance at sea"). Parce que c'est surtout dans sa manière de développer une musique post-rock aux effluves indie/noise particulièrement présentes (et prenantes) que Jet Plane se distingue avec une légèreté bluffante de la masse de ses contemporains ("Purple", "Background"). Une forme de décontraction créative qui lui sied parfaitement et qui lui permet d'enchaîner ses morceaux avec aisance et maîtrise.

Les morceaux défilent et le groupe se met à nu : le très beau "Air threads" pour lequel il prend une nouvelle dimension, passant du jeune arrivant (très) doué à celui qui a clairement un petit "truc" en plus même s'il lui faut encore le travailler (ledit "truc"). Ce qu'il fait déjà assez bien en variant les atmosphères comme les textures sonores (l'électrique "Every possible and endless way" et son climax envoûtant, l'hypnotique "Rose" et sa mélancolie brûlante) avant de nous offrir un final en faux semblants avec "Volcano riding". Une mise en route toute en retenue avant un grand huit émotionnel ébouriffant (le titre aurait du nous mettre la puce à l'oreille cela dit), Jet Plane bluffe notre esprit critique et impose déjà sa griffe. Avec sa grappe de pépites à la beauté ténébreuse, Jet Plane a déjà tout du futur grand qui vient de débarquer de nulle part, sans prévenir, et qu'il va falloir désormais suivre de très près.