The Jesus Lizard

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The Jesus Lizard Culte de chez culte, le groupe s'est formé en 1987 à Chicago avec les ex-Scratch Acid David Yow (chant, beuglements et vomissements) et Duane Denison (guitare, riffs de malade et belle coupe de cheveux) complétés par David Wm. Sims (basse pénétrante as fuck) et Mac McNeilly (batterie from hell). The Jesus Lizard a été longtemps étroitement lié au mythique label Touch & Go Records (Shellac, Slint, Tv On The Radio, Girls Against Boys, Uzeda, Butthole Surfers, The Ex) et au mythique (bis) ingénieur du son Steve Albini (Nirvana, Neurosis, The Breeders). Dans les années 90, les albums se succèdent avec la régularité d'un ça va/ça vient dans Orange mécanique : Head en 1990, Goat en 1991, Liar en 1992 & Down en 1994.
Par la suite et comme beaucoup de groupes de l'époque (Nirvana, Sonic Youth,...), The Jesus Lizard se laissera tenter/bouffer par l'aventure major chez Capitol Records (Beastie Boys, Foo Fighters...) avec une réussite très mesurée qualitativement d'un point de vue discographique (Shot en 1996, Blue en 1998). Cette époque est également marquée par de fortes tensions avec Steve Albini, anti-major par excellence et par un changement de producteur : welcome Garth Richardson (Skunk Anansie, Mudvayne, Chevelle, Melvins) le groupe souhaitait un son plus ample qui puisse tenir la comparaison avec les pointures de l'époque lors des passages en radios et en festivals. Deuxième fait important dans l'histoire du groupe, le gang subira également le départ de Mac McNeilly remplacé par Jim Kimball (Laughing Hyenas, Mule, The Denison-Kimball Trio), avoué rétrospectivement comme un traumatisme par un David Yow ne souhaitant pas s'éterniser sur cette période. The Jesus Lizard implosera peu de temps après la sortie de Blue, un album décrié par les fans mais contenant un paquet d'excellents titres (dont un "Postcoïtal glow" ravageur), et annoncera sa séparation en juillet 1999.
La suite ? Des projets intéressants pour chacun des membres du groupe. Duane Denison co-fonde le "supergroupe" Tomahawk avec Mike Patton (Peeping Tom, Faith No More) et John Stanier (Helmet, Battles) tandis que David Yow s'investit dans la peinture et dans plusieurs collaborations plutôt classieuses avec le trio de Los Angeles Qui (Love's miracle chez Ipecac) et les suisses de Ventura sur un 7'' sorti via Africantape (Aucan, Tormenta, Shipping News).

Review Concert : The Jesus Lizard, The Jesus Lizard réchauffe l'Elysée Montmartre (mai 2025)

Interview : The Jesus Lizard, the Jesus interview (juin 2025)

The Jesus Lizard / Chronique LP > Rack

The Jesus Lizard - Rack Je ne vais pas mentir, jusqu'à l'annonce de leur nouvel album, Rack, The Jesus Lizard faisait partie de ces noms mythiques qui m'intimidaient plus qu'ils ne m'inspiraient. Une légende du noise rock souvent citée à côté de Shellac ou Fugazi, un groupe culte adoubé par Nirvana et Steve Albini, mais que je n'avais, jusque-là, qu'effleuré. Trop sauvage, trop anguleux peut-être pour mes oreilles encore peu habituées à cette brutalité élégante. Alors quand on m'a proposé d'écrire une chronique - et, cerise sur le chaos, de rencontrer David Yow en interview - j'ai décidé de plonger. Et quelle claque.

Rack est leur premier album studio depuis 1998, un retour que personne - y compris eux-même - ne semblait envisager sérieusement. Pourtant, dès les premières secondes de l'ouverture "Hide and seek", inspirée d'une fable mexicaine et de la voix fantomatique de Lhasa de Sela, on comprend que The Jesus Lizard n'est pas revenu pour faire du fan service. Le morceau est dense, tendu, traversé par des fantômes et des éclats de violence. Le riff de Duane Denison y est sinueux, impitoyable, et Yow, du haut de ses 64 ans, crache des lignes hallucinées avec une intensité qui ferait pâlir un chanteur de vingt piges. Je suis pris. Littéralement. Ce disque, c'est une course sans frein. Des titres comme "Alexis feels sick", "Grind" ou "Lord Godiva" suintent le groove toxique et la tension sourde. La basse de David Wm. Sims est mise au premier plan, véritable colonne vertébrale d'un son à la fois millimétré et organique. La batterie de Mac McNeilly, quant à elle, n'a rien perdu de sa frappe chirurgicale. Quant à Denison, il assemble des riffs blues, noise, jazz même, avec une classe qui m'a tout simplement scié, parfois à contre pied du chant. Et ce morceau, "Moto(R)", inspiré d'une mésaventure dans des chiottes publiques parisiennes... qui d'autre qu'eux pouvait transformer une anecdote absurde en hymne abrasif ?

Mais au-delà de la musique, ce qui m'a frappé, c'est la sincérité. En interview, David Yow me confie qu'il ne voulait pas décevoir leur public, habitué à le voir se jeter dans la foule dès le premier morceau, et qu'il a dû prendre un coach pour la partie physique. Tout est là. The Jesus Lizard ne revient pas pour se reposer sur sa réputation. Le groupe revient parce qu'il en a besoin, parce que leur musique brûle encore en eux. Et désormais en moi. Je n'aurais jamais imaginé, un jour, interviewer ce groupe-là. Encore moins en faire une couverture. C'est le genre de choses qui n'arrive pas. Et pourtant. Me voilà, quelques décennies après leurs débuts, à vibrer pour un disque qui aurait très bien pu ne jamais exister, et qui sonne pourtant comme une renaissance. Un rappel que certains groupes, même après tout ce temps, n'ont rien perdu de leur pouvoir de nuisance, ni de fascination. Rack est un choc. Une décharge. Une leçon. Je ne les ai pas vus (re)venir, et maintenant, je n'arrive plus à les lâcher.

Publié dans le Mag #66

The Jesus Lizard / Chronique LP > Liar

The Jesus Lizard - Liar The Jesus Lizard n'a jamais sorti un mauvais album qu'on se le dise... Il y a même de l'excellent à prendre dans l'après Touch & Go, notamment Blue qui renferme un paquet de pépites vénéneuses en diable mais aussi sur Shot, passablement gâché par une prod', à mon humble avis, un poil inadapté pour le style. Mais ce Liar, sorti en 1992, c'est peut-être ce qu'ils ont sorti de mieux : l'un des rares albums du groupe qui ne débande pas du début à la fin, proposant un album parfait pour les amateurs de rock dégueulasse. Le paroxysme qualitatif d'une mixture cuite à point, c'est Liar.
Dès "Boilemaker", le premier titre, The Jesus Lizard affiche ses intentions : percuter l'auditeur avec des ingrédients qui se révèlent jouissifs sur la longueur, pas un groupe de merde à consommer vite fait sur son Ipod une fois, pour le mettre à la corbeille au deuxième morceau.
L'école David Yow (au menu : chant braillard, onomatopéique et logorrhée vocale) qui a fait tant d'émules depuis, le riffing dément de Duane Denison, la section rythmique à la fois musclée et vicieuse : tout y est, sublimé par une alchimie et un songwriting qui gratte le ciel. Et de "Boilemaker" à "Dancing naked ladies", la disque prend des allures de passages à tabac par les guignols costumés de Reservoir Dogs : "Gladiator" et son intro pétaradante à tout d'un coup dans les robignoles par Mr White, "The art of self defense", c'est plutôt Mr Pink qui vient te mettre un coup du lapin dans la nuque ni vu ni connu, un truc à la fois foncièrement dégueulasse et jouissif... Et The Jesus Lizard, c'est pas que du morceau qui carbure à la testostérone, c'est aussi du lancinant savoureux comme sur "Slave ship" ou David Yow fait encore des miracles : le type de morceau Lizardien lent, diabolique et accrocheur, comme du PQ au cactus... Et ça fait mal par ou ça passe, on te le jure sur la tête de ta maman. Croix de bois, croix de fer, si on ment, on ira tous en enfer avec Mr Yow et sa bande.
On ne va pas se faire le détail de la totalité des titres mais Liar est un grand disque de la scène noise et The Jesus Lizard, un groupe qui est cité dans les ¾ des chroniques des combos valables de cette planète : Daughters, Pissed Jeans, Berline0.33, Gâtechien et Café Flesh, histoire de taper aussi dans les saveurs locales et prouver pour le même coup que leurs influences dépassent bien les frontières géographiques.