Jane's Addiction - The great escape artist Huit années se sont écoulées depuis Strays et Jane's Addiction continue de cultiver son "culte", lui qui n'a, avant ce The great escape artist sorti rappelons-le que... trois albums studios, lesquels ont toutefois largement contribué à conférer ce statut si particulier que possède la formation californienne. Un peu comparable à celui des Soundgarden, RHCP et autres Pearl Jam, sauf que tous ces groupes-là ont eu des carrières un peu plus "durables" quand même que la troupe emmenée à l'origine par la paire Perry Farrell / Eric Avery (ce-dernier n'étant plus dans la bande à l'heure où sont rédigées ces lignes). Presque 28 ans années d'existence officielle, jalonnés de trous noirs, splits, hiatus et rabibochages homériques et revoici un groupe qui a surtout connu son heure de gloire par le biais de deux cartons au tout début des années 90, un gros buzz en retour de flamme en 2003 avec Strays et qui essaie de se payer un nouveau come-back à l'heure où il ne semble plus vraiment être très attendu.

The great escape artist, c'est, à l'image du titre, une fuite en avant. Une coup de balai sur le passé, un retour vers le futur mais également une semi-échappatoire face aux diktats du système. Oui, Jane's Addiction est chez une major, en l'occurrence Capitol Records/EMI, mais cela ne semble plus être réellement la priorité des priorités pour le groupe et donc peu l'affecter. Pas plus que n'a l'air de l'être du côté de la maison de disques, qui mise surtout sur d'autres franchises que ce groupe-là, même s'il peut quand même encore rapporter pas mal en ces temps de crise. Mais du même coup, Jane's Addiction ne saurait être un énorme blockbuster calibré pour faire sauter la banque à tout prix (et peu importe si c'est une purge artistique remember les derniers Incubus et RHCP, deux autres vestiges d'un âge d'or du rock reconnaissons-le révolu). De fait "Underground" et "End of lies" envoient les guitares et ce quatrième album s'offre une entrée en matière résolument... rock oui, 90's mais bien troussée et plutôt cool. Au rayon des petits nouveaux : Dave Sitek (TV on the Radio) et la prod' signée Rich Costey (Cave In, Muse, Interpol) apportent la caution de modernité à un ensemble à tendance old-school, et "Curiosity kills" permet au groupe de poursuivre sur la même voie.

Trois premiers titres très réussis même si on est encore loin de la grande époque du groupe, Jane's Addiction ne revient pas uniquement pour l'argent et le prouve avec le single "Iresistible force". Là encore, ce n'est toujours pas transcendant mais vue la qualité moyenne des grosses sorties actuelles et les fours monumentaux débarqués ces derniers temps (genre ça commence par Metal et ça finit par Lica), ça reste plus qu'honorable. Dans la catégorie "je fais un titre qui peut passer en radio mais qui est suffisamment mainstream pour plaire sans l'être trop pour verser dans la guimauve diabétique", le groupe flirte avec les clichés mais se sort de l'exercice sans trop de casse et poursuit avec un "I'll hit you back" bien insipide même si au final inoffensif. On se surprend alors à se dire que ça ne décolle pas vraiment... mais que paradoxalement ce n'est jamais vraiment mauvais, toujours défendable d'autant que les américains font plus qu'illusion en mettant réellement du coeur à l'ouvrage ("Twisted tales"). Alors oui, le rendu final est sommes toutes très très facile mais dans le même temps, l'album s'écoute jusque là sans déplaisir (bon même si "Ultimate reason" est vraiment faiblard et "Broken people" plus que poussif); au milieu, "Splash a little water on it" ferait un bon single et démontre surtout que Jane's Addiction respire toujours. Et même un peu plus lorsque les gaziers lâchent un "Words right out of my mouth" où ils font parler la poudre historie de conclure l'affaire sur une jolie note. Sympa, largement imparfait mais sans doute meilleur qu'attendu : la fougue est là, la prise de risque inconsidérée beaucoup moins, le groupe est rentré dans le rang mais arrive encore à larguer quelques (très) bons titres ci et là et c'est déjà pas mal.