strays Mémé Jacquet vous le dirait mieux que moi, sans jeu collectif, les plus grandes stars du monde ne pourront jamais former une belle équipe. En 1991, la querelle intestine entre Navarro et Farrel se propage au sein de Jane's Addiction, la lutte de leurs deux ego démesurés précipite le groupe vers la chute en pleine gloire. Douze ans après, les deux hommes ont mûri, ont beaucoup appris de leurs vies de musiciens itinérants de cette fin de siècle, et s'ils ne se sont pas départis de leurs gargantuesques personnalités, ils semblent pouvoir enfin s'entendre à merveille pour pondre un album aussi parfait (trop ?) que ce Strays miraculé. Perry Farrel est toujours cet espèce de lutin halluciné, croisement génétique improbable de Freddy Mercury, Prince et Ian Brown réunis. Il funambulise sur le fil d'un lyrisme lointain (le refrain de "The riches") sans jamais donner l'impression de pouvoir tomber dans le dégoulinant, électrisant l'atmosphère en transportant l'auditeur en plein épopée dramatique du seul son de sa voix d'ange déchu. Dave Navarro est toujours ce soliste appliqué, virtuose de l'arpège canon (le délicat "Everybody's friend" ), prince de l'intro accablante (le très Chillien "Just because" ), surdoué du riff dévastateur (l'ouverture expérimentée de "True mature"). Il n'oublie pourtant jamais d'être accessible, gratouillant le funk sur le ventre (groovy "Wrong girl" ) ou étincelant de furie fusionnelle. Le soutien tranquille et rassurant de la paire Chaney/Perkins achève de transformer cet album en répertoire parfait du rock du 21ème siècle, avec son petit lot intégré de singles FM qui s'ils ne sont pas des plus originaux feront tout de même plaisir à entendre sur les ondes. On pense furieusement à la grande scène californienne de l'époque où les Janes côtoyaient allègrement les Red Hot et The Cult ("To match the sun" brille de cet éclat), tous courrant après le Saint Graal de l'intro basse-batterie torride ("Price I pay", angles fermes) et du groove interminable ("Suffer some", encore un peu de basse dans votre ryhtmique ?). Sans effort apparent, (Mary) Jane's Addiction parvient ainsi à faire le joint entre 1987 et 2003, et il se pourrait bien que ça fasse un tabac, ou un carton, c'est selon. J'peux tirer une latte sur le spliff de quelqu'un ?