Jack is back ! Avec Playful winds (2022), le quintet bisontin était revenu sur le devant de la scène, l'appel des guitares étant le plus fort, et avait ainsi interrompu sa petite pause pour notre plus grand bonheur. On ne le dira jamais assez, cet album est une véritable tuerie, qui a redonné ses lettres de noblesse française au post-hardcore et au rock lourd, et tenu tête aux machines US du genre, Quicksand, Failure, Torche... En toute décontraction et humilité qui les caractérisent, les gars avaient même damé le pion en live à Cave In en tous points de vue (son, puissance, justesse, chiffre d'affaires au merch'). Août 2023 à Toulouse, j'y étais, je n'oublierai jamais la branlée.
On ne va pas se mentir, faire au moins aussi bien était tâche ardue, mais impossible n'est pas Jack And The Bearded Fishermen. Les voilà donc de retour avec Naked, cinquième album qui célèbre leurs vingt ans d'existence. Deux décennies à expérimenter, façonner, maturer leur musique, qui tout en s'inspirant des groupes précédemment évoqués, n'hésite pas à s'en affranchir pour accoucher de quelque chose de complètement singulier. En effet, il faut les placer, les équilibrer, les arranger, les trois guitares d'Hervé, Pete et Bastien, mais forts d'une indéfectible amitié, les riffs les plus massifs côtoient les arpèges les plus cristallins, sans surenchère aucune, et en parfaite harmonie avec le groove imposé par la batterie de Boris et la basse de Thomas (flagrant sur "Last lines").
"Memory" qui ouvre Naked vient nous rappeler, au cas où on aurait la mémoire courte, que les Jack ne sont pas venus trier les lentilles, et en ont encore largement sous la pédale, pour pondre des morceaux de costauds, avec des guitares accordées bien bas, mais combinées à une parfaite finesse dans leur exécution et juxtaposition. "This grey" derrière enfonce le clou de manière chirurgicale, nette et sans bavure, quand "Drones" s'étire plus insidieusement en longueur. Contrairement au titre avancé, il n'y a rien de bizarre à ce que leurs camarades nantais de Watertank, avec qui ils ont pu partager une tournée et des influences communes, soient conviés sur "Melt into oddity". Ensuite, entre les interludes, "Naked I" et "Naked II", l'hypnotique "The cave" et le plus frontal "Second shot" sonnent déjà comme des futurs classiques du groupe, qui prendront sans hésitation, toute leur mesure et leur ampleur en live, où le quintet excelle. L'occasion ici de saluer le magnifique travail de Flavien Van Landuyt, leur ingé-son attitré en concert et depuis trois albums, qui parvient à retranscrire avec justesse sur disque, cette puissance délivrée sur scène par les Bisontins. Mais pour la déflagration sonore, rien ne vaudra jamais l'expérience in situ. Allez les voir s'ils passent près de chez vous !
On s'en doutait et cette mise à nu en est une nouvelle preuve, voilà un groupe sur lequel il faut franchement compter (vous l'avez ?).
Publié dans le Mag #68





