incubus : a crow left ... En voilà qui ne sont pas passés loin du couperet fatidique, ne serait-ce que parce qu'ils nous avaient offert en guise de sorties récentes deux improbables daubes boysbandesques où leur fusion rock énergique s'était peu à peu transformé en pudding pop flasque et dégoulinant, où la voix du charmeur Brandon Boyd (il est bôôô !) pouvait sans peine concurencer la génération Star Ac' dans leur recherche désespérée d'exaspération la plus parfaite de l'auditoire. C'est peu dire que dans ces circonstances le bourreau aiguisait conscencieusement sa hache venimeuse sur le tranchant de sa stéréo, prêt à couper la tête des traîtres américains déjà mis à mal sur l'autel judiciaire, embourbés dans les procès (ex-maison de disque, ex-DJ) et le manque de crédibilité artistique encore renforcé par le départ impromptu de leur bassiste d'origine Dirk Lance.
Il fallait donc du grand Incubus pour stopper net la course folle de la lame affillée qui se dirigeait à grande allure vers leurs nuques tremblantes : les californiens ont du expier tout leurs péchés d'orgueil et de luxure, trouvé un alibi du tonnerre en la personne de l'ex-bassiste des Roots (et ex-Blackalicious) Ben Kenney, et pondus sous la pression de l'Inquisition rock un septième album catarthique qui replonge aux racines énergisantes des Fugus amongus et autres S.C.I.E.N.C.E de la chanson funk-rock parfaite. Les guitares se font soudainement plus métalliques et techniques, la basse retrouve le groove étincelant qui faisait d'Incubus le faux-frère de Primus, et même Brandon a laissé tomber mimiques désespérantes et pulls près du corps qu'il a troqué contre sa vieille tunique de Mike Patton imitant Anthony Kiedis au bal du lycée.
Alors désormais, quand Incubus nous sert du tube, ça donne un "Agoraphobia" énorme que l'on fredonnera ce coup-ci sans honte sous la douche froide de "A crow left to the murder" qui nous réconcilie tout d'un bloc avec les ricains tant il explose d'inventivité, de fraîcheur funk, de pop moins maîtrisée (donc plus touchante ?) et de délires sonores presque punk, au moins dans l'esprit. Il ne reste plus à Incubus qu'à inoculer le virus aux Red Hot pour que la bonne parole se propage à nouveau à la vitesse de la grippe aviaire, et le rock sera sauf. Allons, bourreau, remets ta lame au fourreau, tu couperas des têtes plus tard.