Ina-Ich n'est pas une nouvelle venue sur la scène française. Il aura fallu néanmoins une longue maturation pour accoucher de ce superbe quatrième album. Retour arrière, 2007, un album éponyme vient bousculer le monde du rock français. Une femme derrière le micro, bâillonnée et ensanglantée sur la pochette. 17 ans plus tard, c'est une pochette sobre en noir et blanc du duo qui vient annoncer le 4ème album. Conçu avant la pandémie, le façonnage de cet opus aura pris près de quatre ans. De "The voice" à une Une voix, Ina-Ich a su faire son bout de chemin. Celle qui nous a fait aimer la saison 2018 du télécrochet a su, tel un artisan, trouver sa voie/voix sur cet album qui trouve une place toute particulière dans sa discographie.
C'est bien Une voix que nous découvrons sur ce disque, un disque à l'ADN rock mais sans guitare, Aurélien à la batterie (mais également à la réalisation et aux arrangements) et Kim-Thuy aux claviers et chant. Ils ne sont que deux, mais le duo a une énorme puissance de frappe et n'a rien perdu de son mordant tant dans la composition que dans les textes. Néanmoins, la voix est désormais plus mise en avant rendant encore plus hommage aux textes. Le premier titre "Serpent" fait appel à une rythmique presque chamanique pour nous emporter. "Arrière, vipère perverse, narcissique reptile" ; le ton est donné, Ina-Ich ne fera pas dans la demi-mesure et dénonce les manipulateurs dans une chanson extrêmement syncopée qui met tout de suite dans l'ambiance. Le second titre, "A temps", ressemble plus à une course folle, les mélodies sont plus présentes, notamment sur la fin du titre qui laisse l'auditeur en apesanteur. Mais Ina-Ich ne nous laisse pas de répit. Avec une reprise de volée et des accords de piano rythmés, décuplés par la batterie c'est au tour de "ZOMbii" de venir happer l'auditeur tout en dénonçant les smombies ou les zombies du smartphone. Le mix de Rémi Barbot rend hommage à tous les instruments et à la voix qui encore une fois est plus mise en avant. La bio nous guide pour gagner des points au Scrabble avec le terme "anacyclique (un type d'anagrammes qui désignent les mots qui fonctionnent par couple où l'un est strictement l'inverse de l'ordre des lettres de l'autre) du titre "CROP" soit "porc". Un titre extrêmement engagé post #metoo où la victime fait sa propre justice. Ce titre est extrêmement efficace et a été éprouvé sur le plateau d'"Adieu la mélancolie" avant même la sortie de l'album et avant d'être jouée dans le cadre d'une setlist traditionnelle.
Le duo distille avec intelligence des chansons rentre-dedans alternées par d'autres plus douces musicalement, sans que les thèmes abordés ne perdent en intensité. Ina-Ich évolue avec les années, se développe, se consolide, se transforme sans se dénaturer et c'est ce qui rend cet album essentiel.
JC
Juin 2024
Publié dans le Mag #59
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À la lecture des douze titres de son troisième album, sobrement nommé ii3, on se rend compte qu'Ina-Ich avait déjà préparé le terrain avec leur EP Ma chair et mon sang, sorti un an tout pile avant, et donné un avant-goût certain de l'ambiance de ce nouvel opus. En effet, "Ma chair et mon sang", "Comme un garçon", "Je t'emmène" et "L'argent" sont repris tels quels sur ii3. "ii" pour les initiales d'Ina-Ich et "3" pour le numéro de l'album dans la discographie du trio mené par l'intenable franco-vietnamienne Kim-Thuy Nguyen. Si le choix de ce titre montre la paresse dont ils ont fait preuve pour en trouver un moins évident ou simplet (mais pourquoi pas, on a vu pire), le contenu musical, quand à lui, démontre une vraie intention. Une intention de faire les choses bien, carré, de ne pas chercher à trop s'éloigner des sentiers battus, tout en gardant une touche unique dans une scène électro-rock youpi-core qui drague et séduit souvent les radios dites "rock" sur la bande FM.
Car, inutile de vous le cacher, les compositions d'ii3 restent tout de même grosso-modo cloisonnées dans des formats standards, des "couplet-refrain" classiques qui ne s'aventurent pas dans les minutes, pour ne garder que la quintessence d'un rock dopé aux vitamines ("Lève-toi", "Comme un garçon", "L'argent", "Ma chair et mon sang", "Au bout de ses doigts") qui sait aussi tempérer ses propos acides et saturés en y ajoutant une dose de mélo au piano ("La fin du monde", "Tes silences", "Maman") ou en électro ("Je t'emmène"). Et si une poignée de morceaux ne nous procurent pas franchement de sensations folles, la faute notamment à une impression de déjà-vu, une bonne partie font de cet album une œuvre à découvrir, ne serait-ce que par l'honnêteté qui en suinte.
D'un caractère attendrissant, de par sa manière de faire et de s'exprimer, Ina-Ich trouve souvent les mélodies qui accrochent au bon moment, le petit riff ou le phrasé de guitare bien ajusté et des basses électro soutenues par des rythmiques percutantes idoines. Évidemment, le tout ne marcherait pas forcément sans le talent d'écriture de Kim-Thuy dont les textes se nourrissent de sujets et de faits qu'on imagine vécus (l'industrie musicale, la maternité, les garçons manqués, l'argent, la mode...), véhiculés par un ton gentiment moqueur, d'un cynisme bien senti et de vérités qu'on adore toujours bien se faire conter. Et si c'est à travers la musique que le message est transmis, autant qu'il le soit fait avec la manière, et là encore Ina-Ich tape dans le mille. Kim-Thuy maîtrise son sujet, jonglant entre frénésie vocale et délicatesse en procurant de la personnalité à ce groupe qui a mis du temps à stabiliser sa formation. Le producteur et guitariste Brad Thomas Ackley, présent depuis l'EP Ma chair et mon sang, semble être comme une bénédiction pour ce trio plein de mordant et qui se débrouille plutôt pas mal pour le mettre en valeur.
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L'artiste franco-vietnamienne Kim-Thuy Nguyen, connue sous le pseudo Ina-Ich depuis 2006, est actuellement en train de finaliser en trio son troisième album avec son compagnon, le batteur Aurélien Clair, et le bassiste/guitariste Brad Thomas Ackley, un musicien de Mathieu Chédid (-M-). Entre temps, le groupe a sorti en avril dernier un EP intitulé Ma chair et mon sang sur son propre label iNH-iCH Prod, histoire de baptiser sur disque la nouvelle formation. Ces quatre titres virevoltent tel un pinceau de calligraphe, Kim lâchant ses nerfs en français sur des compositions rock ultra-énergique façonné par un arsenal électronique dont seul Brad a le secret. Punk dans l'expression mais néanmoins formaté musicalement, Ina-Ich renvoie à ce qu'était les Rita Mitsouko fut un temps, le style en moins. Quoique, quand on écoute le couplet de "Comme un garçon", la similitude est manifeste. Pourtant, le groupe parle plutôt de Nine Inch Nails, Björk ou The Prodigy quand il évoque ses maîtres de composition. On aime l'univers (très bel artwork au passage fait par Madame) un peu foldingue et décalé (excepté pour la torturé "Je t'emmène") de ce groupe francilien qui devrait encore nous réserver de belles surprises à l'avenir.
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