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Biographie > (Post) rock in train


On va tout de suite éviter les lapalissades foireuses du style iliKETRAINS "ils ont un super tourbus" ou "ils ont trouvé un moyen plus rapide de tailler la route" pour se concentrer sur les origines du groupe. Lesquels démontrent que cette formation anglo-saxonne n'est pas trop du genre rapide puisqu'après s'être musicalement unis en 2003 du côté des voies ferrées de la banlieue de Leeds, Guy Bannister, Alistair Bowis, Ashley Dean, Simon Fogal et David Martin ne font leurs premières armes discographiques qu'en 2005 avec un maxi intitulé Stainless steel et limité à 500 exemplaires. Quelques autres sorties suivent assez rapidement, des vinyles 7'' tous aussi limités (Before the curtains close, A rook house for bobby, Terra nova) mais ceux-ci permettent au quintet de touver un label pouvant héberger leurs futurs efforts. Ce sera Talitres Records (Red Jetson, Clogs, The Wedding Present) chez qui iliKETRAINS, qui a la particularité de jouer sur scène vêtus de vieux uniformes de cheminots anglais, sort Progress reform au mois de mai 2006. La critique est élogieuse, le groupe tourne notamment aux côtés de Red Jetson ou ¡Forward, Russia! et acquiert alors une réputation nationale démontrant au passage que l'on peut parfois être prophète en son pays... Peu à peu, iliKETRAINS change de statut et entre désormais dans la dimension des groupes estampillés "post-rock" qui montent et confirme ce nouveau statut en signant chez Beggars Banquet (Oceansize, Biffy Clyro, The National), chez qui sort, à la rentrée 2007, le deuxième effort des cinq anglais : Elegies to lessons learnt.

iliKETRAINS / Chronique LP > Elegies to lessons learnt


ILikeTrains - Elegies to lessons learnt "We all fall down" donne le ton dès les premières secondes de l'album... les leçons du passé doivent permettre d'apréhender au mieux le présent mais dans le même temps sachant que tout a forcément une fin. Aussi Elegies to lessons learnt respire la mélancolie. Celle-ci, à fleur de peau, berce cet album en forme de recueil de récits tragiques et n'anecdotes historiques. Les idées noire et l'âme en peine, guidé par la voix sépulcrale de David Martin, chanteur du groupe et narrateur de ces histoires évoquant souvent des destins tragiques que le groupe raconte dans ses albums, on replonge dans la musique torturée et envoûtante d'un iliKETRAINS qui veut désormais asseoir sa position d'espoir confirmé de la scène post-rock anglo-saxonne. Et tout au long des quelques six minutes et onze secondes que dure le premier titre de cet Elegies..., on comprend que le quintet de Leeds peut nous emmener très haut, très loin, vers des contrées musicales que seuls un Sigur Ros, un The Album Leaf ou un Mogwai ont pu visiter avant lui.
Des rythmes lents, des morceaux tantôt courts, tantôt plus allongés, des crescendo majestueux et une musique sous haute tension émotionnelle, crépusculaire et hypnotique ("Twenty five sins" et le bouleversant "The deception"). iliKETRAINS semble pouvoir nous emmener n'importe où et en racontant ses histoires, le grand incendie de Londres pour ("Twenty five sins"), l'assassinat de Spencer Perceval, alors premier ministre du royaume ou le procès des sorcières de Salem ("We go hunting"), le groupe nous place comme premier spectateur de drames qui semblent se dérouler sous nos yeux. Ces leçons du passé qui ont donné son nom à l'album sont autant de pièces d'orfèvrerie post-rock aux cuivres émouvants ("Come over"). Des rythmes lents et majustueux nous menant de l'aube au crépuscule, de la naissance à la mort en passant par tous les états intermédiaires, après Progress reform, iliKETRAINS dévoile un peu son univers musical, fait de clairs/obscurs mélancoliques évoluant au coeur de tourmentes instrumentales parcourant d'immenses étendues désolées. Et dans cet état second au travers duquel on a l'impression de vivre un véritable songe éveillé, le groupe distille ses mélodies travaillées et avec le sens de la mesure et l'élégance des plus grands referme son album sur un "Death is the end" au titre tout sauf anecdotique...

iliKETRAINS / Chronique EP > Progress reform


iliketrains_progress_reform.jpg Progress reform est-il un EP ou un LP ? Un peu des deux sans doute. Avec ces sept titres composant l'harmonieux premier effort de iliKETRAINS, la question mérite d'être posée mais si, d'un point de vue technique, il s'agit effectivement d'un EP, la réponse n'a au final que peu d'importance. Entre Sigur Ros pour les crescendo mélodiques stratosphériques, Radiohead pour le songwriting finement ciselé et Nick Cave ou Interpol pour la voix, le quintet anglais impressionne d'entrée de jeu avec le très beau "Terra nova". Guitares intemporelles, timbre grave et puissant, rythmiques à l'unisson, iliKETRAINS nous emmène dans un voyage à travers quelques moments d'Histoire qui ont marqué le groupe.
Ainsi l'expédition du capitaine Robert Falcon Scott, parti explorer le continent Antartique en 1910 et qui se termine dramatiquement par la mort tragique de tout son équipage en 1912, est évoquée avec un "Terra nova" émotionnellement particulièrement intense. Par la suite, "A rook house for Bobby" raconte le destin de Booby Fischer, champion du monde d'échecs entre 1972 et 1975 qui triompha du phénomène russe Boris Spassky au cours d'une partie homérique se déroulant en pleine Guerre Froide, quand "The beeching report" aborde la réforme du système ferroviaire anglais qui, après les fermetures successives des plus petites lignes régionales, envoya bon nombre de cheminots au chômage puis à la rue... Un thème qui a particulièrement marqué le groupe, lui inspirant son propre nom mais également ses costumes de scène (voir la biographie du groupe).
Musicalement, iliKETRAINS maîtrise son sujet comme trop peu savent le faire aujourd'hui. Des compositions aux mélodies douces amer, des crescendo de guitares sous haute tension dramatique, des cordes et claviers qui se mêlent aux riffs puissants et incisifs dans des éruptions post-rock/ shoegaze épiques et entêtantes ("Stainless steel"). Un lyrisme sombre et passionné qui pourra évoquer leurs compatriotes de I Love you but I've chosen darkness, des paysages musicaux brumeux bercés par des cordes renvoyant aux canadiens de Godspeed You! Black Emperor ("Accident"), le tout pour quelques compositions addictives à souhait, Progress reform regorge de pépites post-rock et peu importe de savoir s'il s'agit d'un EP ou d'un véritable LP. Car malgré son format un peu court, ce disque est en premier essai à l'homogénéité étonnante, dont les 7 morceaux qui le composent sont autant de pièces formant un puzzle obsédant et ténébreux. Là où Interpol puis Editors ont érigé la pop-song post-punk tendant vers la new-wave au rang d'art avec des morceaux courts et à la noirceur étouffante, iliKETRAINS allonge ses compositions, les aére en élargissant son spectre, pour produire une musique qui nous prend aux trippes en s'insinuant dans notre âme...