The Hyènes The Hyènes Une première question d'actualité. La situation actuelle par rapport à la pandémie, comment le vivez-vous en tant que groupe et comment tu le vis personnellement ?
Au niveau groupe on est un peu dans l'expectative comme tout le monde, c'est-à-dire qu'on a aucune visibilité à long terme, on ne sait pas comment ça va se passer, et je déteste ce mot et mes camarades aussi, mais on ne sait pas quelle stratégie adopter puisqu'on a un album qui sort le 16 octobre et on ne sait pas vraiment ce qu'il faut qu'on fasse. Mais coûte que coûte, on continue à faire notre métier : on a l'album qui sort, on fait les clips, on essaie de préparer la tournée autant qu'on puisse le faire, même si pour l'instant tout est gelé. Donc c'est une période très compliqué, mais on n'est pas les seuls à être touchés, loin de là, donc je ne dis pas qu'on se console comme ça, mais bon, tout le monde est concerné.

Pour la promo, vous suivez donc le cheminement classique ?
Oui. On a fait un album qu'on a envie de défendre parce qu'on s'est donnés du mal, parce que ça nous a pris du temps et y'a ce truc qui nous tombe sur le coin de la figure comme pour tout le monde, à ce moment-là, donc il faut qu'on continue. Au niveau de la promo, ça ne change pas énormément, on fait quand même des interviews, des show-cases, le tournage des clips, tout ce qu'on ferait normalement. Après, le reste, on nage dans l'inconnu.

Oui, c'est plutôt pour les concerts que c'est compliqué, j'ai vu qu'ils commençaient fin septembre.
Là, on a quelques trucs mais c'est très sporadique et certains sont encore soumis à questionnement. On ne sait pas si au dernier moment ça va être annulé ou reporté, c'est toujours très compliqué. Il y a des trucs qui sont prévus depuis un moment mais on ne sait pas si, au moment où on pourra investir les salles pour faire les concerts, s'il y aura toujours une distanciation à respecter, le port de masques, a priori ça a l'air d'aller plutôt dans le durcissement.

Personnellement, tu la vis comment cette période, cette ambiance ?
C'est une période très bizarre, j'ai l'impression qu'on n'est pas sortis du confinement, il n'y a pas de vraie liberté non plus, j'ai l'impression d'être dans un pays en dictature quelque part, parce qu'on n'a pas le droit de faire ce qu'on veut, qu'on ne vit pas naturellement. J'ai eu la chance quand même avec Very Small Orchestra de faire quelques petits concerts cet été en terrasse. Les premiers concerts, c'était la joie, une joie réciproque, de se retrouver, de jouer, les gens de nous voir, de pouvoir sortir. Même s'ils étaient assis et qu'ils devaient mettre un masque pour se lever, cette communion entre les gens, elle manque énormément. A un niveau personnel, c'est une chose qui fait énormément réfléchir par rapport à la suite, on ne sait évidemment pas si ce n'est pas que l'apéritif qu'on est en train de se prendre. Je veux pas que tes lecteurs se suicident (rires), mais bon malheureusement on n'est pas dans une période où on peut avancer en confiance. Ça a un bon côté dans le sens où il y a peut-être quelques personnes, quelques choses qui vont être remises en question, dans le bon sens j'espère. Mais c'est aussi une période où on s'aperçoit qu'il y a des attitudes, des faits qui ne changent pas du tout. C'est très inquiétant à plusieurs égards. On ne peut pour l'instant que serrer les fesses et avoir un comportement individuel pour faire que ça change, mais malheureusement on est en face de forces en présence qui sont trop importantes pour que ça change radicalement comme ça devrait changer. Ça aurait dû être une leçon pour tout le monde ce Coronavirus mais on en est loin. Quand tu vois que par exemple, un truc à la con, que les Californiens continuent à se faire mettre des chauffages pour déneiger leurs chemins en appuyant sur un bouton, tu te dis qu'on n'a pas tous la même perception des choses.

....oui, il n'était peut-être pas assez violent ce virus.
Oui, je ne sais pas, ou il y a pas eu assez de morts, ou on n'a pas été confinés assez longtemps, ça nous a pas assez mis dans la merde, il y a pas encore assez de gens qui crèvent la dalle.

On parle un peu de l'album. Souvent The Hyènes, dans le passé, c'était plutôt à l'initiative d'autres projets que vous avez fait des albums (NdlR : Bande originale d'Enfermés Dehors, BD concert avec Thierry Murat...). Cette fois, c'est quoi qui a fait que vous vous êtes retrouvés pour écrire Verdure ?
En 2013 et 2014 on était déjà sur le chantier de cet album, et puis on s'était dit qu'on allait faire le BD concert "Au vent mauvais" qui devait être une parenthèse. On devait faire 10 dates et puis on se remettait sur notre album mais au final, le BD concert a dépassé nos espérances. On a fait une centaine de dates et ça a retardé l'enregistrement de l'album. Mais ce qui nous pousse toujours à faire des albums, c'est l'envie de rejouer et présenter d'autres morceaux, parce que justement par le prisme de ce BD concert on a exploré d'autres horizons musicaux. Bon, je ne vais pas te dire que The Hyènes ça n'est plus The Hyènes. Ça reste un groupe de rock assez franc du collier, et pareil, au niveau des textes, ça reste toujours engagé même si on a abordé d'autres thèmes, mais on avait envie de montrer d'autres choses. J'allais dire un truc "ça s'arrête jamais" , c'est un peu facile, mais j'ai pas fait exprès (NdlR : c'est le dernier single sorti de l'album). On a toujours envie de proposer des choses, même si on continue et si on a joué dans d'autres trucs et qu'on a d'autres expériences, on a toujours cette envie-là qui continue à nous tarauder, de monter sur scène évidemment, d'aller présenter notre musique devant un public.

The Hyènes a donc vocation à durer.
Complètement, c'est d'abord un besoin de faire de la musique, on a jamais eu d'étude marketing en se disant "tiens il faut qu'on fasse un album", sinon, on l'aurait fait avant, effectivement, 6 ans d'attente voire même plus que ça, c'est beaucoup par rapport à ce que veut, entre guillemets, le marché du disque où c'est normalement un album tous les 3 ans pour faire que ton public soit toujours là. On a pris notre temps et le temps nous a pris, parce qu'on est toujours bien à l'arrache et on voir pas passer le temps. C'est toujours la même envie qui nous pousse, c'est toujours la même depuis le début, depuis qu'on a 16 ans, quand on avait une guitare et qu'on se regardait devant la glace, c'est toujours la même envie de proposer notre musique et de la jouer devant des gens.

The Hyènes The Hyènes Quand j'écoute Verdure, par rapport à Peace and loud, il m'a semblé que le chant était plus mis en avant, un peu plus rock et chanson française.
Oui, ça ne résulte pas d'un calcul, c'est plus parce que la musique a évolué, et le chant a évolué aussi. Quand on a commencé The Hyènes, c'était vraiment un groupe récréatif, du rock brut de décoffrage avec les paroles qui allaient avec, même si j'ai conscience que ça reste un groupe de rock avec des thématiques plutôt engagées. On n'a pas bouleversé le truc mais il y a effectivement une évolution.

Justement, par rapport à Peace and loud, il y avait plus de chansons légères. Dans Verdure, sont abordés le changement climatique, la crise économique, le chômage, c'est plus sombre.
Oui tout à fait, c'est le contexte mondial qui veut ça. Le coronavirus, c'est un mot qui sort de la bouche de tout le monde plus de vingt fois par jour, on est tellement dans la merde à cause de ce truc-là, qu'on a du mal à s'extraire de ce thème-là. Mais l'écriture de l'album s'est faite bien avant que le Covid arrive et déjà, on ne pouvait pas dire qu'on vivait dans un monde merveilleux. Toi qui a un enfant et moi aussi, ça fait quand même beaucoup de peine de voir dans quel monde ils sont en train de grandir. Donc effectivement les thèmes sont assez sombres, c'est un truc dont je m'aperçois rétrospectivement souvent, tu refais l'inventaire des textes, tu te dis "oh putain on va pas se marrer", mais c'est une manière inconsciente. C'est plus sombre parce que c'est comme ça qu'on ressent les choses. C'est moi qui écris les textes, mais pour mes camarades, c'est pareil, on discute ensemble, on a l'impression qu'on écrit un peu tous. C'est aussi le fruit de nos discussions.

Entre le nom de l'album et la pochette, on voit bien que le changement climatique est un thème fort pour vous. Et à l'écoute de "Verdure" qui est un titre plus posé, plus mélancolique, on a la sensation que c'est fichu ? Tu n'as plus d'espoir qu'on s'en sorte ?
C'est compliqué. Comme tout un chacun, j'ai mes phases d'espoir et de désarroi. Quelque part, c'est pour faire un électrochoc, chanter que c'est foutu, c'est une manière de réveiller les consciences. Mais, on est des êtres humains, on a un instinct de survie énorme, donc on ne peut pas se résigner à se dire c'est foutu, sinon on se met tous une balle dans la tête et puis c'est terminé. Mais ce qui est curieux, c'est de voir que c'est notre instinct de survie individuel qui conduit à la perte collective. Chacun met de l'argent dans son bas de laine et c'est l'égoïsme de chacun qui fait que collectivement on va droit dans le mur. Je m'égare peut-être mais pour en revenir au titre de l'album, c'est pareil, moi j'évite de le faire parce que ça me déprime, mais quand tu regardes les infos et qu'on est en train de parler du foot dans les premiers titres alors que la planète est dans un état déplorable, tu te dis qu'on devrait parler de ça en premier voire ne parler que de ça. Et puis quand tu vois que lorsque la reine d'Angleterre a changé de chapeau, ça fait les gros titres, on est quand même dans un monde de fou.

Il y a des titres moins sombres, comme "Ça s'arrête jamais" avec un clip très sympathique en style jeu vidéo des années 80, vous êtes des gamers ?
On ne savait pas trop comment aborder la thématique du clip et puis on a eu cette proposition. Ça nous a tous parlé parce qu'effectivement les jeux d'arcades, c'est un truc qu'on a connu en étant gamin. C'est en rapport avec le titre aussi, parce quand tu finis le jeu vidéo il y a marqué "game over" mais tu recommences, c'est tellement bon que tu recommences. C'est le thème de la chanson, on se fait du mal mais on ne peut pas s'empêcher de recommencer.
...tous les samedis soir.
Oui voilà, tous les samedis soir, à la recherche de l'âme sœur, de compagnie, de défonce.

Un autre titre qui est sympa, c'est "Bègles", avec un refrain très entraînant. C'est vrai que vous êtes tous du Sud-Ouest mais pourquoi "Bègles" ?
Le truc de "Bègles" ça part d'une expression locale de chez nous qui est "va mourir à Bègles". Partant de ça, c'est l'histoire d'un ouvrier et de la dépréciation du monde du travail par les élites. Ça fait un peu militant poing levé, mais c'est un peu ça. C'est un peu le regard inverse que peut avoir le monde du travail sur les hauts dirigeants. C'est-à-dire que tu as des gens qui bossent toute la journée, ils rentrent chez eux, ils sont complètement crevés. Ils sont conscients de ce qu'il se passe dans le monde mais la première chose que tu as envie de faire quand tu rentres chez toi après une journée de chantier, c'est poser ton cul et te reposer. Tu n'as pas forcément envie de remuer ciel et terre pour que les gens se bougent le cul. Il y a plusieurs thématiques qui sont abordées dans ce morceau. C'est une histoire, comme toutes les chansons que l'on peut écrire, nous on a une interprétation, mais une fois que c'est balancé dans la nature, chacun peut, ou pas, y trouver son compte. On va passer pour des sinistres, car il y a toujours de l'humour et du second degré, et c'est une manière de faire en sorte que le texte t'amène à te poser des questions. C'est plus d'ailleurs l'idée de se poser des questions que d'apporter des réponses parce que nous on n'est pas là pour ça.

Luc Roben a remplacé Jean Paul, ça s'est fait comment ?
Ça s'est fait naturellement. Concernant Jean Paul, il ne se voyait pas reprendre la route, le camion. Donc il nous a dit qu'il lâchait l'affaire. Il avait participé à la création des morceaux, donc on s'était dit qu'il nous fallait un quatrième. On a pensé faire à trois au début, on a fait quelques répètes à trois, mais Denis et Vivi (NdlR : Denis Barthe et Olivier Mathios) avaient déjà travaillé avec Luc sur d'autres projets récemment parce que Luc, entre autres, travaille sur un projet qui s'appelle "Punk is not dead" où il recense tous les groupes de punk de la préhistoire à nos jours.
Il fait un dictionnaire du punk, une anthologie du punk ?
Oui voilà, ils ont déjà bossé sur des soirées, des colloques, et ils ont joué ensemble. Et puis Luc, faut le rappeler, c'était un des premiers guitaristes de Noir Désir, donc avec Denis ils se connaissent depuis belle lurette. On a donc fait une première répète, qui n'était pas une audition, mais plutôt pour voir ce que ça donnait à quatre, et on n'est plus jamais revenus sur l'idée de jouer à trois. Ça a matché direct. Puis c'est un super musicien très polyvalent, et malgré ce que je viens de te dire par rapport au punk, ce n'est pas du tout une "brute épaisse", il connait beaucoup de choses en musique donc c'est un vrai plus de l'avoir à nos côtés. Donc on est très contents.

Il y a un EP qui est sorti avant Verdure, c'était une espèce de teaser pour faire patienter ?
Oui, c'est complètement ça. Et puis c'est un peu égoïste parce qu'on avait envie de remonter sur scène assez vite. Et on s'est dit qu'on allait sortir un EP et faire quelques dates. On a fait dix ou quinze dates, en octobre 2019, on a appelé ça le tour de chauffe. C'était une manière pour nous de remonter sur scène, de se faire plaisir, de voir si l'accueil était toujours là où s'il fallait qu'on rentre chez nous, et ça s'est plutôt bien passé et on s'est dit effectivement que c'était une bonne amorce. Bon malheureusement avec toutes ces conneries de virus, on ne pensait pas que le temps entre l'amorce et la vraie explosion serait aussi long.

Une dernière question pour essayer de voir le monde d'après en positif : 16 octobre, c'est sortie de l'album, et le prochain concert où on pourrait vous voir c'est où et quand ?
Si tout va bien, on sera le 26 septembre à Bassens, le 27 dans un petit festival à Lue, le festival Stocks Wood, dans les Landes. Pour la suite, ça ne reste que des options. Il y a des trucs qui sont dans les tuyaux, mais pour l'heure, on est encore dans l'expectative de savoir si les salles pourront fonctionner normalement. Parce que si elles ne peuvent mettre qu'un quart de la jauge, on ne pas demander aux gens de payer quatre fois plus cher. Si c'est ça, on patientera encore. En espérant que ça marchera un jour, sinon, on ira faire des concerts dans les salons de gens (rires). Puis on va être en promo, on va faire quelques show cases, on va en faire un à Bordeaux puis à Paris. Pour remercier nos souscripteurs, on a financé une grande partie de l'album grâce à eux. Tout ça, ça sera en septembre.