Découverts par hasard ou presque avec leur premier single "Blueberries" sorti sur leur EP éponyme, le duo a sorti cet été un disque aux 10 titres habités d'animaux sauvages et de sombres forêts, Traversant. Fort d'une Boule Noire complète fin septembre, il était temps de revenir sur cette sortie qui se joue des styles et navigue entre pop, rock et électro.
Merci à vous deux de nous accorder cette interview. Sophie, tu es comédienne et Bernard cinéaste, à quel moment une rencontre sur le tournage d'un long-métrage (Parenthèse (2016)) se transforme en aventure musicale en duo ?
Sophie : Pendant le tournage de Parenthèse, nous étions à l'hôtel. Il y avait un piano et le soir après le tournage, il arrivait à Bernard de jouer et je l'accompagnais au chant. Nous avons commencé à nous amuser, et comme la musique a une place importante dans nos vies, nous avons commencé à mettre en commun ses compositions et les textes que j'écrivais.
Bernard : Après le tournage, Sophie m'a proposé de composer pour elle et les premières chansons m'ont suffisamment motivé pour m'y remettre à fond après plus de 20 ans d'interruption... J'ai d'ailleurs mis le cinéma entre parenthèse et je suis à 100% dans la musique en ce moment. Sophie, elle, continue de jouer au théâtre et au cinéma (elle interprète Marie Laforêt jeune dans le prochain biopic de Lisa Azuelos).
Sophie, est-ce facile de passer de devant la caméra à derrière le micro ?
Sophie : Je ne me pose pas la question dans ces termes. Pour moi chaque expérience est unique et difficile dans le sens où je m'investis de tout mon cœur dans chacune d'entre elles. Je pense que même si les domaines d'activités sont différents, il y a des ponts à faire entre le jeu et le chant. Par exemple, le fait que pour être libre, il faille maîtriser une structure, un chemin, et le répéter beaucoup avant d'être libre de faire des sorties de route. Il y a de toute façon un élément absolument commun entre le jeu et le chant et c'est une arme secrète qu'il ne faut absolument pas négliger et cela peut s'étendre à la vie elle-même : il faut respirer !
Bernard nous te connaissons également sous le nom de BT93 un projet qui date des années 90 que tu as réactivé, tu as fait écouter ces morceaux à Sophie avant de créer Hum Hum ? Peux-tu nous parler de l'acte 2 de BT93 ou c'est encore un peu tôt ?
Bernard : Oui, Sophie a écouté certains morceaux comme "Bronx generation" qu'elle aimait bien. Mais pour Hum Hum, ce sont uniquement de nouvelles compositions écrites spécialement pour elle. Le deuxième album de BT93, je garde un peu le suspense, mais je peux vous dire qu'il est au mixage avec Michaël Tainturier au studio Atlas et qu'il sortira en 2022. L'album est réalisé par une jeune musicienne extrêmement talentueuse, Sainte-Victoire.
Le duo a des influences divergentes ou différentes. Comment a été composé l'album ? Avez-vous du faire des compromis entre vos influences parfois contradictoires ?
Sophie : Bernard est plus ouvert que moi il me semble, il accueille beaucoup mes idées quand parfois je me braque, mais même si nous sommes deux personnes extrêmement différentes, je pense que nous avons des lames de fond en commun ce qui est, il me semble, le meilleur garde-fou pour rendre compte d'une expérience artistique. Bernard est extrêmement analytique et moi je fais confiance à mes sensations/intuitions de travail.
Bernard : J'envoyais des mélodies au piano à Sophie qui en sélectionnait certaines et qui ajoutait les textes. On testait déjà ce que ça donnait en piano-voix avant d'aller plus loin. Les compromis, ce sont les choix qu'a effectué Sophie parmi les compositions envoyées et une première vision commune des arrangements. Il se trouve que nous avons quand même quelques goûts communs, comme Pink Floyd, Air, David Byrne ou The Stranglers, ce qui facilite les choses !
Les textes alternent entre le français et l'anglais. Comment se fait le choix de la langue sur les compositions et avez-vous des envies de vous exporter ?
Sophie : Oui, bien que je préfère écrire dans ma langue car j'ai la sensation d'une plus grande singularité, précision et d'un rapport plus dense de la phrase et de son contenu, comme dans "Rêves clandestins" où j'ai l'impression d'avoir attrapé ma sensation, parfois j'ai envie de me laisser aller à quelque chose de plus bradé comme si le texte n'était qu'un prétexte à la rythmique et au plaisir de chanter ensemble quelque chose qui fonctionne tout simplement au niveau des sonorités de la langue et l'anglais est très bien pour ça. Bref j'aime bien le mélange des genres.
Votre premier album, Traversant, a été produit par Fred Lo (Daniel Darc, Alex Beaupain, bientôt Pete Doherty.), nous n'avons pas tous la chance d'avoir un voisin de cette trempe, Bernard, mais outre le fait de le connaitre, il faut aussi le convaincre, cela a été facile ?
Bernard : Frédéric nous a dit qu'il avait été séduit par la maquette de Blueberries que je lui avais transmise. Il a trouvé que la chanson avait du potentiel. Il m'a rappelé dès le lendemain, on s'est vu avec Sophie, on l'a trouvé sympa et motivé et on a dit "Tope la !".
Vous avez repris pour l'album des photos de la série de votre EP Blueberries, cette fois ce ne sont pas des loups mais une biche. Y a-t-il un lien particulier entre la nature et les grands espaces et votre musique ?
Sophie : Un des thèmes de l'album est la dette que nous avons par rapport au monde animal ("La revanche de la louve", "Poor little thing"). En reniant l'intégrité du monde animal, nous rejetons notre propre intégrité car nous nous coupons de notre relation à l'ensemble. Il y a aussi un thème qui pourrait être la dimension sacrée de l'existence, mais pas la dimension sacrée en tant que religion, plutôt la dimension sacrée en tant que souffle qui relierait tous les temps, passé, présent et avenir, et qui réconcilierait les êtres avec ce monde animal que nous maltraitons et sous-estimons tant.
Bernard : La proximité avec la nature, les animaux sauvages, c'est aussi une manière d'exprimer qu'on essaie de faire ressortir dans nos créations la part sincère de nous-même, libérée des masques et conventions qui nous permettent d'habitude de nous fondre dans la société. Pour moi, c'est un certain refus des modes, de copier et même d'écouter ce qui se fait ailleurs. Je me sens ainsi plus vierge devant mes synthés. Je ne parle pas de pureté parce qu'il ne faut quand même pas exagérer !
Parlons de ce live à la Boule Noire. Vous l'attendiez depuis longtemps.
Bernard : Oui, sans le Covid, on aurait fait davantage de concerts. La Boule Noire, c'est une salle un peu mythique et on était ravi de s'y produire. Ça aurait été encore mieux sans la jauge Covid qui a limité le nombre de spectateurs autorisés car notre concert était complet 15 jours avant... on a d'ailleurs programmé un nouveau concert, toujours à la Boule Noire, le 22 avril 2022 pour tous ceux qui n'ont pas pu venir et ceux qui veulent nous revoir !
Outre Frederic Lo, nous y avons croisé King Ju, JB Dunckel, il parait que quelque chose se trame entre vous 3, mais également Florence Loiret Caille qui a joué dans un de vos clips, "La ballade des gens heureux", que nous avons pu notamment voir dans "Le bureau des légendes", une sorte de patchwork de vos deux "métiers". Vous avez été contents de l'accueil pour un des premiers lives de Hum Hum ?
Bernard : Il y avait aussi Théo Hacola et d'autres musiciens dans la salle. C'était le premier concert en public depuis la sortie de l'album. On a beaucoup travaillé pour ce live et on a été ravi de l'accueil ! Concernant Julien (King Ju) qui est avant tout un ami, nous avons depuis peu une relation professionnelle, car je produis le prochain album de Stupeflip qui s'annonce comme un grand cru !
Vos musiciens sur scène ont été assez impressionnants et ont déjà un pedigree assez conséquent. Pouvez-vous nous les présenter et nous dire comment vous les avez embarqués avec vous ?
Bernard : On a reconduit l'équipe de notre précédent concert au Silencio en 2019. Patrick Goraguer à la batterie joue aussi sur notre album, il est aussi excellent au piano et à l'orgue qu'à la batterie, pour la petite histoire c'est le fils d'Alain Goraguer, arrangeur de Gainsbourg et créateur de la musique de La Planète Sauvage. Ludo Leleu à la guitare et Alain Verderosa à la basse nous ont été présentés par Frédéric Lo. Ce sont des musiciens confirmés avec qui il est très agréable de travailler. L'excellente Odge en première partie nous a aussi été présentée par Fred. Elle a récemment participé à un concert de Sainte-Victoire et elle me donne des cours de chant.
Vous aviez de superbes enceintes lors de votre concert, ce n'est pas qu'une question d'esthétisme pour des musiciens qui travaillez si finement votre son, quelles sont leur secret ?
Sophie : Les enceintes Blade de la marque KEF étaient sur scène, mais ne jouaient pas, contrairement à nous ! Elles étaient là dans un but purement esthétique. Nous avons un partenariat avec KEF que nous représentons depuis la sortie de Traversant et en effet le son KEF est magnifique car il est dense et fin comme l'âme de Bernard (rires)
Bernard : Elles sont non seulement fantastiques au niveau son, mais elles sont hyper belles. Après elles ne sont pas données !
La reprise de "Bruxelles" semblait surprenante car éloignée de votre univers musical, mais vous avez pu la sublimer. Comment s'est fait le choix de cette chanson dans la setlist ?
Bernard : Sophie est belge, "émigrée" à Paris, et nous adorons tous les deux cette chanson depuis longtemps. Il y avait donc une certaine évidence à la reprendre. On a ajouté des riffs de guitare acérés et des sons de synthé aériens et j'avoue que j'aime bien comment on la fait sonner sur scène !
Sophie : : A l'époque, mon père était à l'hôpital en Belgique et le morceau me rapprochait un peu de lui, c'est pourquoi ce choix m'a semblé cohérent. Il faut, il me semble, avoir une histoire personnelle avec les chansons comme avec toute matière dont on s'empare pour travailler, sinon rien ne se passe.
Même question pour "Si tu disais" de Francoiz Breut, sachant que ces deux reprises devaient conclure la setlist si un rappel ne vous avait pas fait rejouer "Monkey song" une seconde fois. Pourquoi ce choix de conclure par les mots des autres ?
Bernard : il y a un historique avec la chanson de Françoiz Breut. Sophie la chantait déjà dans une scène de mon film "Parenthèse" avec le comédien Eric Viellard à la guitare. On l'avait aussi reprise au Silencio et ça fonctionnait bien. Je suis fan de cette chanson et de Françoiz Breut en général.
Vous avez décidé de publier le live sur votre chaine Youtube. Pourquoi ce choix ? c'est un teaser pour l'album ?
Bernard : C'est principalement pour tous ceux qui n'ont pas pu venir au concert. J'aime bien aujourd'hui qu'il y ait une trace de ce qu'on fait, surtout si on est content de la prestation. Je repense aux concerts que j'ai donnés il y a une trentaine d'années avec les groupes Scénario et Saf et il n'en reste rien à part quelques photos pâlies...
Le mot de la fin pour nos lecteurs ?
Bernard : Bravo pour les photos, elles sont très réussies ! J'en ai pris une comme photo de profil de BT93 sur Instagram et Facebook.
Sophie : : Tire ton plan une fois dis... !
Merci à Sophie et Bernard.
Photo : JC Forestier
Publié dans le Mag #49





