Dust Junkys Hell'o mon bon ami ! Tout va bien du côté de chez toi ? En ce qui me concerne, je suis débordé. Mais alors, à un point que tu n'imagines même pas ! Je dois en effet répondre à un afflux massif de courriels de lecteurs du W-Fenec qui me demandent une date de sortie du fanzine HuGui(Gui) les bons tuyaux saison 1. Je ne sais pas trop quoi leur répondre, à part que j'ai promis de me rendre au siège de CCCProd pour superviser le bon déroulement des opérations. Ce qui est sûr, c'est que le #52 du W-Fenec mag est sorti et que tes espoirs portés dans notre dernier échanges de bon plan sont malheureusement vains. Mais à ta décharge, je reste persuadé que tu as mis toute ton énergie dans ce chouette tuyau qu'est China Drum. Les disques ne décollent pas de ma playlist et je prends énormément de plaisir à les écouter. Bien joué mon pote !

On va continuer sur notre bonne lancée, tu veux bien ? J'ai sélectionné mon deuxième tuyau de cette nouvelle saison en fonction de tes références en termes de fusion. Rage Against The Machine ? Classique. Urban Dance Squad ? Classieux (un de mes groupes préférés ever life). Downset ? On commence à gratter un peu là. Cyco Miko ? Nous y voilà ! Tu te souviens d'ailleurs du Mike Muir qui avait couru comme un dératé sur le studio de NPA sur Canal +, en chantant à tue-tête "I love destruction" (qui sonne comme un tube de Turbonegro) ? Tu as de belles références dans ta besace d'artisan qualifié ISO 666. Mais j'ai le regret de t'informer que pour être tout à fait complet, il en manque une : Dust Junkys.

Ce nom t'est inconnu et je n'en suis pas étonné. Comme mon précédent tuyau (Lodestar), ce groupe n'a pas fait long feu, même si la page Wikipedia (en anglais) lui consacre quelques lignes et une carrière de 5 ans. Tombé dans l'oubli en 2000, le band se serait reformé, selon la légende, en 2015, ce qui me paraît étonnant car franchement, ça n'aurait pas échappé à mes radars. Quelques visionnages de YouTube laissent toutefois à considérer que ça vivote. Bref, revenons au concret, c'est-à-dire la musique. C'est en 1998 que ma vie s'est illuminée. Je sortais d'une séance de cinéma à l'UGC Saint Jean à Nancy, pas très loin de la Fnac. J'ai passé un bon moment en matant Taxi 1 (Alerte générale !!!!) et disposant d'un peu de temps avant de prendre le bus 101 pour me ramener à Champigneulles Rock City - arrêt Piscine - je suis allé feuner les nouveautés au rayon rock du soi-disant Agitateur. Dust Junkys était à la borne d'écoute. Curieux comme je suis, j'ai lancé la lecture, j'ai eu le smile et je suis reparti avec le disque compact. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Vingt-quatre ans plus tard, j'écoute encore avec énormément de plaisir Done and... dusted. Le tableau est assez simple : un basse/batterie du tonnerre, un DJ qui assure, une guitare toute en souplesse et un MC qui déboîte. Le gratteux joue en pentatonique à la Hendrix, simple et efficace. J'ai bossé tous les plans de gratte à l'oreille. Tous, tu m'entends ? Moins foufou que Persona non grata de mes chouchous Urban Dance Squad, on est quand même dans un registre assez proche : des titres qui groovent avec un flow relativement soutenu mais sans tomber dans le pe-ra des premiers albums des Bataves, des guitares cristallines qui lorgnent vers le blues, de la basse slappée avec parcimonie et que des bons morceaux.

Rien n'est à jeter. Mais alors, vraiment rien. On dirait que le groupe a écrit ce disque pour moi. Je ne prends aucun risque avec cette tuyauterie en or massif car on ne peut que succomber au charme de ces cinq Anglais. Le même album est ressorti en 2018 avec un mixage différent et peut-être quelques rajouts. J'ai naturellement écouté mais je préfère le mix d'origine. Ce qui est certain, c'est que mon skeud que j'ai acheté un jour de printemps 1998 a, comme des dizaines d'autres, changé beaucoup de choses dans ma vie. Il existe une version double album avec un ensemble de remix dont je n'ai, étrangement, aucun souvenir. Un bon moyen de me rafraîchir la mémoire qui, avec l'âge, commence à flancher. Il faut croire que les moments dont on se souvient sont gravés dans nos cœurs.

Oh, je te vois venir car je suis sûr certain que tu veux connaître mon top 3 de l'album. Je m'autoflagelle en acceptant cette mission car putain... c'est trop duuuuuur ! Allez, on dira le funky "What time is it", le hendrixien "Fever", l'indispensable "Movin' on", le jouissif "Living in the pocket of a drug queen", le... Hein ? Quoi ? Ça fait déjà quatre ? Mais que veux-tu, les pelletés de tubes auront eu raison de ma raison ! Je te souhaite de passer un bon moment avec une de mes sensations de l'année du sacre de la Coupe du monde !


Toujours en forme mon Gui de Champi, à ce que je vois. Et encore plus quand il est question de parler musique, propager la sainte parole... Comme je te comprends ! C'est pas pour rien que je prends toujours un énorme plaisir avec tes découvertes et nos échanges passionnés et que je n'ai pas compté les heures passées derrière mon écran et le logiciel Scribus (il est gratos, on peut en faire la pub sans soucis) pour mettre un terme à ce "fameux" fanzine. Mais ça y est, tout est prêt ! J'aurais en effet aimé qu'il soit terminé pour la sortie du précédent mag mais il n'y a pas que toi qui es débordé. À moins que je ne gère (très) mal mon temps, explication plus que plausible. Toujours est-il que les 44 pages à base de double colonnes de texte et quelques photos pour illustrer et aérer l'ensemble sont prêtes, on attend plus que la couv' que nous réalise daN (de l'illustre fanzine Kérosène, c'te classe !) et tu conviendras avec moi que la première ébauche qu'il nous a envoyée ce matin défonce ! Je n'en attendais pas moins de lui.

the beths Mais revenons donc à ton tuyau. Tu te spécialises dans la fusion 90's on dirait et anglaise qui plus est. Troisième bon plan d'affilée qui vient d'outre-Manche, en comptant Eureka Machines dans l'épisode bonus été spécial fanzine HuGui(Gui). Faut le commander les gens ! Bien vu en tout cas, je n'avais jamais entendu parler de Dust Junkys et Done... and dusted, qui tourne pendant que je rédige ces lignes me plaît encore plus que Lodestar, ton tuyau précédent. Perso j'en écoute assez peu de la fusion, ça me peut me lasser à la longue. À l'inverse de l'indie-punk power-pop emo-punk 90's, qui constitue 95% de ma discothèque et 100% de mes tuyaux pour l'instant. Et ce n'est pas celui qui arrive qui va changer la donne. Donc quand j'en lance de la bonne sur ma platine (ou lecteur Winamp), je passe toujours un bon moment. Voire un excellent moment, comme quand Mike Muir avait mis le feu sur le plateau de NPA. Ah là là, impossible de lister tous les groupes trop cools qui avaient égratigné les tympans de Gildas et De Caunes à l'époque (je crois que Mowno a fait une compil de liens YT) mais bien sûr que je me rappelle le passage des survoltés Cyco Miko ! Tiens, en parlant de gars montés sur ressorts, dans ma liste j'avais oublié d'autres junkies, s'adonnant eux aussi au plaisir du funk, en plus énervés. Non c'est pas FFF, dont je te sais très friand mais Phunk Junkeez dont je ressors parfois le seul album que j'ai d'eux, Injected, produit en 1995 par Ross Robinson. Chez tes Anglais les tempos sont plus calmes mais pas moins groovy et j'aime beaucoup l'ambiance qui se dégage de Done... and dusted. Y a un côté smooth, apaisant, ensoleillé, on se croirait par moments avec les Californiens de Sublime, quand ils ne succombent pas au reggae-ska. Je valide donc à 100% et n'ai rien à rajouter à ce que tu as écrit, ce serait redonnant. Bien joué ! Comme j'ai fait plusieurs trucs en même temps que la rédaction de ce papier (procrastination j'écris ton nom), j'ai eu le temps d'écouter l'album 3-4 fois d'affilée, histoire de bien m'en imprégner. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait des morceaux qui se détachent, se démarquent... c'est vraiment un disque homogène, qui s'appréhende dans son intégralité. Bon allez, je sens que tu trépignes alors je vais quand même confesser avoir un petit faible pour la ballade, "Remember". Mon passif emo, sûrement, ahaha ! Heureusement en revanche qu'on cause musique et pas ciné, je ne vais pas rebondir sur ta référence à Taxi mais n'en pense pas moins.

Tu restes dans la fusion et moi en terrain connu également : le rock indé anglo-saxon. Même si on va quelque peu voyager... jusqu'à Auckland en Nouvelle-Zélande. Marrant que tu ne connaisses pas The Beths. Le groupe existe depuis 2014, premier album, l'excellent Future me hates me en 2018 et le troisième, Expert in a dying field est sorti le mois dernier. Si tu veux de la machine à tubes, tu peux commander les trois disques les yeux fermés (et des nouveaux jouets pour Victoria par la même occasion) car Jump rope gazers (2020) est parfait lui aussi. On a généralement une préférence pour l'album avec lequel on a découvert un groupe et cela se vérifie ici encore avec le bijou qu'est Future me hates me. Une fois n'est pas coutume, j'ai vu le nom passer une fois, deux fois, trois fois sur mon fil d'actus. À la quatrième, fin décembre début janvier 2019 j'ai fini par cliquer sur le clip de la chanson éponyme. J'ai adoré. Tout comme la session live KEXP qui suivait et je suis donc tombé sous le charme de The Beths (pour Elizabeth, la guitariste/chanteuse et ses trois sbires). Ça tombait bien, il y avait un concert de prévu le mois suivant en première partie de Death Cab For Cutie au Trianon. Un poil cher et je ne suis pas spécialement fan des ricains mais je me passais tous les clips que je trouvais, les lives en boucle, il fallait absolument que je vois ces Néo-Zélandais.es. Je suis certain que tu comprends ce truc viscéral, à double tranchant car si c'était naze, dégringolade émotionnelle en vue. Bon bah j'ai pas été déçu, c'était trop beau. C'est vraiment l'adjectif qui me vient en premier pour qualifier à la fois le groupe et leur musique. Y a "minouchou" aussi mais on n'est pas suffisamment intimes. J'aimerais pourtant trop être leur pote. Ils ont des looks de nerds, à avoir fréquenté les clubs de scrabble / échecs au collège et pourraient jouer dans The Big Bang Theory mais j'avais discuté un peu avec eux au Trianon et ils étaient autant abordables qu'adorables, hyper humbles, vraiment ça débordait et c'était nullement surjoué.

La légende raconte qu'ils se sont connus dans une école de jazz et ont décidé de faire de la power pop. Ça leur réussit plutôt bien. Ils auraient pu se contenter de faire des morceaux de 2 min 30 mais non, leur virtuosité technique leur permet de faire des chansons de 4 minutes sans que cela ne soit chiant une seule seconde, avec de multiples arrangements, harmonies vocales, chœurs et quelques petits solos par ci par là. On se rend davantage compte en live de la (plus grande) complexité des morceaux, parce que si on se contente d'écouter sans tendre l'oreille, ça trace tout droit, c'est l'efficacité qui prime, on dirait les Beatles. Toi qui avais davantage aimé les titres les plus rock de Colleen Green, tu vas kiffer. On les compare aussi parfois à Alvvays, dont Ted doit parler dans un prochain mag. Ici également la voix d'Elizabeth Stokes est trop belle, parfois bubble gum mais le plus souvent mélancolique, collant parfaitement aux textes pas des plus gais ; "Great no one", "Not running", ma préférée, à moins que ce ne soit "Little death" (et son final somptueux), "Happy unhappy" (tout un programme !)... Tu auras compris, dans un registre différent mais comme pour Dust Junkys, rien n'est à jeter ! T'en n'as pas assez ? Il t'en faut plus ? Aucun problème, lance ton Deezer et l'album suivant avec par exemple "Dying to believe" (magique jusqu'aux woo-woo finaux), l'émouvante "Out of sight" (j'ai quasi la larme à l'œil à chaque fois, dès les premières secondes) ou la plus catchy "Mars, the God of war".

Il faut que je ponce un peu plus le petit dernier, Expert in a dying field car je confesse n'avoir pas encore bien pris le temps de le défricher. Mais je vais acheter ce disque, comme les deux autres. C'est ballot, je les ai revus pour la troisième fois en avril, au Point Ephémère mais il n'était pas encore sorti. Doublement ballot, je l'avais entre les mains y a 15 jours en fouinant chez Bis Aufs Messer, disquaire cool berlinois quand je suis venu voir le Big Four de l'emo-hxc-indie-punk avec Boysetsfire + Hot Water Music + Samiam + Be Well (groupe de l'ingé son Brian McTernan du mythique studio Salad Days) mais j'avais la flemme de me le trimballer dans l'avion. Mes deux bands préférés sur la même tournée, qui ne passait bien sûr pas en France, j'allais pas rater ça ! D'autant que l'eye-contact que j'ai eu avec Sergie Loobkoff, alors qu'il était sur scène, ça valait bien le coup de saloper mon bilan carbone. Et je ne parle même pas du lien qu'il m'a filé pour écouter le nouveau album de Samiam, qui ne sort qu'en mars. Chuuut... Je suis décidément incorrigible, revenons à The Beths. J'ai souvent la flemme mais je trouverai le temps de choper ce troisième LP, dès lors qu'il restera en dessous des 30€. C'est quand même devenu plus qu'un produit de luxe les vinyles. Ça m'arrange, j'ai plus beaucoup de place dans mon appart parisien, problème que tu connais moins. Cet appart en revanche, tu le connais, c'est même là que tu as découvert The Beths. Ta première impression avait l'air positive, qu'est-ce que tu en dis après avoir écouté plus en détails ? Mon prochain tuyau par contre, je suis certain que tu n'as encore rien entendu. Et pour cause, moi non plus,. Je décolle dans deux jours pour la Floride, The Fest et ses 350 groupes de punk rawk en 3-4 jours dans la ville de Gainesville (dont Samiam et Hot Water Music pour deux sets chacun, ahaha). Je te réserve la découverte qui me bottera le plus en live !

The Beths LP2 Mon Cher Guillaume Circus, je ne vais pas y aller par quatre chemins : tu es l'un des meilleurs (si ce n'est le meilleur) compagnon musical que je puisse connaître ! C'est quand même pas croyable qu'à l'exception des dispensables Wet Leg, (non, je n'y arrive pas !), tu touches toujours le centre de ma cible émotionnelle ! C'est pas compliqué, j'ai des frissons rien qu'à entendre la sublime intro de "Expert in a dying field" du génial (dernier) album du même nom. C'est certainement dû à la beauté des voix, à la justesse des mélodies et aux magnifiques couplets et refrains composant ce sublime morceau. L'absence de chauffage dans mon bureau à l'heure où je rédige la fin de ce papier (il doit faire 15 degrés, idéal pour bosser !) est peut-être aussi une raison de mes frissons, mais franchement, The Beths, c'est tellement chouette !

J'ai effectivement un souvenir précis de ma première écoute (dans ta tanière du 18ème) du dernier album du combo d'Auckland. Pendant que tu te tirais les cheveux avec Scribus, l'album défilait et j'ai été attiré par les douces mélodies et les envolées toutes en retenue de The Beths. On ne va pas se mentir, j'adore. C'est sucré, c'est molletonné, c'est enjoué, bref, c'est génial. Emballé, c'est pesé, l'addition s'il vous plait ! Encore un groupe qui aurait sa place chez le génial label Big Scary Monsters - qui annonce d'ailleurs la sortie prochaine du nouvel album de New Pagans, je dis ça, je dis rien. Rien à voir avec mon groupe irlandais préféré, mais j'ai une tendance à apprécier, ces dernières années, les groupes à chanteuses, ce qui n'est pas du goût de ma chère et tendre épouse qui a du mal avec les voix féminines. Ça et le reggae, c'est compliqué pour elle. Ce qui me sauve, c'est qu'elle adore The Wildhearts et les Burning Heads ! Toujours est-il qu'en interrogeant Tiffany sur son ressenti à propos de The Beths, elle s'est focalisée sur la voix et m'a lancé un cinglant "ouais, ça sonne comme ces groupes à chanteuses des années 90's". Elle a raison dans un sens, et je ne vais pas insister et me garder pour moi tout seul les écoutes de The Beths. Je vais me faire une joie de découvrir en détail la discographie du groupe, et je reste pour le moment scotché au petit dernier qui vient de paraître.

Étonnamment, j'éprouve un plaisir infini à écouter le disque au casque pour une écoute optimale, alors que le disque me fait moins d'effet quand il passe dans ma voiture. Je rejoins parfaitement ton analyse selon laquelle les musiciens ont un niveau technique supérieur à la moyenne. Et même si "ça joue" comme on dit parfois par chez nous, ce n'est jamais au détriment des mélodies et c'est toujours dan un esprit collectif. Pour notre plus grand plaisir hein ? Le tiercé dans le désordre (mais qui rapporte énormément) comprend le superbe "Your side", l'énergique "Head in the clouds", sans oublier le parfait "Expert in a dying field", déjà évoqué plus haut mais qui symbolise parfaitement la musicalité et l'état d'esprit de ce groupe. Je redoute (encore une fois) de ne jamais voir ce band en live mais qu'importe, les disques vont me faire vibrer un bon bout de temps, et ça, c'est grâce à toi (et au groupe aussi, on va pas se le cacher). Un tuyau sans raccord et aux normes, s'il vous plait. Que demander de plus, à part un prochain épisode de nos magnifiques aventures communes ? Avant ça, il faudra être à l'affut des réseaux (quels qu'ils soient) pour te procurer, contre menue monnaie notre fanzine HuGui(Gui) les bons tuyaux saison 1 qui, à l'heure d'achever ces lignes, part dans les rotatives de l'enfer et qui, à l'heure où tu liras cette rubrique, sera entre nos mains ! La suite au prochain épisode du W-Fenec mag donc, et dans un format un peu "surprise". J'ai hâte !

PS : Si la version papier du fanzine HuGui(Gui) t'intéresse, un p'tit mail à l'un des experts en tuyaux et y aura forcément moyen de moyenner.
guidechampi@w-fenec.org
guillaumecircus@hotmail.fr