Swain (band) Mon cher Guillaume Circus, je suis vraiment incorrigible. À peine le temps de digérer le gargantuesque numéro 50 du W-Fenec (et de profiter de cette géniale découverte qu'est Cutlass Supreme) qu'il est temps de repartir au charbon ! Je suis sûr que tu trépignes d'impatience de découvrir mon nouveau tuyau qui, crise sanitaire et contexte économique ultra-sensible, vaut de l'or. Pas de pacotille ici, et tu le sais. Autant ma précédente recommandation sentait le soleil et le fun américain, autant pour ce coup-ci, il va falloir avoir le cœur bien accroché. Je t'emmène du côté des Pays-Bas, contrée qui a le luxe de compter dans ses rangs Urban Dance Squad, NRA, et Cooper. Et ce n'est pas rien. Mais il va falloir que tu comptes désormais sur Swain.
Je tiens mon tuyau de mon ami Nico (The Early Grave/Whales of the Crossroads/Muscu). Il n'a pas le bon prénom pour participer à cette rubrique mais le gazier n'est pas avare de bons plans. Et lors d'un échange de sms en 2019 ou 2020, le nom de Swain est sorti. J'ai profité d'un temps libre pour lancer la lecture de The long dark & blue, deuxième album du quatuor (alors trio) batave. Et là, grosse baffe dans la gueule. En mode revival grunge/punk aiguisé/noise pop. Oui, oui, rien que ça ! Et je peux te dire que ce disque, je l'ai poncé ! Bien que datant de 2016, cet album est encore bien frais, le tout sans conservateur. Une succession de tubes en toute décontraction ! Dès "Hold my head" alternant chant rugueux et voix en mode comptine, le ton est donné. Le groupe mélange sans sourciller une basse pachydermique, des guitares aérées et des mélodies vocales inoubliables. Et quand tu places en troisième plage le tube noisy punk par excellence, tu sais que le game est plié. "Punk-rock messed you up, kid" que ça s'appelle, et c'est sacrément bien trouvé. On sent de grosses influences 90's ("Kiss me hard" sent bon l'air saturé de Seattle, tout comme "It's a strange way down") et le passé hardcore du groupe refait surface sur quelques bombes imparables ("Faze me", le prenant "Hoping for it"). C'est varié, bluffant, déconcertant, subtilement bancal par moment, mais ça tape toujours dans le mille. Tu vas pouvoir y trouver ton compte, j'en suis sûr. Ah, au fait, c'est produit par J. Robbins (Government Issue, Jawbox, Burning Airlines) !
Tu me connais, je suis un grand curieux, et comme le skeud date de 2016, je suis allé écouter ce qui s'est passé avant et après. Et tel un chat, Swain, s'il continue sur sa lancée, aura sept vies. Il en a déjà eu trois... en trois albums. Je vais tout de suite balayer l'incompréhensible troisième album, aussi déroutant que hors sujet (pour ma part). M'attendant à un disque un peu foufou et saturé comme son prédécesseur, je suis bien tombé par terre, au point de vérifier à plusieurs reprises si je ne m'étais pas trompé de disque. Là où The long dark & blue est clairement assimilé à la scène de Seattle, Negative space vire du côté de Radiohead période chiante (c'est-à-dire de 2001 à maintenant). Vraiment relou. Du coup, je suis vite monté dans ma DeLorean pour aller écouter Howl, datant de 2013 mais dans la version bonus agrémentée du maxi Heavy Dancing, réédition parue en 2019 que j'ai pu choper en LP chez Coretex en Allemagne. Et là, ce n'est pas la même came. On est dans le dur mon gars. Dans le crasseux, le hardcore à tonton (tu sais, celui qui est en taule), avec les guitares qui dégueulent, les larsens qui ne s'arrêtent jamais, avec le basse/batt' le plus massif qu'il m'ait été donné d'écouter depuis de nombreuses années. Aussi jouissif que percutant. Je ne suis pas sûr que tu adhères au disque, mais je pense qu'il est indispensable que tu l'écoutes pour capter l'évolution du groupe. Voilà le skeud que je n'écoute pas en famille, mais qui est parfait après une journée bien reloue. 16 morceaux, 27 minutes de musique oppressante, de voix glauques et de morceaux tendus qui te collent à la peau. Si je ne devais en choisir qu'un (alors que je les aime tous), ce serait "I wake to see the world go wild", massif mais peut-être un des plus abordables. Pas certain que le groupe joue encore sur scène, au milieu de ses nouveaux morceaux un peu mielleux, ces bombes nucléaires. Ah, au fait, c'est produit par Kurt Ballou (Converge) !

Un tuyau, Swain mais deux disques différents et paradoxalement complémentaires. Genre, tu prends une baffe, tu tends la joue, mais derrière, tu prends un bourre piff à t'en faire péter les dents. Radicalement efficace. Je te laisse reprendre les esprits et ta respiration, et j'attends ton avis sur tout ça ! En attendant, je vais redonner une chance à Negative space.

Salut mon Mistletoe by Champi ! Ahah, maintenant je sais comment on dit « gui » en anglais. Pour expliquer à nos lecteurs/rices la private joke, mon pote Sasha de Cutlass Supreme, dont il était question dans le précédent tuyau, a traduit via Google Translate notre papier et l'a mis en ligne, en gardant la même mise en page. C'était assez bluffant (mais il est infographe, ça aide) et le Gui de Champi est donc devenu Mistletoe by Champi. Voilà pour la blague.

Une fois n'est pas coutume mais encore plus que les autres fois, on va être complètement en phase. J'ai bien kiffé Swain. Quand j'ai voulu me pencher sur ce tuyau, deux mois après que tu me l'aies envoyé (hum. no comment), il se trouve que tu avais oublié de joindre ton fichier texte. Je ne vais pas te jeter la pierre, ça m'arrive souvent aussi et à chaque fois je me déteste quand je m'en rends compte. Je n'avais donc que le nom du groupe pour m'aiguiller et je tombe sur une page bandcamp. Je lance ce qui semble être le dernier album en date et je dois confesser avoir été plus que circonspect. Hein ? Quoi ? C'est ça le groupe que tu veux me faire découvrir ? Heu. c'est quand même vraiment pas jojo ! Tu m'avais habitué à mieux dis donc. Et ça sonne en effet comme du sous Radiohead. Véridique, c'est la première impression que j'ai eue en écoutant "Negative space", l'intro de "But then what ?" et les autres chansons du même acabit. Comme quoi, l'expression qui veut que les grands esprits se rencontrent n'est pas galvaudée nous concernant, héhé. J'avais peur de m'être trompé, cherchais un autre groupe se nommant Swain et puis tu m'as répondu. J'ai lu ton incompréhension à l'écoute de ce troisième album et la ferveur qui t'animait sur les deux premiers et suis revenu dessus, en poursuivant donc l'ordre inversement chronologique avec The long dark blue. Et là j'ai compris. Je valide 100% de ce que tu as écrit et n'ai quasiment rien à rajouter. Les premiers morceaux m'ont accroché direct et "Punk-rock messed you up, kid" est effectivement un bon gros tube catchy, noisy et punky. Il y en a d'autres plus mélodiques comme "Never clean my room", toujours aux accents Radiohead et qui leur a servi de single même si ce n'est pas le meilleur titre de l'album ou bien "Secrets inside" avec un côté power pop à la Weezer mais je leur préfère de loin "Kiss me hard" qui n'aurait pas démérité sur une face B de Nevermind ou mieux encore, quand s'exprime davantage leur aspect torturé, vicieux et plus crade comme sur "Faze me". Et à ce titre, déjouant tes pronostics, je crois que j'aime davantage Howl, plus écorché, plus brut, plus criard. La rythmique, les guitares tranchantes, le chant, tout te saisit à la gorge pour ne plus te lâcher de la première à la dernière seconde, avec en point d'orgue "I wake to see the world go wild" (tout un programme, clairement affiché) comme tu l'as bien mentionné ou encore "Don't let them".
En tout cas les gars se sont bien fait plaiz' avec Kurt Ballou à la prod pour leur premier skeud et J. Robbins pour les suivants et c'est marrant mais je te rejoins là-dessus, on dirait presque trois albums de trois groupes différents. C'est assez déroutant. Marrant aussi que ça sorte sur End Hits Records, label Allemand dont je ne connaissais pas l'existence il y a encore quelques mois, quand j'ai précommandé le dernier LP de mes chouchous, pas Samiam cette fois mais Hot Water Music. Va falloir creuser davantage parce que c'est comme ça qu'on fonctionne, nous autres dénicheurs de tuyaux. Quand y a deux bons groupes sur un label, tu peux être certain qu'il y en a d'autres. Sinon ça ne m'étonne pas que ton ami Nico (que je connais plus musicalement que personnellement) t'ait branché là-dessus, ça semble bien sa came et il peut être de bons conseils. Tu es sûrement passé à côté de son post Fb où il parlait de Kali Masi (goupe indie punk de Chicago) mais pas moi. Chouette découverte et ascenseur émotionnel quand j'ai appris leur venue à Paris le 9 juin puis l'annulation de la tournée européenne récemment. Je suis tristesse, je suis déception mais ce n'est pas d'eux dont je vais te parler maintenant. Non. On va causer de Wet Leg.

Wet Leg (band) Un bon grand écart donc avec le précédent, Cutlass Supreme, qui doit être connu par une poignée d'initiés (un peu plus désormais grâce à nous) alors que ces dernières font un sacré buzz et ramdam en ce moment : couverture de Rock & Folk de mai, concert sur Arte, playlist France Inter, programmation aux Eurocks, au Cabaret Vert, à la Route du Rock. bref, tout pour me déplaire. Ahaha ! D'ailleurs c'est pour cette raison que j'ai mis un peu de temps à m'y mettre. Mon côté punk probablement, ne voulant céder, suivre la hype. Quand il y a consensus, je trouve ça louche et m'en éloigne généralement. Je ne vais quand même pas avoir les mêmes goûts que la plèbe et encore moins en ce qui concerne la musique ! Nan mais. Généralement, par curiosité je m'y aventure quand même quelques mois, années, après mais c'est rare que je change d'avis. Dernièrement j'ai par exemple tenté de jeter une oreille à Idles, Fontaines D.C., Shame pour comprendre mais non, rien n'y fait. Début janvier j'ai donc lancé sans grande conviction le clip "Chaise longue", dont le titre m'interpellait néanmoins. Et bim, j'ai adoré ! Je l'ai regardé 3-4 fois d'affilée, puis j'ai cherché sur Youtube ce qu'iels avaient sorti d'autre, suis tombé sur "Wet Dream" et ai été définitivement conquis. Ces deux morceaux auront suffi. Normal, ce sont les meilleurs. Peut-être que si je m'étais contenté d'écouter les titres, l'impact n'aurait pas été le même mais j'aime tout dans ces clips (et te conseille de découvrir Wet Leg ainsi). J'aime l'ambiance positive et assez fun qui s'en dégage, le côté un poil loufoque, décalé, humour british (le groupe vient de l'île de Wight), les couleurs et les paysages bucoliques, la complicité espiègle entre les deux guitaristes/chanteuses Rhian Teasdale et Hester Chambers, les paroles avec quelques gentillets sous-entendus sexuels : « Mommy daddy [.] I went to school and I got the big D » (pour degree = diplôme, bien sûr !) et tout le reste bourré de second degré et last but not least, la musique qui est carrément entraînante. Impossible de ne pas esquisser une comparaison avec les Breeders car on est dans ce créneau alternative rock là (avec moins de disto) mais on fait pire comme référence. C'est simple, basique mais ô combien efficace ! Le groupe étant tout récent, il n'y avait pas grand-chose à grapiller, leur premier album étant prévu pour avril 2022. J'ai donc poncé les quelques singles sortis autant que je le pouvais, me jetant sur les nouveaux clips qui arrivaient tous les mois ("Oh no", "Angelica", "Ur mum" avec cet uppercut féministe et caustique dès les premières lignes «When I think about what you've become, I feel sorry for your mum, You say we're all having fun, Do you know you're the only one ?» ), qui sans avoir la force de frappe des premiers ne faisaient que conforter tout le bien que je pensais de Wet Leg. Ah oui, j'ai bien sûr regardé dès janvier s'il y avait un concert de programmé prochainement et c'était le cas en mai au Point Éphémère. complet. Grrh ! Une date à l'Élysée Montmartre a été annoncée récemment et j'ai pris ma place direct. Les extraits live que j'avais pu voir sur YT n'étaient pas toujours géniaux, un poil bancal, timide mais celui d'Arte dont je parlais plus haut est lui ,carrément top ! Ça va être la folie en novembre !
Alors certes, l'album n'est pas parfait (je me suis fait plaisir en chopant le LP pas trop cher, c'est-à-dire à l'heure actuelle moins de 25€, avec au passage le dernier cd de Machine Gun Kelly (pop punk mainstream à la Blink-182), certes, ce groupe coche un peu toutes les cases du truc indie marketé pour réussir, qui plus est à l'heure post Metoo mais j'ai vraiment la sensation que rien de tout ça n'est calculé. C'est fait avec une réelle passion, sincérité et tant mieux si ça fonctionne. C'est le cas avec moi, j'espère que tu vas te laisser convaincre toi aussi mon cher mistletoe et encore bien ouéj pour ton tuyau Swain, plus que validé.

Bien content pour Swain et un peu surpris tout de même que tu accroches plus pour l'album le plus brutal et, n'ayons pas peur de dire les mots, bien malsain. Connaissant tes goûts plus sucrés qu'acidulés, c'était pour moi presque une évidence que tu enchaînes les écoutes de The long dark blue. Comme quoi, après tant d'échanges de devis pour trouver la meilleure came inoxydable, nous avons encore tellement de choses à apprendre l'un de l'autre ! D'ailleurs, à ce sujet, « je sais que tu sais que » je suis le premier à succomber au chant des sirènes quand s'entrecroisent des guitares, des mélodies et une section rythmique plus ou moins insistante. Ma femme me rappelle d'ailleurs à de rares occasions mais bien évidemment en public que j'avais en son temps loué les mérites de The Rasmus. Une trace rédactionnelle est d'ailleurs consultable dans les pages numériques du W-Fenec. Erreur de jeunesse. Mais là où tu ne me connais pas encore assez, c'est que je suis peut-être faible mais pas dupe. COMPRIS ??? Désolé d'être un peu sanguin, mais je ne comprends rien à Wet Leg. J'ai beau retourner le problème dans tous les sens, rien n'y fait. Et pourtant, j'ai suivi le cahier des charges à la lettre : d'abord les clips, ensuite le live sur Arte puis le disque. Aucun effet. À part un peu de sidération et d'incompréhension. Les mots peuvent sembler excessifs, mais j'ai vraiment essayé. À plusieurs reprises. En me disant que ça venait certainement de moi. Ma conseillère spéciale pour la vie (tu sais, cette charmante personne qui me rappelle à de rares occasions mais bien évidemment en public que j'avais en son temps loué les mérites de The Rasmus) n'a pas non plus saisi le truc. Le fait d'être des quadras est-il un paramètre pour ne pas saisir la hype autour de ce groupe (hype qui ne m'a pas intoxiqué, n'ayant jamais entendu parler du duo avant que tu ne m'en touches un mot) ? Ou alors, j'étais trop excité par ton jubilatoire tableau de la situation ? Je n'en sais fichtre rien. Au moment où je rédige mes impressions concernant Wet Leg, j'en suis à une bonne dizaine d'écoutes et je dois quand même te faire une confidence : à la (chaise) longue, certains titres me parlent quand même. "Wet dream", par exemple, est un tube, c'est vrai. "Ur mum" aussi. Ainsi que "I don't wanna go out". Mais...qu'est-ce qu'il me prend ????? Je succombe à Wet Leg !!! Tel Jonathan Chase dans Manimal, suis-je en train de me transformer en mouton ? Mais non, je blague ! Les titres précités sont divertissants, fun, légers, mais de là à crier au génie, ça sera sans moi. Aucun problème pour reconnaître une démarche sincère, mais désolé, je ne rentre pas dans le délire. Et je ne vais pas t'en vouloir pour cette fois de trouver des similitudes avec les Breeders (comme Rock 'n' Folk d'ailleurs, car oui, j'ai bossé le dossier à fond et suis allé lire le papier du numéro de mars), même si tu touches à une institution. Je suis un peu dur, je veux bien le reconnaître, mais ce tuyau ne sera pas en tête gondole de ma rockothèque. En attendant, je vais aller me réécouter I want to grow up de Colleen Green, ça me fera le plus grand bien. Et fais-moi plaisir d'aller jeter une oreille sur Veruca Salt, c'est la dernière fois que je te le dis. Punk-rock messed me up, mon gars. Mais pas Wet Leg, tu peux en être sûr ! On se retrouve à la rentrée pour de nouvelles aventures mon cher Guillaume Circus !