Howard Comment en arrive-t-on à faire un truc qui mélange électro et stoner ?
Allez, on entre dans les secrets de cuisine direct : ça part pas tant d'un processus hyper réfléchi que d'une envie de s'écouter. Ça fait un moment qu'on voit bien que ce qui nous vient spontanément sous les doigts tire autant du côté rock avec des gros riffs, une batterie qui tape fort et compagnie, que du côté plus électronique et une ambiance plus transcendante, des synthés à gogo habilement réglés par Raph, maître en la matière, et comme sur cet album, on s'est dit assez tôt dans le processus de composition qu'on allait faire ce qu'on voulait sans trop se poser de question, c'est venu assez naturellement. Au final, ça reflète assez bien l'éclectisme de nos écoutes ! On ne renie pas notre héritage rock, n'ayez crainte. Il y a encore l'orgue saturé, les breaks de batterie, la satu' sur la voix, et on jette tout ça dans la marmite avec les séquences frénétiques de synthés qui rongent les tympans. Feu moyen, 1h30, touillez toutes les 5 minutes environ.

Quelles sont les influences sur la partie plutôt industrielle ? J'ai retrouvé l'énergie d'Alec Empire d'Atari Teenage Riot...
Haha, excellent ! Je t'avoue que ça fait pas tant partie des trucs qu'on a écouté pendant la compo, on était plutôt entre Arnaud Rebotini, Mother's Cake, les pionniers de la musique concrète comme Pierre Henry ou Pierre Schaeffer. Daft Punk aussi pour s'imprégner des logiques de composition de la musique électronique qui sont différentes de celles du rock. Après, pour ce qui est des timbres, on a pu y passer des heures grâce au studio de Raph, avec tous les synthés à dispo pour expérimenter et se laisser porter par les textures sonores.

Et du côté psyché, le tout début de "Liars" m'a fait penser à "Set the controls for the heart of the sun" de Pink Floyd, c'est quelque chose dont on se rend compte ou on le découvre quand quelqu'un comme moi l'évoque ?
Eh ben, ça fait un sacré bail que j'avais pas écouté ce titre, et je vois ce que tu veux dire ! Ce genre de classiques, on les a tellement écoutés pendant notre adolescence qu'à un moment c'est presque dans le cerveau reptilien. Donc on découvre quand tu l'évoques, mais on n'est pas choqués non plus, c'est sûr qu'on a trouvé notre son en ponçant les discographies des groupes pionniers de cette époque.

Si les influences sont multiples, entre le vinyle emblématique des années 70 et le stream d'aujourd'hui, le groupe préfère quoi ?
Si tu parles du mode d'écoute, il y a du bon à trouver dans les deux à notre humble avis. Le vinyle, c'est un rapport différent à l'écoute, un moment privilégié qui, c'est tout bête, te demande une petite préparation : on sort le vinyle de sa grosse pochette avec le bel artwork qu'on prend le temps de regarder, on retire la poussière avec la petite brosse qui va bien, on écoute sur de belles enceintes, faut faire l'effort de se lever à la moitié pour retourner la galette, enfin tu vois le topo quoi. Tu choisis de donner de ton temps pour écouter l'album, toutes les pistes dans l'ordre. C'est une écoute forcément plus active et attentive, qui est agréable quand on peut lui donner ce temps. C'est aussi un moyen bien plus efficace de soutenir les artistes indépendants quand tu as chopé le vinyle au merch à la fin du concert, en causant avec les membres du groupe, ça rappelle les bons souvenirs du live !
D'un autre côté, le stream nous permet d'être écouté n'importe où sur la planète, d'avoir beaucoup plus de visibilité, et c'est une sacrée chance aussi. Et franchement, on a tous fait des découvertes fabuleuses en se laissant porter par les suggestions d'écoute ! En revanche, en terme de soutien aux artistes, bon... On sait tous où ça en est.

howard Oscillations L'orgue Hammond est un marqueur important des seventies, quel est le son de 2025 ?
Héhé, ça c'est sûr ! Il ne se passe pas un concert sans qu'on nous parle de Deep Purple et consorts. L'orgue, c'est vraiment un timbre ultra riche et reconnaissable, qu'on adore et qui a un potentiel de fou, y compris sur des sons plus modernes. Quant au son de 2025, pour Howard en tout cas, on pense qu'il réside dans le fait de pas faire les puristes. On aime la texture de l'orgue, des guitares et des batteries, mais autant les synthés, les techniques de productions propres à l'électro, et tous les outils modernes qui permettent de faire de la musique autrement. On a pas mal samplé de trucs, comme les voix des débuts de refrains sur "Myself" par exemple, qu'on fait glitcher. Ce qui est cool avec le rock en 2025, c'est qu'on a à la fois les outils des 70's qui convoquent les influences de cette époque, et tout l'arsenal numérique de maintenant. Pourquoi s'en priver alors que ça nous permet d'aller plus loin ?

Le choix de l'oscilloscope correspond très bien à votre musique, qui a eu cette idée ?
Oui, on a ce petit côté geek, touché ! Comme on le disait, on a passé des heures à s'auto-hypnotiser sur des séquences de synthés, à un moment le studio commençait à ressembler à un TP de physique, manquait plus que les blouses blanches. Un lundi, Raph est carrément arrivé avec un ancien oscilloscope analogique qu'on a branché en fin de chaîne... tu peux le voir dans le clip de "Dead" d'ailleurs. À partir de là, on en a bien sûr fait notre pochette.

Alexandre qui réalise l'artwork est un simple exécutant ou il a apporté des idées ?
Bosser avec des gens, c'est toujours des échanges ! Ce qui est cool avec Alexandre, c'est qu'il a immédiatement capté le concept, et proposé plein de détails pertinents : on lui a envoyé quelques photos de l'oscillo, et il nous redessiné ça avec brio en ajoutant les crédits sur les potentiomètres, des schémas dans la sous-pochette pour habiller entre les textes et compagnie : un bonheur.

Vous allez passer la fête de la musique au Hellfest, comment vous appréhendez cette journée ?
Ah ben, t'imagines bien qu'on est déjà remonté à bloc ! Ce sera clairement notre plus grosse scène à ce jour, et le plus tôt qu'on ait jamais joué. C'est un sacré défi de faire découvrir notre univers sur un set court en matinée, mais on est ultra excités.

Vous voyez ça comme un rêve qui se réalise ou un tremplin pour la suite ?
Honnêtement, les deux. C'est un gros accomplissement pour nous d'être programmé au Hellfest, un truc dont tu rêves au moment où tu crées le projet. Et c'est aussi un tremplin comme tu dis, puisque ça nous offre une grosse visibilité auprès de gens qu'on n'a pas encore croisés en tournée, à qui on va pouvoir présenter l'album et qui on l'espère nous suivront après.

En septembre, il y une date à Petit Bain à Paris mais d'ici là, on pourra vous voir cet été ailleurs qu'à Clisson ?
Bien sûr ! En avril, on sera le 20 à Fontenay-le-Comte, le 24 à St Quentin en première partie d'Ultra Vomit, le 26 à Limoges toujours avec Ultra Vomit, en mai le 24 à Lesneven pour le Rock en Stock, en juin il y a donc le Hellfest, en juillet, le 12 à Bordères sur l'Echez pour Riff'in Tarbes, en août, le 22 on va carrément en Suisse à Genève pour le Festiverbant, en octobre, tu nous trouveras le 4 à Rennes pour les festival de Rage Tour, et en novembre on sera le 8 Chez Paulette à Pagney-derrière-Barine. Tu le mentionnais, il y a aussi le 12 septembre à Petit Bain pour la grosse fête que sera notre release party, on bosse un gros gros set, alors ne manquez pas l'occasion ! Et puis dans le doute, suivez-nous sur les réseaux on va en annoncer d'autres...

Howard Vous êtes d'ailleurs très présents sur les réseaux, c'est une obligation ou un plaisir ?
Un peu des deux à vrai dire. De nos jours, on est tenu à une certaine régularité sur les réseaux, si on ne veut pas disparaître dans les tréfonds des algos. Pour autant, c'est aussi pour nous un autre espace d'expression, dans lequel on peut prendre le temps d'aller un peu plus en profondeur et d'expliquer les textes des morceaux, les choix esthétiques, le processus de compo... ça nous permet de partager tout ça avec les gens qui nous suivent et on pense que c'est important aussi.

Vous avez fait une cover des Doors, d'autres titres sont dans le viseur ? Peut être des morceaux plus électro ?
On ne s'interdit rien ! Pour l'instant, on va continuer de travailler l'album et son après-sortie, on verra bien la suite !

Le délire du clip de "Keep running", ça vient d'où ? Il y a eu des débats autour de l'idée ?
Alors... En gros, le titre parle principalement de la dissimulation de son mal-être, et du fait de faire comme si tout allait bien, un genre de fuite en avant, mais où tu fais du sur-place. On a donc pensé à un clip en mode fitness, avec un personnage qui donne tout sans que son visage ne laisse transparaître l'effort. À côté du groupe, Jimbo bosse avec une compagnie de cirque, donc on a fait appel à Andrei Anissimov, un athlète qualifié qui nous a enchaîné une quantité de prises en plan séquence presque sans transpirer. Nous on voulait l'amener à l'épuisement, mais c'était pas facile ! Après, on a modifié en post-prod pour figer un sourire malaisant sur lui tout du long, qui glitche. On voulait mettre en évidence le masque que tu portes quand tu jures que tout roule, et les moments où il se devine.

Vous vous appelez Howard en hommage à Lovecraft, il a écrit beaucoup de nouvelles, laquelle nous conseillez-vous ?
En effet, il y en a un paquet. Aujourd'hui je dirais "Les rats dans les murs" qui m'avait bien marqué à la première lecture pour son angoisse générale, et aussi grâce aux oiseaux qui avaient élu domicile dans l'isolation de ma chambre de l'époque. Ça avait rendu la lecture immersive au possible. Flippant.