Hoboken Division Hoboken Division Vous tournez pas mal en ce moment. Comment est l'accueil du public ?
Mathieu : Ça dépend. Là on était parti en Espagne au tout début de la tournée. C'était vraiment cool, les gens ne nous connaissaient pas, ils découvraient et ils étaient vraiment à fond.
Marie : En général tout l'Ouest ça fonctionne vachement bien. Par contre le Sud-Est c'est super compliqué. Tu sens qu'ils n'écoutent pas la même musique, ils sont moins ouverts pendant les concerts.
Mathieu : Le pire qu'on ait fait c'était à Genève où les gens étaient assis devant nous en mode cabaret. C'est parfois difficile de rentrer dedans mais sinon l'accueil du public a été cool en général, on a vendu pas mal de CDs. C'est même la tournée où on a vendu le plus de disques.

Sur votre nouvel album il y a beaucoup d'instruments différents. Comment vous faites pour retranscrire ça à deux sur scène ?
Marie : On ne retranscrit pas tout. Par exemple sur "Late night riot" y a de la Tempura, une espèce de drone indien, et ça on peut pas le faire en live parce que Mathieu a une Tempura électrique qui ne marche que sur une note. Je ne peux pas le faire en direct il y aurait des changements de notes super dégueulasses. Donc ça on l'a samplé mais on essaye de limiter ça ne sert à rien d'en faire trop.
Mathieu : Pour "Sugar daddy" par exemple le riff de basse est enregistré. Il me soutient et ça me permet de faire des solos dessus.

Tu joues pas de la basse sur scène, Marie ?
Marie : Si mais "Sugar daddy" elle est trop complexe pour que je puisse chanter en même temps. [rires] Et en plus on l'a détunée pour qu'elle soit vraiment très très grave. Ça serait jouable mais je préfère tout mettre dans le chant.
Mathieu : Sinon, les parties pianos elles n'y sont pas, mais je les refais à la guitare.
Marie : Bref, on réarrange pour que ça sonne sur scène.
Mathieu : On voulait présenter autre chose que ce qu'on fait en live justement. Pour montrer ce qu'on sait faire, montrer plus que le mec à la guitare et la nana au chant en mettant en avant les autres facettes d'Hoboken Divison.
Marie : Et surtout pour se faire plaisir !

La formule du duo revient à la mode. Faire de la musique à deux c'est différent ?
Marie : Je dirais que c'est à la fois plus simple et plus compliqué. C'est plus simple pour l'organisation, pour tourner etc. Par contre quand il y a un désaccord c'est vrai qu'il n'y a personne pour trancher. Et ça peut durer des mois, ça peut se terminer dans le sang. [rires]
Mathieu : Mais c'est intéressant parce que dans un groupe de 3/4 musiciens il y en a toujours un qui va se mettre un peu en retrait de la vie du groupe. Des fois ni Marie ni moi ne lâchons un morceau et on est obligés de trouver des compromis, et ça donne parfois des trucs auxquels on aurait pas pensé tous les deux. Dans chaque groupe tu as un moteur et soit les autres se laissent vivre, soit ils mettent la main à la pate, et c'est dans ce cas là que le groupe avance bien. Et avec Marie on était dans cette optique là dès le départ.

Quand on compare Arts & crafts avec votre EP, la première chose qui saute aux oreilles, c'est le son. Vous avez fait des choix de productions super radicaux et crades. Pourquoi ?
Mathieu : On avait enregistré l'EP à Liverdun, et l'ingé son, Laurent, qui est super d'ailleurs, était vachement porté sur le tube radio. Mais comme on a eu pas mal de casse avec nos boites à rythmes sur scène on s'est dit qu'on voulait enregistrer l'album en live. On a été à Toulouse chez un mec qu'on avait rencontré en tournant il y a deux ans [NDLR: Lo Spider au studio Swampland]. Et lui était justement dans cette approche live, one shot.
Marie : Un type vachement garage en fait. Avec lui on était là pour faire de la musique, du rock, pas un truc propret. Et en fait ça faisait déjà un moment qu'on voulait salir notre son. Et puis à force de tourner on s'est rendu compte que ce qu'il y avait sur l'EP ne correspondait pas forcément aux émotions qu'on voulait exprimer sur scène. Nous on voulait jouer du garage quoi ! Quelque chose de beaucoup plus suintant et dégueulasse. Du coup l'album ressemble logiquement à ce qu'on a fait sur scène au cour de ces deux dernières années. C'est vraiment le live qui a influencé cet album. Et plus ça va plus j'ai envie qu'on soit classé dans la case ''garage'' plutôt que dans la case ''blues'' parce que c'est ce qui ressort le plus en concert.

Philippe Manœuvre a récemment parlé de la naissance d'un nouveau bastion du Rock à Nancy et dans l'Est de la France en vous citant. Alors, la Lorraine, terre de blues ou pas ?
Mathieu : Moi je dirais que oui. Quand on va jouer sur Paris par exemple on est vraiment pris pour des péquenauds du Kentucky quoi. [rires] Quand je suis arrivé en Lorraine on appelait ça le Texas Lorrain. Mais ce qui me chiffonne c'est qu'on est vraiment pris pour des cons quoi. Enfin pas des cons, mais plutôt comme si ici il n'y avait que du chômage, des usines désaffectées...
Marie : C'est pour ça que dès que tu fais de la musique un peu rock ils vont directement mettre ça sur le dos d'une enfance malheureuse. [rires] Y a un coté un peu cliché comme ça. Après je sais pas à quel point ton environnement peut influencer ta musique.
Mathieu : Je pense qu'il y a des sonorités marquantes, en fait. Quand on passait les boites à rythmes dans les amplis, ça sonnait comme une forge ! Mais pour en revenir à ce que je disais, moi je trouve qu'on est quand même super bien lotis en Lorraine, on a plein de groupes, rien qu'ici à Nancy. Et le problème c'est que c'est pas assez mis en avant au niveau national.
Marie : Et du coup c'est très bien que Manœuvre en parle. Si ça engage d'autres journalistes à venir mettre le nez dans ce qui se fait ici, juste jeter une oreille, c'est toujours ça de gagné.
Mathieu : Ne serait-ce qu'ouvrir les mails quand ça vient de Nancy ou de Metz. Il y avait la scène Dub à Lyon, la scène Electro-Rock à Rennes, et là ça serait cool que l'Est soit reconnu comme une nouvelle scène à part entière. Nous on le sait, mais les gens en dehors la Lorraine, non.

Hoboken Division - Arts & Crafts Vous pensez comme lui que l'émergence d'un groupe rock fédérateur comme les Stones est encore possible aujourd'hui ?
Marie : Moi ma théorie c'est que si tu veux réussir à avoir une vraie carrière qui dure, il ne faut surtout pas avoir un buzz ou exploser. A chaque fois qu'un groupe sort du lot, deux ans après tu n'en entends plus parler.
Mathieu : C'est le problème des médias actuels. Ils produisent des artistes kleenex. Les gens veulent de la nouveauté, donc on leur sert de la nouveauté systématiquement. Ils ne ressortent plus les vieux trucs du placard. A part quelques dinosaures comme Francis Cabrel à la limite. Enfin j'ai pas écouté son dernier album il y a sûrement des trucs très bien dessus ! [rires]
Marie : Il vaut mieux rester dans ton truc, gagner ta vie dignement. Si tu as un peu de chance et que t'arrives à passer à la radio et que tu peux te faire un peu de thunes, tant mieux. Mais faire ton passage au Grand Journal et avoir ton gros buzz, ça ne mène à rien.
Mathieu : La musique c'est déjà en soit un produit de consommation. Et les musiciens le sont devenus aussi. Tu le passes à la télé, ensuite tu passes au prochain et ainsi de suite. On a perdu le sens du musicien troubadour qui doit jouer, jouer et jouer.
Marie : Le dernier exemple que j'ai en tête c'est Lescop. Un type qui d'un coup à sorti un tube électro-pop comme tout le monde adore en ce moment. Et tout le monde le balançait partout. Un vrai matraquage. Et le type s'est dit qu'il avait gagné le jackpot. Il était encensé par tout le monde, les Inrocks étaient au taquet. Il était programmé partout mais il ne remplissait pas les salles, les gens n'aimaient pas spécialement. Du coup ils l'ont tué. Ce modèle-là, c'est de la merde, il ne faut surtout pas rentrer dedans.
Mathieu : Même si on est au 21ème siècle il faut garder le modèle à l'ancienne. Les Stones, mine de rien, quand ils tournaient dans les années 60, ils faisaient 250 concerts par an, pas plus.

Est-ce qu'internet, tout en participant à l'hystérie médiatique, n'est pas un peu en train de nous ramener vers ces modèles là justement ?
Marie : On est pas tant en train de revenir à un vieux modèle que d'en créer un nouveau. Que ce soit les consommateurs ou les musiciens. Et on y est obligés. On voit comment les anciens groupes ont fait et on sait qu'on ne peut pas le refaire. Je ne pense pas qu'il y aura encore des Stones, enfin en France il n'y en a jamais eu de toute façon [rires]. Et à la limite on s'en fout, tant que les gens sont intéressés et qu'ils vont aux concerts.
Mathieu : Tant qu'ils sont curieux en fait, et c'est ça qui est grave. Les médias ne rendent plus les gens curieux. On leur met le truc dans le bec, ils avalent et ils attendent la prochaine bouchée. Ils consomment.

Et recevoir le plébiscite de quelqu'un comme Philippe Manœuvre ça fait quoi ?
Marie : Ça fait plaisir évidemment ! Parce que ça veut dire que ça a été dans les oreilles de personnes un poil plus influentes. Donc c'est cool qu'il ait écouté, qu'il ait apprécié et qu'il en parle. Ça fait d'autant plus plaisir qu'il nous englobe dans un phénomène Lorrain. Mais moi ça me fait bizarre aussi parce que je me dis que notre musique elle n'a pas changé du jour au lendemain mais on était juste à une poignée de main trop loin de lui pour qu'il nous capte. Du coup tout d'un coup c'est génial alors qu'avant tout le monde s'en foutait. En fait il manquait juste un lien pour l'atteindre. Bon on l'a eu et c'est cool. Pourvu que ça dure et on verra ce que ça donne.
Mathieu : Mais c'est vrai qu'au bout de quatre ans où tu rames, où tu cherches des concerts, où tu galères à te faire payer etc. Ben ça fait plaisir. Beaucoup même. [rires] Mais quand on avait fait la promo de l'EP, on avait envoyé le morceau à une trentaine de radio. Sur le listing on a pris 25 vents. Et quand y a eu la chronique de Rock'n'Folk sur l'EP une des radios nous a rappelé en nous disant qu'elle était intéressée pour diffuser le clip, parce qu'elle nous avait vu dans RnF. Et c'était l'une des radios qui nous avait mis un vent à l'époque. Ça fait quand même un peu mal au cœur. Mais mine de rien RnF c'est un des derniers gros magazine musical à s'intéresser aux auto-prods et à se dire que ce n'est pas parce que c'est petit et pas connu que c'est pas intéressant.

Vous revendiquez l'aspect indépendant de votre musique. C'est quoi être musicien indépendant, pour vous ?
Mathieu : Déjà il faut appeler un chat un chat. Nous on fait de la musiqué indé parce qu'on est des musiciens indépendants. Mais y en a qui se disent indépendants pour ramener un public cool alors qu'ils font des promos à coup de milliers d'euros.
Marie : Les groupes indés comme Fauve... [rires] Pour moi t'es indépendant quand tu t'occupes toi même de tout les aspects de ton boulot. Après à partir de quand t'es plus indépendant ? Nous on a un attaché de presse par exemple. Alors est-ce qu'on l'est encore ? A partir du moment où on récupère de l'argent sur les Cds qu'on vend je me dis que oui. [rires]
Mathieu : On reste indépendants mais ça nous permet d'avoir plus de temps pour organiser de vrais tournées. Parce qu'on peut pas faire la promo et le booking à la fois, sinon tu ne fais plus de musique. Il y a un an je faisais maximum une heure de gratte par jour parce que je passais la journée sur l'ordi à envoyer des mails. Pour faire avancer le groupe, je ne faisais plus de musique, c'est paradoxal.
Marie : Tant que tu mamailles toi-même, même avec de l'aide extérieure, et que t'investis ton propre argent, bref, tant que tu prends en charge tout les aspects de ta vie de musicien, alors tu es un indépendant.
Mathieu : Quand tu va dormir chez l'habitant, que tu es en contact direct avec ceux qui t'accueillent dans le bar et que tu discutes avec eux... Les grosses machines soit-disant indépendantes tout ce qu'elles voient c'est le bus, la salle et l'hôtel. Musicalement ou humainement même c'est enrichissant de garder le contact, ça te permet de prendre du recul en écoutant l'expérience des autres. Tu rencontres des gens qui se bougent.

Hoboken Division Hoboken Division Y a un avenir pour ça en France ?
Marie : C'est le seul. Il n'y a qu'en faisant ça que tu peux éviter le buzz qui va te griller. Tant que tu as le contrôle tu peux gérer. Nous ça fait 4 ans qu'on tourne, on peut le faire tout seul, on a notre réseau on peut le réactiver au moins une fois par an et découvrir de nouveaux endroits.
Mathieu : Par exemple : Instant promo pour les Medecine Boys [rires]. On a un peu le même parcours qu'eux, mais ils viennent d'Afrique du Sud, on les a rencontrés en allant là-bas. Si on avait été chez une major, jamais elle ne nous aurait laissé partir jouer en Afrique du Sud, c'est pas rentable ! [rires] Et du coup dans ce système-là ce genre de rencontre c'est juste impossible. Et pourtant c'est des gens qui vont jouer et écouter la même musique que toi, mais à l'autre bout de la planète.
Marie : Et qui se bougent aussi. Là ils ont booké une tournée européenne tout seul, ils ont payé leur visa de leur propre poche etc. Et c'est la preuve qu'en restant indépendant tu peux tout faire. Tu peux
pas le faire à une échelle Stade de France, mais finalement on en a rien à faire. C'est pas ça la musique. On pourrait croire que y a un plafond infranchissable mais si tu regardes Inspecteur Cluzo, il y a pas plus indé qu'eux et pourtant ils font des tournées mondiales, ils sont super connus au Japon, en Afrique du Sud, ils bookent d'autres groupes en même temps. Ils n'ont jamais vendu leur veste à personne et ils ont une longue carrière derrière eux.
Mathieu : C'est la dernière alternative si tu veux pas faire de la musique comme un produit marketing.
Marie : Après ça dépend des contrats tu peut aussi trouver des labels indés qui vont être à 100% derrière toi et qui te laisseront ta liberté. Nous on ne désespère pas d'en trouver un qui pourra nous libérer de pas mal de poids de travail.
Mathieu : Notre boulot ce n'est pas de vendre un morceau, c'est de transmettre des émotions. Des émotions que tu ressens toi-même quand tu es en train de jouer. Tu n'achètes pas un CD pour ressentir la satisfaction d'avoir acheter un truc neuf comme quand tu achètes des fringues !

Pour la sortie de l'album vous avez mis les petits plats dans les grands, notamment avec un superbe artwork. C'est une imagerie qui est assez éloignée de ce que vous aviez montré jusqu'ici. Vous pouvez nous raconter l'histoire de cet artwork ?
Mathieu : On a sorti l'album sur le label ''Les Disques de la Face Cachée'' de Florian et Méderic à Metz. Méderic nous a mis en contact avec Jean-Luc Navette qui est tatoueur et qui commençait à avoir une très bonne réputation quand on a sorti l'album. On a vu certains de ses travaux et on est tombé raide dingue de ce gars-là. Donc on l'a contacté mais il nous a répondu qu'il n'avait pas beaucoup de temps pour nous et qu'il ne nous ferait qu'un petit truc rapide. [rires] Il voulait donc le plus d'indications possibles.
Marie : A savoir un médaillon avec deux têtes de mort et des lettres dans des panneaux un peu rockab'. C'est tout ce qu'on lui a dit, le reste, ça vient de lui. Et apparemment il avait pas le temps [rires].
Mathieu : Et quand on l'a reçu on a fait « Wow ! ». On a même pas fait de retouches dessus. On a dit « Ok, on prend, c'est cool ! » [rires]. Et ça colle avec l'image qu'on avait d'Hoboken Division.
Marie : On est pas peu fier du bordel. [rires] Faut préciser que c'est un travail d'équipe : Jean-Luc Navette a fait l'artwork, Nicolas Moog s'est occupé des lettrages et Julien Louvet a fais toute la mise en page et le design global.

A vous le mot de la fin...
Mathieu : Dans l'Est il n'y a pas qu'Hoboken Division, il y a aussi Dirty Work Of Soul Brothers, Dead Stereo Boots, La Bite Et Le Couteau. il y a plein de bonnes choses. Nous on aime bien rappeler qu'on fait partie d'une grande bande de copains. Il y a les Blondstone aussi qui vont tourner en Belgique bientôt. Bref, soyez curieux, les petits groupes ne font pas des trucs inintéressants.