Hermano - Into the exam room On entre avec les Hermano dans la salle d'examen et c'est le mors au dents et l'envie d'en découdre furieusement qu'on débute le nouvel album de Dandy Brown, John Garcia et consorts. En guise de pochette, les frères ont fait dans la simplicité, un peu comme pour le premier morceau de ce Into the exam room. Du stoner rock puissant et ravageur qui ne s'embarasse pas de futilités pour distiller un son incisif qui défouraille d'entrée, complètement dans la veine de leur précédent opus, Dare I say, un petit zeste de puissance en plus. Les guitares s'éléctrifient et s'embrasent instantanément après avoir fait vrombir le moteur et après quelques secondes, avec "Kentucky" le combo américain embarque à l'arrière du pick-up pour s'en aller délivrer sa dose de power-rock aux ambiances stoner le long de la route 66. Carré, ultra-catchy, Hermano ne s'est nullement assagi avec les années et au contraire semble être paré pour faire parler la poudre avec un John Garcia en très grand forme alors que ses compères envoient les décibels avec la fraicheur et l'humour de jeunes débutants.
Un bain de jouvence qui se confirme avec un "Exam room" au groove monstrueux et au riffing incroyablement entêtant pour pousuivre notre périple à travers le désert américain sur une ballade western rock infiniment bluesy aux atmosphères caniculaires et à l'intensité étonnante ("Dark horse II"). Après ces quelques instants de répit, il est temps pour Hermano de revenir aux affaires avec son rock pur et dur, primaire, brut de décoffrage mais inspiré et carrément jouissif : "Left side bleeding". C'est simple, primaire même, mais au final terriblement efficace. Un petit moment de faiblesse avec le trop basique mais sympathique "Out of key, but in the mood" et voilà le groupe reparti sur des bases extrèmement élevées avec "Hard working wall" et ses quelques fulgurances typiquement Kyussiennes, ses guitares tendues et sa mélodie qui fait vibrer le Grand Canyon. Dans le genre, Hermano sait y faire mieux que personne et se fait plaisir. S'offrant une petite période de transe hypnotique autours d'un feu de camp avec "Bona-fide", titre au psychédélisme envoûtant à la Orchestra del Desierto et porté par le chant tout en nuances d'un John Garcia au diapason et le songwriting tout en finesse de Dandy Brown (lui-même ex-OdD), Hermano aime mettre la sourdine quelques instant avec de faire de nouveau feu de tout bois. Les meilleur exemples restent "Don't call your mama". D'un côté, des rythmiques groovyssimes lestées de plomb, des riffs de gratte affutés comme jamais, une atmosphère de plus en plus éléctrique : le groupe maîtrise son art. Ses mélodies résonnent le long des falaises escarpées des canyons comme autant d'hymnes dédiés à la cause stoner rock et les ambiances que construit patiemment le quintet nous donnent l'impression d'assister en direct à une "Jam sessions" en plein désert... ("Adoption boy"). L'effet est garanti. De l'autre côté, après avoir fait parler la poudre, le groupe verse dans l'intimiste avec l'acoustique "At the bar", une ballade épurée folk/country qui permet à l'auditeur entre chaque assaut de guitares des morceaux les plus catchy de Into the exam room. Au rayon avalanche de riffs, Hermano a met d'ailleurs un dernier coup avec "Our desert home", véritable tuerie desert rock mid-tempo branché sur courant alternatif, avant de conclurs son Into the exam room par un "Letters from Madrid" en forme de comptine pour enfants chantée par des enfants. Une curiosité tout à fait dans l'esprit d'un album, qui entre embrasement rock et atmosphères apaisées ne cherchent pas à se prendre la tête. Après deux albums studio, un live et un DVD, tous d'excellente facture, Hermano démontre avec cet album qui aurait pu être celui de trop, qu'après une petite dizaine d'années d'existence, le groupe peut trouver une seconde jeunesse... Jouissif.