rock Rock > Here Lies Man

Biographie > L'interview ment (mars 2018)

Here Lies Man - Olympic Café (Février 2018) - 1 On décrit votre groupe comme du Black Sabbath jouant de l'Afro-Beat. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette description ?
Non, non, tu as dû voir cette description dans la presse peut-être. En réalité, personne ne pense qu'on ressemble à Black Sabbath, c'est juste les attachés de presse qui lancent ça pour attirer l'attention sur notre projet.

Alors, quel est selon toi le point commun entre Black Sabbath et Fela Kuti ?
La connexion entre les deux c'est que Black Sabbath joue du rock n' roll qui base ses chansons sur des riffs lourds, et Fela Kuti dans l'afro-beat utilisait aussi des riffs avec ce qu'on appelle des guitares ténor qui viennent en contrepoint sur la ligne de basse. Ces notes qui constituent le riff sont ce qui rapproche ces deux artistes. Je pourrais continuer à développer le sujet et te révéler plein de secrets (rires).

Peux-tu revenir sur la naissance de Here Lies Man ? Est-ce que c'était dans un coin de ta tête de monter un groupe de rock ?
J'ai grandi en jouant dans un groupe de rock. Quand j'étais gosse, je suis tombé amoureux de l'afro-beat tout en découvrant plein de musiques différentes. J'ai choisi l'afro-beat comme ma voie musicale principale, mais en 2005 j'ai eu l'idée de monter ce projet rock qui allait devenir bien plus tard Here Lies Man parce que j'avais déjà réalisé que le riff était la connexion entre ces deux styles. Dans l'afro-beat, le riff est toujours basé sur le clave (NDR : instrument de percussion), ce qui n'est pas le cas de Black Sabbath et du rock n' roll en général, parce qu'il vient des racines africaines. C'était quoi la question déjà ? Ah oui, j'ai eu l'idée en 2005 et je suis parti de New York pour aller à Los Angeles rejoindre Geoff, le batteur, afin de monter ce groupe. Je le connais depuis longtemps maintenant (NDR : les deux se sont connus par le biais d'Antibalas) mais nous vivions loin l'un de l'autre, on a réellement commencé le projet quand il a compris ces deux vocabulaires musicaux et fait le lien entre.

Quelle signification peux-tu donner au nom de ton groupe ?
Pour moi, ça représente ce qui se passe et ce qui s'est passé dans le monde. Je vois tous les problèmes externes de ce monde qui ont été expérimentés. Je ne veux pas commencer à donner une période spécifique, mais disons juste que je crois que tous les soucis de ce monde sont des manifestations de problèmes internes qu'ont les êtres humains psychologiquement et spirituellement. Donc, Here Lies Man fait uniquement référence à cela, c'est "Regarde à l'extérieur, mais également à l'intérieur de toi-même".

L'année dernière, vous avez sorti un premier album puis Animal noise, un EP en édition limitée comprenant une reprise de Fela Kuti. Pourquoi ces sorties sont si rapprochées dans le temps ?
Ouais, c'est parce que le label Rough Trade voulait faire une sortie spéciale en collaboration avec notre label RidingEasy Records pour les vacances ou un truc du genre.

Here Lies Man - Here lies man Votre album s'écoute comme un tout, aucune chanson ne se démarque vraiment. Est-ce que vous l'avez pensé comme ça ?
En effet, je ne vois pas l'album comme une compilation de chansons individuelles. Tout est composé pour faire un tout unique, et tu verras que le prochain album est la continuité du premier, tout comme le troisième sera la suite du deuxième. Un disque entier constitue une partie. Ce n'est pas parce qu'un album est divisé en différentes plages qu'elles ne sont pas liées entre elles. Pour être honnête avec toi, peu importe ce que les gens disent de notre musique, que ça sonne comme tel ou untel, ce disque de rock est un concept, tout le projet est de l'art rock d'ailleurs. Même les paroles sont souvent juste le titre de la chanson. Quand tu additionneras le tout ensemble, le premier, le deuxième et le troisième disque, tu vas commencer à voir apparaître l'image entière d'Here Lies Man. Mais ce n'est pas une histoire, ce sera une image. Je te le dis, tu verras tout le concept, tous mes secrets (rires).

Votre album semble bien se vendre, est-ce que la notoriété d'Antibalas, a permis à Here Lies Man de se faire connaître plus rapidement ?
Je n'en sais rien, peut-être ! Je pense qu'une large partie de notre notoriété vient de notre label et de ses réseaux de diffusion, de publicité, de ses relations avec la presse en Europe, à Londres notamment. Ils nous aident beaucoup à diffuser notre musique, mais ce que j'ai appris quand un album sort c'est que les gens découvrent souvent le disque chez les disquaires et grâce au bouche à oreille. Et je sais que le label communique beaucoup et est très actif sur les réseaux sociaux, et c'est la même chose pour Antibalas, ce qui est vraiment cool.

Il paraît qu'un deuxième album a été enregistré, est-ce que c'est une sorte de petit frère du premier ? Peux-tu nous dire à quoi il va ressembler ?
Oui, le deuxième album est prêt, il sort en mai. Je ne dirais pas que c'est le petit frère du premier car il développe davantage et de manière sonique le paysage sonore d'un monde parallèle. (gros silence) Ouais, je crois dur comme fer au monde parallèle, je pense par exemple que, d'une certaine manière, ce qui existe dans ce monde existe aussi ailleurs, dans un autre univers. (S'adressant à Guillaume, notre photographe) Par exemple, tu ressembles exactement à l'un de mes amis qui est photographe, et tu es photographe. OK, ce n'est pas exactement un monde parallèle, mais on en a clairement le sentiment. Tu sais, je n'ai pas dormi depuis plusieurs jours avec mes insomnies et le jetlag, j'ai des visions bizarres (rires).

Quels sont les groupes ou les albums que tu as découverts récemment et que tu pourrais nous recommander ?
Oh boy ! Tu sais, quand j'écoute de la musique, ça provient souvent d'avant 1990 maximum, c'est surtout des vieux trucs. Comme je te disais, j'ai des insomnies sur cette tournée, si j'arrive à dormir ce n'est que pendant quelques heures et quand je me réveille j'ai constamment de la musique qui tourne dans ma tête donc je préfère éviter d'en écouter trop car de toute façon je ne pourrai pas l'apprécier à sa juste valeur. Et puis, dans le même temps, ça ne m'aide pas trop à dormir. Ce qui pourrait peut-être me faciliter un petit peu le sommeil serait certaines tonalités ou fréquences comme les solfeggios. Ces dernières aident à interrompre l'activité folle de mon cerveau, je vous les conseille. Ah si, je pourrais te recommander Combo Chimbita, des New Yorkais d'origine colombienne avec qui on a fait de super shows à Los Angeles.

Comment vous préparez vos concerts ? Est-ce que vous avez cette intention de donner une nouvelle vie au morceau en concert ?
Tout ce que tu entends sur nos enregistrements provient de la distillation de nos idées, c'est donc la version la plus abrégée de nos morceaux, et le live permet de les élargir et de les développer. Je ne dirais pas qu'on leur donne une nouvelle vie mais simplement qu'ils sont juste différents.

Here Lies Man - Olympic Café (Février 2018) - 2 L'avenir pour Here Lies Man, c'est quoi ?
Et bien, le deuxième album arrive en mai, en juin on va jouer au Primavera en Espagne. Je ne connais pas encore de façon précise notre programme, mais on va revenir assez vite en Europe, c'est sûr. On est en train de discuter avec des gens actuellement pour faire un clip vidéo aussi, c'est en cours.

On va terminer par un petit portrait chinois :
Si tu étais une ville ? New-York
Si tu étais un animal ? Un ours
Si tu étais un film ou une série ? Je sais pas, je n'ai pas une grande relation avec ça. Disons "Inception", le thème me plait bien (rires)
Si tu étais un objet ? Un marteau
Si tu étais un bruit ? "Ahou !" (perçu comme un cri de loup fatigué)
Si tu étais une couleur ? Noir ou rouge
Si tu étais un moment de la journée ? Le milieu de la nuit, car c'est le moment où je suis le plus éveillé.

Here Lies Man / Chronique LP > Here lies man

Here Lies Man - Here lies man Parfois, le hasard fait bien les choses : cliquer sur la page web d'un événement par inadvertance et ainsi découvrir qu'un obscur groupe américain nommé Here Lies Man joue dans un petit bar de quartier parisien bien connu des admirateurs de musique alternative (dont moi-même) ; tomber sur l'accroche textuelle "Et si Black Sabbath avait joué de l'afrobeat ?", ce qui amène automatiquement à se jeter sur le premier site de streaming pour écouter le seul album des Californiens et se prendre une balafre instantanée. Voilà un peu pour le pitch de ce qui m'a amené à vous parler de ça, et si l'on cherche un peu plus loin, on remarque qu'Here Lies Man est un projet monté par Marcos Garcia, guitariste et vocaliste d'Antibalas, un groupe-orchestre d'afrobeat originaire de Brooklyn bien connu des initiés du genre et des fans de ce que proposent les labels Ninja Tune, Anti-, ou Daptone Records (dont moi-même - bis).

"Et si Black Sabbath avait joué de l'afrobeat ?" donc. Comme dirait Marcos dans l'interview qu'il nous a accordée pour ce numéro : "Personne ne pense qu'Here Lies Man ressemble à Black Sabbath". Finalement, seul le rendu sonore pesant du riffing saccadé des cordes en est l'un des éléments comparables les plus évidents. Même dans la façon de les amener, de les faire tourner, il n'y a pas toujours la présence d'une once de preuve de la comparaison. Le quatuor californien reste souvent trop accroché aux préceptes musicaux de l'art de Fela Kuti ou de Tony Allen, guidé principalement par son rythme reconnaissable parmi mille autres générant des boucles répétitives qui pourraient devenir interminables si les morceaux n'avaient pas de limite de temps sur un support. À travers son œuvre, Here Lies Man recherche en quelque sorte la transe, l'envie folle de se trémousser plutôt que d'headbanger, une certaine frénésie psychédélique vécue par les anciens dans les 70's. À ce titre, le choix de production rétro de l'album en est la caution. Et ce n'est pas un hasard si Marcos ne se lance pas dans des textes à rallonge préférant utiliser sa voix comme un appel de l'au-delà noyé dans la réverb' et la disto, et répétant des phrases (souvent le nom des titres d'ailleurs) de façon irrégulière tel un chaman.

Cela étant dit, Here lies man séduit inévitablement par son groove fuzzy et les rythmiques communicatives de Geoff Mann, fils du flûtiste de jazz et précurseur de la world music Herbie Mann. Pour le reste, le clavier et les percussions n'ont d'autre rôle à tenir que d'habiller le socle guitare-basse-batterie. Ce groupe de rock (pour ceux qui n'auraient toujours pas saisi jusque-là) accomplit admirablement l'ouvrage de la fusion artistique entre les continents, comme l'ont fait des formations plus (Funkadélic, Talking Heads) ou moins vieilles (Foals, Ukandanz, Goat) et désarçonnera sans doute les fans des deux "camps". Here Lies Man est à part et n'est pas prêt d'abandonner puisqu'un deuxième album est prévu pour mai. Cela vous laisse donc un mois pour rattraper le retard, bonne écoute !