Hella - Tripper Peut-être qu'il en fait trop le père Zach Hill à force d'enchaîner les disques depuis une bonne dizaine d'années maintenant. Faut dire que depuis 2002 et la parution de l'excellent Hold your horse is du projet qui l'a fait connaître, à savoir Hella dont il est à la fois le génial batteur et le co-fondateur, le bonhomme n'a pas chômé. Enchaînant les albums avec ses nombreux projets (Goon Moon, Flössin, Bygones) ou les collaborations tout aussi diverses et multiples (avec Death Grips, Holy Smoke, The Ladies, Scars on Broadway, Team Sleep, RISIL, Omar Rodriguez-Lopez de The Mars Volta ou Alan Moore dans le cadre du projet Unearthing), sans parler de ses travaux solos, le californien est partout... et parfois un peu nulle part lorsqu'il s'agit de retrouver l'inspiration pour produire des disques d'Hella, dont le rythme de sorties n'a pas pour autant baissé au fil des années (les albums The devil isn't red (2004), Church gone wild/Chirpin' hard (2005), There's no 666 in outer space (2007), les EPs Bitches ain't shit but good people (2003), Total bugs bunny on wild bass (2003), Concentration face/Homeboy (2005), auxquels on peut également ajouter un split avec Four Tet). La qualité par contre elle...

Toujours est-il qu'en 2007, on a eu droit au dernier album d'Hella avant quatre années de silence discographique total sans doute plus que bienvenu et qui a permis au projet de retrouver ses fondamentaux math-rock "super-noïsique". En tous cas, c'est ce que laisse fortement supposer la découverte des premiers titres de Tripper, le nouvel album d'un duo qui semble plus en forme que jamais dès le largage des premières ogives saturées que sont "Headless" ou "Self checkout". Rock'n'roll et sans concession, ça sonne cru, ça joue très vite, ça en met tout plein partout sur la platine, ça part en vrille dans tous les sens mais ça retombe systématiquement sur ses riffs. Putain de maîtrise technique ahurissante qui gère le découpage mathématique de plans tous plus velus les uns que les autres avec une aisance frisant le surnaturel. Les montées en pression sont parfaitement gérées, la paire américain fait fulminer les enceintes en même temps qu'elle continue d'accélérer le rythme par fulgurances répétées. Une mécanique de haute précision, certes particulièrement démonstrative (trop ?) mais foncièrement addictive pour peu que l'on soit sensible au style pratiqué ("Long hair"). D'autant plus que le duo essaie de varier les plaisirs (et y parvient) en s'extirpant du carcan math-rock noise de pointe pour soigner les éléments mélodiques, les harmoniques et les insérer à sa formule instrumentale magique ("Yubacore", "Netgear", "Furthest"), jusqu'à séduire jusqu'au plus réfractaire des démonstrations math-rock ("On the record"), malgré quelques bizarreries véritablement absconses ("Kid life crisis"). Bref un exercice de style véritablement bluffant ("Psycho bro"), doublé d'une belle fessée artistique au rayon songwriting racé.