Hélène Barbier

Hélène Barbier / Chronique LP > Panorama

Hélène Barbier - Panorama Depuis que j'ai délaissé un peu ma surveillance des sorties de disques de la scène indé québécoise, que j'ai par ailleurs longtemps suivie (en gros, depuis ma première installation au début des années 2000, à une époque où la France était peu préoccupée par ce que faisaient nos cousins d'Amérique), j'ai l'impression qu'elle a subitement crû. C'est un peu la folie depuis quelques années, y'a à manger et à boire, mais le label Bonsound (Duchess Says, Malajube, Elisapie, Jonathan Personne, Population II) reste un relais intéressant en matière de découverte d'artistes de la Belle Province.

Récemment, on nous a envoyé le troisième album d'Hélène Barbier, une Française de Lille installée à Montréal depuis une dizaine d'années, qui pratique une pop éclairée, à la fois souple et un peu oblique. Panorama, co-produit avec Emmanuel Ethier (Corridor, Yocto) pose un regard personnel sur la vie, et forme des paysages arty faussement bordéliques, mais pas trop non plus. L'album distille juste assez de détours et d'audaces mélodiques pour forger sa propre identité. Ce qui semble d'abord imprévisible finit par révéler une cohérence parfaite une fois que l'on s'est laissé apprivoiser par ses neuf titres. Le flottement et le détachement artistique d'Hélène se retrouvent aussi dans son chant, qui fonctionne autant en anglais qu'en français, et dont le timbre rappelle par moments celui de Jennifer Charles d'Elysian Fields.

La richesse du disque tient aussi des rencontres accumulées au fil du temps. Sur celui-ci, Hélène Barbier s'est entourée de nombreux musiciens de la scène québécoise et d'ailleurs, comme Meg Duffy (de Hand Habits), dont la patte se devine par touches discrètes. Mais c'est dans le détail et son sens de la précision que Panorama impressionne : des petits frisés de caisse claire, des guitares anguleuses aux effets parfois psychédéliques, des basses râpeuses, des nappes de synthés vintage... Une esthétique fine minutieusement travaillée n'ayant rien de spectaculaire, fondamentalement, mais qui a une manière élégante de s'imposer en prenant parfois des chemins de traverse. Et nos lecteurs savent à quel point nous chérissons les artistes qui s'octroient un peu de liberté.

Publié dans le Mag #71