J'ai toujours été fasciné par Have a Nice Life, ce duo du Connecticut formé en 2000 par Dan Barrett et Tim Macuga. Leur mélange de post-punk, shoegaze, black metal et drone a trouvé son apogée avec Deathconsciousness, devenu culte sur Internet après sa sortie en 2008. Ils ont ensuite confirmé leur place à part avec The unnatural world en 2014 puis Sea of worry en 2019. Je comptais les découvrir enfin sur scène au Hellfest, mais je n'ai pas pu y être. le groupe lui n'a pas manqué l'occasion de faire trembler les terres clissonnaises. Nous ne pouvions manquer l'opportunité de les interroger sur ce concert particulier...
Vous venez de terminer votre tout premier concert au Hellfest. Qu'avez-vous ressenti en quittant la scène ? C'était votre premier concert en France...
Tim : Oui. Et c'était un sentiment complètement surréaliste. On a mis du temps à redescendre.
Le Hellfest, c'est gigantesque, chaotique, souvent brutal, comment votre musique s'est-elle intégrée dans ce contexte ? Quelque chose vous a-t-il surpris dans la réaction du public ?
T : Être programmés sur la même affiche que Judas Priest, c'était un peu irréel, pour être honnête. On a plus l'habitude de jouer dans des festivals avec des groupes de metal contemporains. Des gens de notre label, comme Agriculture, étaient là. Ce sont des monstres sur scène, et on les adore. En un sens, notre musique est influencée par la brutalité, au moins sur le plan esthétique ou thématique. Rien ne nous a paru déplacé. Beaucoup de groupes ici misent sur le volume ou la vitesse.
Votre set était plus émotionnellement intense que physiquement agressif. Est-ce que ce contraste a joué en votre faveur ?
T : Oui, clairement. Peut-être que notre tentative de sonner comme Tears for Fears ne passerait pas au Maryland Death Fest, mais l'affiche du Hellfest était très variée, et je pense que le public apprécie ça.
Dan : La musique "heavy" est devenue de plus en plus diversifiée ces dix dernières années. Il y a aujourd'hui plein de styles et de textures qu'on considère comme "lourds", presque plus en termes d'ambiance que de son.
Dans un festival, on joue souvent devant des gens qui ne nous connaissent pas. Avez-vous abordé ce concert différemment ?
T : Absolument. On voulait que notre set soit accessible, sans sacrifier l'intensité.
Qu'avez-vous ressenti en entendant un public français reprendre des paroles que vous aviez écrites seuls il y a plus de dix ans ?
T : On ne cesse d'être surpris par ce que ce projet est devenu. Toujours.
Le Hellfest, c'est aussi la chaleur, la poussière, les changements de plateaux à la chaîne... Est-ce que ça a influencé votre performance ou votre préparation ?
T : Pas vraiment puisqu'on est venus préparés. Le côté rude du festival s'aligne bien avec notre musique. Et on avait une équipe formidable.
Vous avez dit que jouer vos anciens morceaux en live, c'est comme vous reconnecter à vos jeunes années. Cette connexion émotionnelle est-elle différente dans un festival ?
T : Un peu des deux ? Le fait d'avoir une scène plus grande, plus forte, nous aide à canaliser ce qui, à l'époque, semblait impossible à gérer. Mais oui, c'est un peu étrange de penser que ces enregistrements intimes sont aujourd'hui projetés sur un écran géant LED.
D : Je ressens la musique différemment maintenant qu'elle est "publique". Voir les réactions des gens, avoir ce recul, ça me permet de mieux comprendre ce qu'on a fait. Et ça rend le moment sur scène encore plus intense.
Pour beaucoup, Have A Nice Life est devenu un groupe culte d'"existential music". Que pensez-vous de cette étiquette après avoir joué dans l'un des plus grands festivals metal au monde ?
D : Si le metal, c'est surtout briser les attentes, alors c'est logique que le genre finisse par se retourner sur lui-même. Aujourd'hui, grâce à Internet, on découvre toutes sortes de niches musicales bizarres - et ça nous a prouvé qu'il y a bien plus de gens ouverts à ce qu'on fait qu'on ne le pensait.
Vous avez joué avec Oldest Sea, et vous faites plus de collaborations sur scène ces derniers temps. Accepteriez-vous de jouer Deathconsciousness en festival avec des invités ?
T : On pense que notre formation actuelle peut parfaitement orchestrer cet album. En 2019, le Roadburn nous avait d'ailleurs invités à le faire. Mais on aime collaborer. Sam (Oldest Sea) a chanté "Sisyphus" avec nous à Prepare the Ground. Thom (Planning for Burial) a joué "A quick one" avec nous plusieurs fois. Madeline (Midwife) nous a invités à l'accompagner sur scène à plusieurs occasions.
Pensez-vous qu'il y a quelque chose d'intrinsèquement "metal" dans la noirceur et l'ampleur de vos albums, même si l'instrumentation n'est pas traditionnelle ?
D : Oui. J'ai toujours pensé que nous étions un groupe de metal, quelque part. Mais on filtre ces influences à travers toutes les autres.
Avec du recul, ce Hellfest, c'était un moment charnière, un one-shot, ou le début de quelque chose de nouveau pour Have A Nice Life en live ?
D : C'est une bonne question. J'ai eu l'impression que c'était un sommet, mais en fait, je ressens ça chaque année. Ce concert nous a donné envie de continuer à créer, à explorer de nouvelles manières de nous exprimer. Et ça, c'est un vrai cadeau.
Merci Rosie et Lauren de Rarely Unable.
Publié dans le Hors Serie Festival 2025





