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Dans la catégorie "on voit rarement un truc pareil", Hangedup fait plutôt fort. Des duo, basse/batterie, guitare/batterie, etc. il y en a des wagons, on pense notamment aux très estimables Hella, mais un duo alto/batterie, je dois dire que ça me laisse songeur. Rien à faire, même en fouillant dans ma mémoire, rien à faire, je n'en trouve pas un seul. Bien évidemment avec Google, ça doit être plus facile, quoique. Tout ça pour dire que rien qu'avec son concept, Hangedup est du genre à attirer le coup d'oeil de l'amateur de musique un peu curieux, pour peu que ce duo canadien ait quelque chose d'intéressant à offrir au-delà de la simple originalité de son concept. Et c'est évidemment le cas, sinon le travail de Gen Heisteck et Eric Craven ne serait pas chroniqué dans ses pages, d'autant que Constellation, leur label distribué en France par Southern Records, a bien fait les choses, en nous faisant parvenir, quasiment du même coup les deux derniers albums du duo : Kicker in tow et Clatter for control, sortis respectivement en 2002 et 2005. [ Constellation: site du label (17 hits)External ]

Hangedup / Chronique LP > Clatter for control

hangedup_clatter_for_control Après Kicker in tow, Hangedup avait deux voies à emprunter pour son troisième opus, soit poursuivre dans la voie de l'exigence expérimentale minimaliste, soit s'en aller explorer des contrées musicales un peu moins inaccessibles et un peu plus "easy listening" selon la formule consacrée. "Klang klang" débute et après une petite trentaine de secondes, on a un début de réponse à l'interrogation de départ. La première hypothèse était la bonne, enfin, presque, puisque le groupe délaisse le minimalisme des derniers morceaux de Kicker in tow pour livrer un premier titre sous haute tension, intense et saisissant. On s'attend à une respiration sur le titre suivant, mais le groupe en remet une couche et accélère le tempo. Epileptiques, extrêmes, les envolées lyriques sont plus expérimentales qu'auparavant, Hangedup a repris le concept de son album précédent pour en repousser les limites.
On est désormais assez loin des influences fréquemment citées lorsque l'on parle de Clatter for control, Goodspeed You ! Black Emperor, A Silver Mt Zion et autres Set Fire to the Flames. Mêlant musique néo-classique et textures légèrement indus, les morceaux suivants ("A different kind of function", "Go let's go".) auraient plus tendance à se rapprocher du travail d'Einstürzende Neubauten. Parfois un peu à l'étroit dans son costume d'album, la musique de Hangedup verse dans un certain radicalisme sonore (au sens le plus pur du terme évidemment) qui en rebutera plus d'un.
Colérique, à la limite de l'hystérie, le songwriting de Clatter for control ne supporte pas la demi-mesure, se faisant toujours plus abrupte et enragé. Définitivement pas à mettre entre n'importe quelles oreilles, ce troisième album du duo marque au fer rouge une nouvelle étape dans la démarche musicale d'Hangedup. Explosive, intransigeante, radicale...

Hangedup / Chronique LP > Kicker in tow

hangedup_kicker_in_tow Produit par Efrim de Goodspeed You! Black Emperor, Kicker in tow fait suite à un premier album éponyme qui avait alors su s'attirer les faveurs de la critique spécialisée. Folk, pop, quelques accents rock, l'excellent "Kinetic work" auquel revient la tâche d'ouvrir cet album, ne ressemble pas vraiment à grand-chose de connu. Difficile de classer la musique de Hangedup dans un quelconque style musical tant celui-ci deviendrait rapidement trop exigu pour elle. Rock dans l'âme, ce premier titre frappe par l'intensité et la puissance qui ressort de l'utilisation de l'alto, par la variété et la densité des rythmiques d'Eric Craven, alter-ego de Genevieve Heinsteck.
Après cette brillante leçon de maîtrise formelle et artistique, le duo fait une pause, relative, en livrant un second titre plus apaisé, plus expérimental et bruitiste ("Sink"), avant de reprendre le cours des choses avec l'envoûtant "Losing your charm". Mélodique, fouillé ce morceau témoigne de la volonté du duo de jongler entre émotion et expérimentation. Parfois minimaliste ("Moment for the motion machine"), parfois schizophrénique ("View from the ground"), Kicker in tow apparaît alors comme un labyrinthe musical organique. Un dédale sonore qui ne cesserait de s'étendre. Fascinant, mais parfois difficile d'accès.
Au fil de son album, Hangedup joue de plus en plus sur les distorsions, prenant ainsi le risque de dérouter l'auditeur, voir même de le perdre en route, très bruitiste ("Motorycle muffer"), spectrale, la musique de Hangedup perd un peu de son pouvoir d'attraction, avant de se reprendre sur la fin de l'album. Les samples déploient leurs ombres, quelques lignes de basse font leur apparition, les percussions se font plus agressives ("Automatic spark control"), Hangedup maîtrise ses montées en puissance comme personne. Tout ça pour conclure son album sur une petite touche de finesse avec le très mélodique et classieux "Broken reel". Une manière de faire écho à "Kinetic work" et de boucler cette si étonnante boucle musicale qu'est Kicker in tow.