Pas de surprise avec le nouvel album d'HamaSaari, on sait que le groupe soigne les détails, les ambiances et met à profit son expérience pour davantage sublimer son talent. Et en plus de sa musique, nous sont offerts des images car ce Pictures ne s'apprécie pas uniquement avec les oreilles.
En effet, notre premier contact avec l'opus est un strip assez minimaliste, six cases qui évoquent une nature calme et une case centrale qui reste vierge. On pourrait penser que c'est à nous de la compléter, mais pour ma part, je pense plutôt que chacun des dessins renvoie à l'une des sept compositions, la quatrième étant "Lost in nights", on se retrouve perdu dans le noir, cela correspond à la description que l'on peut faire de cette case qui n'est donc finalement pas vierge, mais noire... Le titre ne l'est pas tant que ça, la voix limpide de Jordan survole le paysage et émerge lorsque les riffs de guitare créent un brouillard électrique. Le timbre particulier et repérable du chanteur nous sert de guide tout au long des plages, peu importe que le son soit clair ou saturé, il reste mélodieux et touchant, établissant un contact immédiat et constant avec l'auditeur. C'est que HamaSaari aime à jouer avec les sonorités, ils ont performé en acoustique avec leur précédent album et cela s'entend sur la qualité de la résonance des peaux de la batterie comme des cordes ("Below the lightnings", "Under the trees"), y compris quand elles sont caressées pour aller chercher une autre note. Le passage sur la distorsion se fait toujours en douceur, même quand le riffing se fait plus lourd et aiguisé ("The wild ones") ou joue sur la tension et la nervosité ("Frames" que l'on remarque davantage par les quelques tournures proches de l'esprit de Tool que par les cœurs de Christelle Ratri, la chanteuse de Kristel apporte, certes une dynamique intéressante, mais avec une aussi belle voix, on aimerait l'entendre encore plus). Personnellement, c'est quand le groupe amalgame les opposés et marie les atmosphères que je les trouve les plus efficaces. À ce titre, même si "Under the trees" est très beau, je lui préfère les tourments et les variations de "Home".
On avait découvert HamaSaari avec un excellent Ineffable il y a un peu plus de deux ans, on les retrouve en ce début d'année avec un Pictures tout aussi réfléchi et réussi. Attention, le groupe est relativement discret, il ne fera pas spécialement de tapage mais pourrait passer près de chez toi, ce serait dommage de louper une telle expérience...
Publié dans le Mag #69


