Gunfire in a Jjuke joint Originaire de Lyon, Gunfire In A Juke Joint est un groupe fait partie du club très fermé des groupes instrumentaux passionnés et passionnants. Et c'est peu dire.
Découverts au cours d'un live peu avare en émotion et en sincérité, c'est avec appréhension que je redécouvrais leur musique sur mes enceintes. La réécoute chez soi peut parfois relever de l'épreuve de force et peiner à convaincre. Mais c'est haut la main que les Lyonnais relèvent le défi avec un EP trois titres d'une durée de presque une demie heure. Trente minutes parfaites, de quiétude, de voyage, d'intensité et de finesse que pourraient jalouser pas mal de groupes estampillés post rock. Pas mal pour des français" diront les jaloux.
Car, oui, il faut le préciser, il s'agit d'une musique 100% instrumentale, ce qui, comme c'est le cas pour ce genre de groupe, partagera à coup sûr les avis : soit on rentre dedans, soit à l'inverse on s'ennuie. Pour ma part, c'est carrément embarqué en première classe que j'ai écouté ces morceaux en commençant par "Akdeniz", premier titre tout en douceur, d'une noirceur certaine empreinte d'une mélancolie que ne renieraient pas les américains de This Will Destroy You. On saluera la production très acoustique, la section basse batterie très carrée avec des angles très ronds, la complémentarité assurée et rassurante des deux guitares et la clarinette basse qui nappe le tout.
Le titre "Ibo" s'enchaîne très naturellement avec une structure cassée comme pour mieux nous interpeller avec un final très mélodique sans tomber dans le piège de la puissance tant et tant utilisé par d'autres groupes de post rock. Le titre "Kral" est plus urgent, en forme de fuite qui après une chute très douce nous achève avec un final d'une intensité mélodique très "Mogwaienne" prenant l'auditeur aux trippes. Après, aucun titre ne m'a plus marqué qu'un autre tant ils forment un tout unique et cohérent. C'est peut être là un des défauts et à la fois la plus grande qualité de cet EP : à mon sens, il ne s'écoute que dans globalité.
Alors au final, je ne saurai que vous recommander chaudement Gunfire In A Juke Joint car dans la masse ennuyeuse de tous ces groupes pompeux de post rock, ce groupe sait semer ses pépites qui ne demandent aucun effort d'appréciation, qu'on soit un grand amateur ou non du genre. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut écouter une musique si visuelle qui nous renvoie à ces moments en voiture où l'on se sent vivant et heureux de pouvoir apprécier un beau paysage, que l'on n'aurait jamais remarqué à un autre moment. Une jolie balade peut se transformer en sacré souvenir si on a ces trois titres en bande son. Ces gars là ne révolutionnent certes pas le genre mais le prennent au corps et le font évoluer d'une telle manière qu'on ne peut qu'applaudir l'effort. Certains diront qu'avec Gunfire In A Juke Joint il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Qu'importe, il fait très bon sous ce soleil là, et j'envisage de m'y prélasser encore quelques longs moments.