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Biographie > A la quête du graal ?

Formation basée dans l'Oregon (Etats-Unis), actuellement composé de Alex Hall, William Slater, Zak Riles (ayant sorti un disque sous son nom) et Emil Amos (HolySons et nouvellement arrivé chez OM, en remplacement de Chris Hakius), Grails a régulièrement pris le chemin des studios depuis 2003 et assuré des sorties chez des labels prestigieux tels que Neurot Recordings (Final, Made Out Of Babies, Isis, Oxbow, ...), Southern records (Asva, Dälek, Prong, ...) ou Important Records (Merzbow, Eleh, Boris, KK Null, ...). A chaque année, une sortie. 2003 et 2004 voient l'arrivée des deux premiers albums du groupe, The burden of hope et Redlight, l'année suivante c'est au tour d'un EP (Interpretations of three psychedelic rock songs from around the world) de voir le jour. En 2006, Black tar prophecies - vol's 1, 2 & 3, compilation des 3 volumes précédemment publiés (dont le premier était un split partagé avec Red Sparowes). L'année dernière, c'est via Temporary Residence Ltd. (The Drift, Envy, Explosions In The Sky, Mono, ...) qu'apparaît Burning off impurities (un album) et, ce printemps, Take refuge in clean living (un EP) chez Important Records. Le 7 octobre 2008, retour de Grails sur Temporary Residence Ltd. pour un nouvel album, concocté à l'aide des manettes de Steven Lobdell (Faust) et Randall Dunn (Earth). Il s'agit de Doomsdayer's holiday.

Grails / Chronique LP > Deep politics

Grails - Deep politics Quand on y pense, on pourrait dresser un parallèle assez ironique entre le titre du nouvel album de Grails (soit Deep politics) et celui du morceau chargé de l'inaugurer (Future primitive). Une certaine noirceur dans le propos, un soupçon de résignation dans l'émotion que distille la musique du groupe, tout ceci transparait sur la première piste du disque, ondulant entre bande-son de film (imaginaire), western post-moderne et folklore des îles britanniques, pour un rendu qui dépasse allègrement les frontières du spectre post-rock psychédélique habituel des américains. Sans pour autant laisser augurer de ce que va être la suite. Laquelle va s'offrir une magistrale descente chromatique de dégradés de noir et gris sur une première partie proprement brillantissime, avant de basculer vers quelque chose de plus lumineux, contrastant absolument avec ce qui a précédé... et va suivre, puisque le final du même morceau voit le groupe se livrer à un tour de voltige post-prog à la grandiloquence épique. Risqué mais réalisé avec brio.

Un peu de trip-hop, un soupçon d'electronica pour matérialiser des ambiances orientalisantes, "Corridors of power" change du tout au tout, les Grails semblant vouloir passer d'un plateau à un autre à chaque nouvelle séquence, livrant par la même occasion une partition d'une rare variété, qui trouve son apothéose sur ce qui constitue le, ou tout d'un moins l'un, des climax de l'album, l'éponyme "Deep politics". Le piano y est sentencieux, porteur d'une mélancolie à fleur de peau, la mélodie fragile comme un fil de soie et les arrangements dépouillés portés par un groove légèrement jazzy, le résultat est magique et montre l'autre visage d'un groupe qui, après l'emphase des premiers titres, a voulu verser dans l'intime, la retenue harmonique, sans fausse-pudeur ni artifice superflu. Maître de son sujet, la formation originaire de Portland (Oregon, USA), enchaîne alors avec une nouvelle pépite et un "Daughter of Bilitis" organique, mélangeant à merveille post-rock et musique (post-)classique avec un sens aigu du songwriting à la fois fouillé et classieux.

Les morceaux se suivent et ne se ressemblent que très peu, la griffe de Grails n'étant pas de celles que l'on reconnait aisément dès la première écoute, on a tendance à se laisser porter par les huit pistes qui composent l'album et semblent être autant de tableaux illustrant un plan-séquence, une scène d'un scénario écrit à l'avance. La "faute" à des compositions très changeantes, qui partent parfois un peu dans tous les sens jusqu'à en devenir insaisissables ("Almost grew my hair"). La ligne directrice semble de plus anarchique lorsque survient "I led three lives" et son mélange post-prog/drone/art-rock/psychédélique halluciné, on s'accroche pour suivre, le groupe laisse libre cours à toutes ses aspirations artistiques et le résultat a, de fait, les qualités de ses défauts, les avantages de ses inconvénients. Parce que Deep politics est assurément de ces albums qui nécessitent d'innombrables séances d'écoute attentive afin que l'on puisse l'appréhender dans sa globalité et non plus piste par piste, pour pouvoir contempler l'étonnante palette de nuances utilisée par le groupe, avant son ultime twist narratif et l'acoustique "Deep snow". Les guitares débranchées quasiment tout du long, Grails laisse tourner les dernières bobines d'un disque mélangeant les genres pour mieux trouver sa propre identité.

Grails / Chronique LP > Doomsdayer's holiday

Grails - Doomsdayer's holiday Ne connaissant Grails ni d'Eve ni d'Adam, la simple vue de la pochette de Doomsdayer's holiday n'indiquait très peu de choses quant à son contenu sonore. Ou plutôt, elle intimait la présence d'un métal extrême, pas nécessairement d'un intérêt primordial. Sauf que c'est sur une toute autre voie qu'officie le quatuor...
Une entrée en matière magistrale, une guitare chuintant un air maléfique, des coups adonnés avec une martialité hors-pair et un violon pour enrober le tout : voilà le titre éponyme déballé et si sa durée reste standard (3'30), sa structure lui confère le statut de simple introduction. Ces prémices le laissaient supposer, la suite le confirme. On a affaire à de la musique pour grands ! La classe suprême, où on tutoie carrément les géants...
"Réincarnation blues" m'évoque et provoque le frisson de In the court of the crimson king. Ce qui déboule dans les baffles est de cette ampleur. Il n'y a pas à hésiter. Mais Grails ne commet pas que des actes grandiloquents. En plein revival assumé des glorieuses seventies, le groupe connaît aussi le retour aux sources, le retour à la Terre et fagote des instrumentations qui sentent bon le flower-power. Alors on aime ou on se contente de supporter, mais si certaines parties paraissent catchy ("The natural man"), le psychédélisme ambiant ne peut que conquérir les esprits encore en manque de Pink Floyd et autres produits dérivés ("Predestination blues"). Entre les deux, "Immediate mate" et son tentaculaire bruitage placé à mi-parcours, fait prendre à Tool une bonne vieille machine à remonter le temps. "X-contamination", à l'intro quasi "kraut-rockienne", tisse un thème aussi plaisant qu'enivrant et prépare l'ultime voyage inter-galactique de ce Doomsdayer's holiday : "Acid rain". Huit minutes extravagantes et planantes (c'est le moins qu'on puisse dire), elles aussi marquées d'une saveur désuète, mais dont le tricotage (fait-main) d'une minutie sans faille force obligatoirement l'admiration.
Certes, les prolifiques Grails pêchent à quelques instants par de trop bons sentiments mais ce qui est offert sur le reste de Doomsdayer's holiday mérite largement ce splendide voyage (vers le passé).