Graceful

Graceful / Chronique LP > Riding on the chaos

Graceful - Riding on the chaos Tous les 4 ans, un album de 10 titres : No one hears us en 2017, Demiurgia en 2021 et voici Riding on the chaos pour 2025. Une production métronomique pour un résultat dissymétrique. Dissymétrique dans le sens où chaque morceau est une surprise tant le quatuor nantais a l'art de nous surprendre à chaque changement de piste, sans toutefois de sortie de piste. Car depuis le premier album, l'éventail musical est grand, puisque l'on va taper dans l'indie rock, la pop, l'indus, l'electro, le rock psyché, ambiant, n'en jetez plus, la caisse est pleine. Encore que pour ce dernier album, ça se resserre un peu. Graceful a-t-il trouvé son terrain de prédilection ? Peut-être que oui, mais alors lequel ?

Avec Riding on the chaos, c'est globalement de l'indie rock atmosphérique aux nappes claires et aux guitares plutôt aériennes, qui viennent englober un chant plutôt en retrait, entre chuchotements et mélodie douce. À tel point que pour l'unique cover de l'album, à savoir "The pretender" des Foo Fighters, c'est une reprise toute en douceur, sans guitares saturées, avec une rythmique travaillée, et un changement d'orchestration au milieu du morceau tout en nuance. C'est d'ailleurs un petit jeu auquel les Nantais aiment bien jouer, rajouter un pont en milieu de titre, qui a parfois tendance à s'allonger pour sembler proposer un autre track.

Ce dernier LP est beaucoup plus doux que les précédents à l'instar de "Every morning" ou "Ectasy" qui terminent l'album, mais Graceful sait toujours sortir les crocs comme avec "Autochrone" qui envoie la basse lourde, la batterie explosive, et le chant qui passe du chuchotis au hurlement en l'espace d'un instant pendant lequel un riff de guitare zèbre l'espace. Avec Riding on the chaos, Graceful semble globalement plus apaisé, et nous offre encore un album surprenant et positivement perturbant.

Publié dans le Mag #65

Graceful / Chronique LP > Demiurgia

Graceful - Demiurgia Cyclothymie, bipolarité, ubiquité, dédoublement. Autant de troubles psychiques témoins d'une altération de la personnalité et qui pourraient convenir à ce Demiurgia de Graceful. On avait pu ressentir l'aspect protéiforme de leur musique avec leur premier LP (No one hear us, sorti en 2017 (cf. Mag #30)), un maelstrom musical, entre electro, rock, metal, une fusion des genres, une fission des styles. Pour Demiurgia, les Nantais ne cachent plus leur schizophrénie sonore et la développent tout au long de 11 titres. Un cran supplémentaire vers la fusion des genres, entre murmures et hurlements, entre rage et plénitude.

Demiurgia débute par "The passage", passerelle sonore d'ambiance, morceau electro angoissant avec un chant tout en chuchotements sadiques. Comme si un serial killer te murmurait ses désirs morbides au travers de la porte du placard dans lequel tu t'étais réfugié(e) pour lui échapper. Quelques riffs stoniens épars à la fin du titre annoncent que ça va y aller. Et ça part violent avec "Enemy", comme le "The march of the pigs" de NIN : batterie agressive, chant hurlé et déjanté, guitares stridentes. On vient de découvrir 2 des visages de Graceful. Suit "Demiurgia", plus orienté Faith No More, chant plus clair, structure plus rock, coda qui s'allonge pour un retour au calme. On enchaine avec les très QOTSA, "Water bombs" et "Two", à la guitare puissante et au chant clair et mélodique. Allez hop, 2 autres facettes du prisme Graceful. Le serial killer qui te susurrait des actes violents au début de la galette libère sa violence avec le très bien nommé "I hope you run fast (If you don't wanna die)". C'est du brut, ça hurle, ça frappe et ça se régale. Mais comme la folie se cache parfois chez des personnes qui semblent parfaitement normales, on retombe ensuite dans des plages plus d'ambiances, promenades indie rock un poil psychédéliques, avec les 3 derniers tracks, "Dawn", "Psylle", "Crossing". ...même si le Mr Hyde ressort t'enfoncer les ongles dans ton cœur en fin de "Psylle".

Bref, dans la famille des cyclothymiques, il y a Mike Patton, il y a Trent Reznor, et il y a Graceful. Dit comme ça, ça permet de bien comprendre que Demiurgia est riche dans sa diversité, tout comme sont les émotions humaines.

Publié dans le Mag #49

Graceful / Chronique LP > No one hears us

Graceful - No one hear us Dans les années 90, on parlait de fusion dès qu'un groupe associait différents courants, mais ça se résumait souvent à un groupe de rock qui prenait un rappeur en lieu et place d'un chanteur. En 2017, avec Graceful et son album, au titre j'espère non prophétique, No one hears us, on est dans la réelle fusion : sur une base rock lourde, énergique et puissante, se greffent pêle-mêle de l'electro, des plages ambient, un toy piano, des samples divers et variés, des choeurs d'enfants... On peut apprécier un titre stoner rock à la structure classique puis passer en milieu d'album sur des plages instrumentales electro atmosphériques, et finir sur une plage trip-hop / solo de piano / bruits d'orages et de laser. Tout le talent de Graceful, quatuor nantais, c'est qu'il combine tout cela en un album homogène, complet, entier, composé de titres travaillés avec minutie et inventivité. On me dit dans l'oreillette qu'il s'agit de leur tout premier album. Eh bien si pour leur premier opus, ils sont capables de proposer une musique aussi personnelle et singulière, on est impatient d'écouter la suite. Mais pour l'heure, suivons Graceful qui va au delà des sentiers battus, comme le figure si justement l'artwork de No one hears us.

Publié dans le Mag #30