gybe_xanqui_uxo.jpg L'histoire de la musique est pétrie d'artistes et de groupes profitant de leur notoriété et d'une exposition médiatique conséquente pour faire avancer une cause ou un débat. De Jimmy Hendrix (contre la guerre du Vietnam) aux Beastie Boys (contre l'annexion du Tibet par la Chine) en passant par les Rage Against The Machine (contre... un peu tout), il existe une longue lignée de groupes pour lesquels musique riment avec engagement et il faut avouer que l'on trouve avec les Godspeed You! Black Emperor un de ces dignes représentants. A l'instar de Michael Moore dans son documentaire pamphlétaire Bowling for Columbine (sorti la même année), c'est l'industrie de l'armement américaine qui reçoit les foudres du collectif montréalais : l'artwork et plus particulièrement le titre Yanqui (Yankee en espagnol) U.X.O ("Unexploded ordnance", munitions non-explosées) ne faisant aucun mystère sur la cible dans la ligne de mire des GY!BE. Il est paradoxal qu'un groupe qui a visiblement de la substance en matière de messages puisse trouver son épanouissement dans l'instrumental mais c'est sans compter l'énorme pouvoir évocateur de la musique de GY!BE. La musique justement, parlons-en. Elle semble se nourrir de cette facette revendicative en cultivant un atypisme chevronné : à l'image de cette prise de position, elle est une forme de résistance face à des forces qui sont inégales et disproportionnés (la toute puissante industrie de l'armement dans un premier temps, le conformisme ambiant dans un second temps). Au menu de ce Yanqui U.X.O (produit par Mr.Steve Albini s'il vous plait) : des compositions étirées et éthérées, des atmosphères paisibles se mêlant à des passages plus chargés en densité mais aussi en tension mélo-dramatique, des conclusions se terminant souvent en explosion de guitares flirtant parfois avec une cacophonie d'une certaine musicalité. Les GY!BE évitent brillamment l'ennuie et l'impression de monotonie souvent inhérente à la musique atmosphérique en insufflant l'envie omniprésente de ne pas se répéter : un savoir faire hors du commun, l'addition d'instruments inhabituels (entre autres, la trompette lancinante de "Rockets fall on rocket falls") sont autant d'éléments qui contribuent à renouveler l'attention de l'auditeur au fur à mesure de l'immersion. Car c'est bien d'immersion dont il s'agit : Yanqui U.X.O est constitué de 5 pistes oscillant entre 6 et 21 minutes pour une heure et quart de musique. Un pavé qui ne se laissera apprivoiser qu'au prix d'une certaine abnégation et d'une totale propension de l'auditeur à se laisser guider dans l'univers déroutant des GY!BE.

En 2008, après quelques années de silence, le collectif transforme le hiatus en un split qui semble définitif. Les GY!BE laissent une discographie à la fois succincte mais aussi d'une richesse évidente avec pour chant du cygne un Yanqui U.X.O des plus réussis. Un groupe fascinant et incontournable dans la sphère des musiques à part.