les futurs Go Public les futurs Go Public Salut Salim et merci beaucoup de prendre le temps de répondre à quelques questions. Pour commencer, peux-tu nous présenter les troupes ? La formation du groupe trouve-t-elle sa genèse dans ce concert surprise que tu avais donné avec d'autres musiciens, dont Hugo le batteur, à La Maroquinerie en 2017 pendant la tournée anniversaire des Burning Heads ?
Bonjour W-Fenec mag, bonjour Guillaume, et merci pour l'intérêt que vous portez à Go Public! et son actualité !
L'envie de refaire un groupe ne m'a jamais vraiment quitté et effectivement, ce petit concert surprise à La Maroquinerie en ouverture des Burning Heads, ainsi que la participation à Under their influence, leur album de covers, m'ont sûrement donné l'envie de recommencer. Tout comme les deux années de COVID. N'étant ni un bon instrumentiste, ni familier avec la Musique Assistée par Ordinateur et surtout ayant toujours préféré faire de la musique en groupe, j'ai d'abord proposé à Varou, guitariste de Condense et du Peuple de l'Herbe, s'il voulait bien participer pleinement à la création et à la composition de l'album tout en procédant aux arrangements de mes compos folk. L'idée était de faire ensemble un truc électrique et énergique. À partir de là, on a passé du temps à faire des démos avec une batterie programmée, des guitares et des basses, le tout composé et arrangé par Varou, des voix et tout le reste. Plusieurs titres de l'album sont des compositions de Varou. Lorsqu'on a jugé bon de répéter pour enregistrer, on a pensé à solliciter plusieurs personnes.
Le but pour moi, et comme cela l'a été pour chacun des projets auxquels j'ai participé, c'est toujours de faire un disque. On a d'abord branché un copain batteur puis Thibault, ancien bassiste de Not Scientists. Varou le connaissait via ses activités pour Pressure Tour. Quant à moi, je le connaissais uniquement par ses prestations scéniques. Et nous étions tous les deux d'accord pour lui proposer de jouer avec nous, tant nous étions impressionnés par son jeu et sa présence scénique. Après quelques répètes, nous avons enregistré une première session dont nous n'étions pas satisfaits du tout. Il y a eu alors une grosse remise en question et nous avons décidé de tout refaire avec un autre batteur. Thib' et Varou avaient, à ce moment-là, des engagements avec d'autres projets et il leur a fallu le temps de les réaliser.
À partir du moment où nous nous y sommes remis, nous avons taillé dans le gras et raccourci pas mal de choses dans chacun des titres. Varou a également beaucoup réarrangé et modifié ses thèmes de guitares, tant en ce qui concerne les parties rythmiques, les parties lead et les guitares additionnelles. Recruter Hugo qui est un ex-Parkinson Square, ex-Garlic Frog Diet, ex-Dot Dash!... était comme une évidence car on le connait depuis très longtemps mais aussi parce qu'il est un grand amateur de punk rock et qu'il joue ce type de musique depuis toujours. Il fallait aussi quelqu'un qui assimile très vite les titres et lui pouvait faire cela. Nous avons donc beaucoup modifié les maquettes pour dynamiser les titres et les réenregistrer au studio Warmaudio avec Alex "Boule" Borel qui a également mixé et masterisé l'album.

Recruter Thib, c'est pour faire baisser la moyenne d'âge ?
Et oui, le "milllenial a accepté de jouer avec des vieux boomers" selon ses mots. On a bien ri de ça ensemble et c'est très bien, ce partage générationnel.

Between nowhere and goodbye, votre premier album, vient de sortir. Toutefois, il a été enregistré il y a un petit moment. Comment s'est passé le processus d'écriture, et quelles ont été les différentes étapes d'élaboration de ce disque ?
Oui, il est sorti le 10 décembre dernier sur le label Twenty Something, division contemporaine du label Nineteen Something. Comme évoqué précédemment, nous avons d'abord maquetté à deux, puis Hugo a bossé de son côté avec nos pistes. Idem pour Thibault qui, à partir des pistes de basses jouées par Varou, a eu carte blanche pour les adapter à sa sauce. En termes de calendrier, tout cela s'est étalé sur 15 mois, mais en temps réel, c'est allé très vite en fait ! Suite à l'enregistrement des instrus, il y a eu deux sessions pour les voix en novembre 2021 et en février 2022. Boule a mixé courant mars/avril et on a fait suivre au label courant mai avec les visuels. La chance que nous avons eue, c'est que l'usine de fabrication a réussi à presser très rapidement.

Go Public! va ravir les fans de Sixpack qui sévissait dans les années 90 du côté de Saint-Étienne. La question va te sembler un peu provocatrice, mais pourquoi jouer "encore et toujours" de la power-pop punk brillante et acidulée ?
J'espère avant tout que le disque plaira à des personnes de tous horizons. Quant au genre et au style, c'est tout simplement de la musique que nous aimons et pratiquons, même si nos goûts et expériences personnelles sont plus étendues que le punk-rock. Concernant les qualificatifs, je te laisse le soin de les donner (rires).

Thib, Varou et toi êtes basés dans la région Lyonnaise, tandis que Pierre, votre deuxième guitariste et ancien Burning Heads et actuel guitariste de Monde de Merde et Brokken Roses mais qui ne joue pas sur l'album, est du côté de Bourges et Hugo vit à Montpellier. Comment ça s'organise chez Go Public! pour répéter/créer/faire vivre l'esprit de groupe avec cette distance ?
Le travail à distance s'est imposé et ce n'est pas mon fort. C'est pour cette raison et aussi parce que je souhaitais me concentrer sur la voix que j'ai proposé à Pierre de nous rejoindre. Nous nous sommes mutuellement fait écouter nos disques respectifs, dont le prochain Brokken Roses, dès le stade des démos, et il avait aimé. Comme pour Hugo, c'était tellement plus simple de demander à quelqu'un qui connaît, maîtrise et aime ce genre-là. On correspond via e-mail et Messenger. Tout le monde révise ou apprend les morceaux sur son PC, et nous allons nous retrouver pour quelques répètes avant la tournée. Le groupe vivra vraiment à partir de ces répèts et de la tournée prévue du 16 au 26 février 2023.

Pourquoi sortir tout de suite un album sans passer par la case EP/maxi/split et la case concert ?
C'est vrai, on pourrait dire qu'on fait les choses à l'envers par rapport à des personnes qui décident de monter un groupe, passer du temps dans un local et commencent par des concerts. Pour Go Public!, l'idée était d'abord d'avoir les titres nécessaires pour pouvoir enregistrer, trouver un label et sortir un album. Puis ensuite de donner une vie à ces morceaux sur scène. Il y a de plus en plus de projets de ce genre grâce aux nouveaux moyens d'enregistrements et de communication : cela permet de partager une idée, un esprit et ce même à distance. Mon format préféré pour la musique rock est le LP, à l'inverse des musiques plus dansantes ou afro-caribéennes où le single serait le format roi. Et à partir du moment où un label nous fait confiance, il faut absolument que le disque ait une vie sur scène pour le défendre.

Comme tu viens de le dire, une tournée est donc prévue pour le mois de février prochain. Quelle place donnes-tu ou souhaites-tu donner au live compte tenu de vos activités musicales et professionnelles respectives ?
La tournée se déroulera du 16 au 26 février. Les autres membres du groupe tournent encore très régulièrement. Mais moi, cela fait longtemps que je n'ai pas fait de concert et je suis heureux de pouvoir en refaire avec ces gars-là. Par contre, nos activités respectives ne vont pas nous permettre d'avoir une vie de groupe classique.

En créant le groupe, l'aspect concert était-il un élément déterminant aux activités du groupe ?
La partie concert était dès le départ une volonté de se faire plaisir et résulte aussi d'un accord avec Twenty Something pour assurer notre part dans la diffusion du disque.

Quels sont tes objectifs à court, moyen et long terme pour Go Public! ?
À ce jour, les deux objectifs initiaux sont presque atteints : d'une part, le disque existe, il est sorti, la tournée prévue est presque bouclée, il nous manque à l'heure actuelle deux dates à caler. Et au soir du 26 février, à la fin du concert, le second objectif sera atteint. Un troisième objectif est aussi d'arriver à assurer l'équilibre financier de la sortie de Between nowhere and goodbye et de la tournée. Quant à la suite, je ne sais pas.

Go Public - LP Le disque sort chez Twenty Something, le label de Frank Violence et d'Eric des Thugs, qui va également éditer le deuxième album de Vanilla Blue comprenant dans ses rangs un ancien Sixpack. Sortir le disque avec cette structure est-elle une évidence ?
Oui, ce sont les premières personnes à qui j'ai pensé envoyer les démos. Nous sommes en relation depuis très longtemps. Les Thugs nous avaient fait jouer plusieurs fois avec eux. Frank, quant à lui, est Stéphanois, il a sorti le tout premier et d'autres EP de Sixpack sur Bonanza Records, l'ancêtre de Slow Death si on peut dire ! Frank et Eric avaient réédité les disques de Sixpack sur Nineteen Something. Ce sont des personnes qui œuvrent pour le rock en France depuis tant d'années ! Rien ne garantissait que Go Public! les intéresse, et le fait qu'ils aient trouvé de l'intérêt à cet album est la première récompense pour ce projet.

Pour les nuls en anglais comme moi, de quoi parlent les textes de Between nowhere and goodbye ?
Il s'agit de portraits, de scène de vie de différents personnages, d'âges différents, hommes ou femmes, qui ont pour points communs d'avoir rarement eu la parole, de ne pas pouvoir la prendre, et d'en avoir assez d'être des "laissés pour compte". Des personnages qui sont emplis de cette rage que l'on peut ressentir lorsqu'on est désespéré, mais qui ont aussi beaucoup de cette force qui permet de ne pas abandonner. Le disque peut s'entendre comme un hommage "international" aux pauvres, aux rejetés aussi à ceux qui luttent. Il y a un seul texte qui parle de gens devenus des "références" de la lutte des opprimés, c'est "Carribean '68", librement inspiré des parcours de vie, et surtout de leurs jeunes années, d'Aimé Césaire, Frantz Fanon et Angela Davis. Je n'ai aucune prétention à parler à la place de quelqu'un. Cela a été difficile d'écrire simplement, même sur un format court comme la chanson. Je me suis repris, beaucoup corrigé. L'objectif absolu était de ne pas tomber dans la démagogie. J'espère avoir évité cet écueil.

Je ne pense pas me tromper en exprimant le fait que Bob Mould, et ses multiples activités, est une de tes influences majeures. Ça ne te saoule pas d'être comparé à lui depuis 30 ans ?
Non, ça ne me saoule pas. À vrai dire, ça me fait rire maintenant et c'est quand même flatteur, donc je l'accepte sans problème. J'aimerais jouer aussi bien que lui, mais je n'ai pas travaillé assez pour cela. J'ai un grand respect pour son œuvre, à quelques exceptions près, mais non, ce n'est pas mon influence majeure. Pour l'anecdote Il y a une autre voix nasillarde, qui s'appelle aussi Robert et qui m'a beaucoup inspiré quand j'étais adolescent et qui est un excellentissime chanteur : c'est Marley.

Et qu'est-ce qui t'inspire aujourd'hui dans la musique ? Ton dernier coup de cœur ?
Mes influences personnelles ont leur bases d'abord autour de la black music des années 60/70, du blues, du reggae. Et ensuite, le punk-rock anglais avant tout avec The Clash même si avec le recul, je pense que la créativité des Buzzcocks est une des clés de voûte de cette musique "acidulée" dont tu parles. Ensuite, ma découverte du hardcore américain a été une révolution dans mes goûts musicaux et ça, je le dois à Saint-Étienne. J'ai un respect de même nature pour ces artistes black music que pour Ian MacKaye et le label Dischord Records par exemple. Encore plus même pour Dischord Records et consorts en termes de DIY. Parmi les groupes récents à guitares que je connais, celui qui me plait le plus est Algiers du label Matador Records.

Le W-Fenec fête ses 25 ans. Quand tu regardes dans le rétroviseur, es-tu nostalgique de cette époque du milieu/fin des années 90, quand le portable, Internet et les réseaux sociaux n'existaient pas, et qu'il fallait faire jouer l'huile de coude pour faire connaître son groupe, monter une tournée et toucher les fanzines ?
Je n'ai pas été sur la route ces dernières années. Les informations dont je dispose sont celles des groupes qui tournent maintenant, et c'est visiblement de plus en plus difficile... Je le constate sur le montage de le tournée préparée par Thibault. Aujourd'hui, les conditions proposées par les organisations de concerts ne correspondent plus à la réalité des contraintes d'un groupe pour se déplacer, même si je suis conscient que c'est aussi très difficile pour ces structures, qu'elles soient formelles ou informelles. Ça n'a pas l'air plus facile de trouver des dates en 2022, et après la COVID, on peut constater que ça se complique, tu ne crois pas ? À l'époque, je ne te dirais pas que c'était mieux. Ne pas gagner d'argent n'est pas le problème mais un groupe a besoin de fonds pour concrétiser ses projets, qui plus est s'il est totalement indépendant. Je pense d'abord aux groupes qui font le choix de vraiment en faire leur vie, c'est un choix que je respecte profondément... et parfois, on a l'impression que les organisateurs et autres acteurs du circuit pensent que ces groupes n'ont pas d'autre besoin que jouer. De ne plus avoir à dupliquer 100 K7, à se taper des collages d'enveloppes à déshydrater la langue, à supporter le coût des timbres et des notes de téléphone de malade, sans parler des fax, tout ça pour chercher des concerts, je pense qu'il ne faut pas le regretter ! Concernant la scène et le fanzinat, je n'ai pas suivi ça depuis de longues années, je ne saurais pas en parler correctement.

C'est la fin. Un dernier mot à ajouter ?
Longue vie au W-Fenec mag ! On espère vous voir sur la route ! Achetez le disque !