rock Rock > Ginger Wildheart

Review Concert : Ginger Wildheart, Ginger Wildheart + The Darkness (mars 2013)

Review Concert : Ginger Wildheart, Slash à Paris (oct. 2012)

Interview : Ginger Wildheart, Ginger Wildheart en interview (juin 2013)

Ginger Wildheart / Chronique LP > Renaissance men

The Wildhearts - Renaissance men Pincez-moi, je suis en train de rêver ! Mazette, dix ans après Chutzpah!, dernier effort studio des champions de Birmingham, après quelques reformations ponctuelles et éphémères (avec à la clef des albums live) et au milieu d'une carrière solo prolifique de son leader Ginger, les Wildhearts sont de retour pour un nouvel album studio. Oui, tu as bien lu, UN NOUVEL ALBUM STUDIO !!! La planète Rock est en émoi, les fans retiennent leur souffle et c'est avec excitation que j'ai enfourné la galette dans ma platine (non, pour dire vrai, dès sa sortie sur les plateformes numériques, le disque tournait sans discontinuer).

Même si l'album blanc éponyme est indiscutablement la pièce maîtresse de leur discographie et que je suis secrètement amoureux de The Wildhearts must be destroyed et The Earth vs The Wildhearts, j'en suis à penser que Renaissance men fait partie du top trois des albums du quatuor anglais (qui voit le retour aux affaires de Danny Mc Cormack, bassiste historique de la formation). Et pourtant, la première écoute ne m'avait pas pleinement convaincu, avec le sentiment d'un début poussif et peu reluisant, à l'image de "Dislocated", premier single un peu fourre-tout où tous les artifices du groupe sont condensés en un peu moins de six minutes et où les mélodies vocales sont un peu trop faciles. Et oui, c'est ça quand on habitue son auditoire à l'excellence ! Il m'a également fallu quelques écoutes de "Let 'em go" (avec Frank Turner en invité vocal), s'avérant un tube en puissance avec ses mélodies à l'anglaise (entendez là parfaites), et du très pop synthétique "The renaissance men" pour les apprécier à juste titre. Puis la machine s'est emballée.

Car quasiment à mi-parcours, et alors que je commençais à me poser des questions sur l'intérêt d'un retour discographique des Cœurs Sauvages, "Fine art of deception" et "Diagnosis" ont fait chavirer mon cœur de rocker. Des guitares sublimes, des mélodies à en pleurer, des refrains à hurler, un basse-batterie imparable et ces lignes de voix qui font la différence. "My kinda movie" enfonce le clou avec une précision millimétrée et ses guitares intransigeantes, et "Little flower" m'a complètement anéanti au bout de douze secondes de riff (tu peux vérifier, cet alexandrin temporel se suffit à lui-même). Et le peu de souffle qui me restait a été annihilé par les trois bombes concluant ce disque d'une excellente qualité.

Tu l'auras compris, même si j'ai eu du mal à rentrer dans ce disque (la faute peut-être à un son que je trouve très compressé, ou à cette pochette horrible), tous les ingrédients qui ont fait et qui font la force et la puissance des Wildhearts sont loin d'avoir atteint la date de péremption : le génie Ginger et ses acolytes ont encore de beaux restes et n'ont rien perdu de leur superbe quand il s'agit de produire un disque de rock teinté de punk et de pop, les gaillards. Et si tu en doute, tu pourras toujours me rejoindre au premier rang de leur prochain concert parisien en octobre prochain.

Ginger Wildheart / Chronique LP > Rock city vs the Wildhearts

Rock city vs The Wildhearts Je ne sais décidément pas sur quel pied danser avec The Wildhearts. Enfin, si, je sais, mais tu m'auras compris, je ne parle pas de déhanchement quelconque. J'évoque juste le fait que ce groupe, logiquement mort et enterré depuis quelques années, annonce un beau jour, sans crier gare, une série de concerts pour ensuite retourner dans son mutisme discographique. The Wildhearts sont morts, vive The Wildhearts, en quelque sorte. Toujours est-il qu'à l'occasion de la tournée commémorant les 20 ans de leur premier album Earth vs The Wildhearts, le groupe a enregistré en avril 2013 son concert de Nottingham, aujourd'hui disponible en double CD. À défaut de nouvel album, tu vas devoir te contenter de ce live. Et je peux te dire que c'est déjà pas mal !

Rock city vs the Wildhearts, à l'origine uniquement disponible sur le stand merchandising du groupe pendant sa dernière tournée anglaise (avril 2014, mais dorénavant commandable sur le site internet du groupe), est donc composé de deux disques. Le premier est la restitution live (et dans l'ordre s'il-te-plaît) du premier album du quatuor britannique. Fort logiquement, les classiques de ce chef d'œuvre sont de sortie (« Greetings from Shitsville », « TV tan », « My baby is a headfuck », « Suckerpunch »...), et l'énergie déployée par le groupe est communicative. Les gars ont de la bouteille, ça se sent, même si certaines parties vocales (une des caractéristiques du style Wildhearts) laissent parfois à désirer. Rien ne semble avoir été coupé au mixage. Preuve en est l' arrêt brutal du groupe au milieu de « TV tan », le temps que Ginger tente de dissiper une baston dans la salle, les quatre reprenant ensuite le morceau comme si de rien n'était. À l'anglaise !!! Le public, quant à lui, est à bloc et s'en donne à cœur joie, chantant sur tous les refrains. La restitution live 20 ans après de ce « classic album » est parfaite, le duo de guitariste Ginger/CJ enchaînant à l'énergie les multiples riffs rock de ce disque influencé notamment par les mélodies des Beatles. Splendide.

La deuxième galette n'est autre qu'un best of amélioré des Wildhearts, piochant dans les albums essentiels de Ginger et Co. (P.h.u.q, Fishing for luckies...) mais délaissant toutefois les deux derniers excellents albums. Ces morceaux, choisis à l'applaudimètre par le public pendant le concert, font mouche. Le fan du groupe culte anglais ne boudera donc pas son plaisir d'écouter les classiques que sont "Caffeine bomb" ou "I wanna go where the people go", joués avec une énergie impressionnante, mais également de retrouver quelques pépites rarement présentes sur les set lists du groupe ("Red light, green light", "Naivety play").

Ce nouvel album live des Wildhearts, à défaut d'être indispensable, est une restitution fidèle de la puissance et de l'énergie des concerts d'un des meilleurs groupes de rock 'n'roll anglais de son époque et également un bel hommage à un album qui aura marqué toute une génération et qui n'a pas pris une ride. En tout cas, moi j'adhère. Et si, entre ses 32 projets solo, Ginger Wildheart pouvait réunir ses camarades de jeu et trouver un peu de temps pour relancer la machine en studio, je ne dirais pas non. Je croise les doigts. S'il-te-plait, fais comme moi !

Ginger Wildheart / Chronique LP > Albion

Ginger Wildheart - Albion Bon, j'ai beau chercher, j'ai du mal à comprendre. Et je peux t'assurer que j'y ai passé du temps à me poser cette question, tout en écoutant Albion qui sera livré dans quelques jours aux souscripteurs du site pledgemusic.com, et dans quelques semaines dans les bacs pour les autres. Comment un artiste comme Ginger Wildheart peut-il être aussi productif sans rogner sur la qualité ?

Après 555 %, Hey! Hello! et les projets Mutation, entre deux tournées du Ginger Wildheart Band et en "guitar support" de Courtney Love, notre camarade rouquin a retrouvé les studios en fin d'année 2013 pour coucher sur bande tout ce qui doit lui trotter dans la tête depuis quelques temps. Accompagné de ses fidèles écuyers du Ginger Wildheart Band (au sein duquel on retrouve dorénavant un claviériste), Ginger délivre une nouvelle fois un disque d'une grande classe. Et même si le bonhomme ne doit pas être le plus fin limier quand il s'agit de choisir une illustration pour ses pochettes (merde, un lion, mais pourquoi ?), on ne peut que poser un genou par terre quand il choisit de dégainer les riffs et de balancer des chansons quasi parfaites. À la fois dansant (le fabuleux "Grow a pair"), furieux ("Cambria"), savoureux ("After all you said about cowboys"), délicieux ("Body parts " promulgué par votre serviteur comme la chanson de l'année, tout simplement) et dérangeant (" Capital anxiety"), Albion pourrait, aux termes d'un raccourci rapide, être qualifié de "best of" inédit des années 2011 à 2013. En effet, et bien que présenté comme un disque à l'esprit collectif (notez Ginger Wildheart Band), ce nouvel album est toutefois un condensé de 15 titres de tout ce que Ginger sait faire de mieux : des chansons pop comme il a su en écrire pour Hey! Hello!, des titres magiques avec des soupçons de disco, des bribes de mélancolie et des multitudes de pistes rock à la 555%, et des morceaux torturés à la Mutation. Avec toujours ces références à la musique désarticulée et aux titres complètement loufoques dans leurs structures ("The order of the dog", "Albion", "The beat goes on"), mais aussi ce cri d'amour aux Beatles et notamment à John Lennon ("Albion", "After all").

Ginger Wildheart excelle dans tous les styles, c'est certain. Le cerveau en ébullition de cette figure du rock anglais est à son rendement maximum, et ce n'est pas pour me déplaire. Et j'ai bien du mal à retenir mon excitation quand les riffs se déchaînent pour aboutir à un refrain déjà inoubliable ("Cambria", "The road to apple cross") ou quand trois accords suffisent à délivrer un tube dont lui seul a le secret ("Body parts"). Ce disque est parfait pour le néophyte voulant découvrir l'univers actuel du génie anglais.

Et vous savez le pire dans tout ça ? C'est qu'après avoir apprécié comme il se doit ce disque après de multiples écoutes, je vais maintenant me morfondre à me dire que je ne verrai peut-être jamais cet album défendu en live sur une scène en France. Quoi qu'avec Ginger Wildheart et sa bande de fantasques musiciens, on peut s'attendre à tout.

Ginger Wildheart / Chronique LP > The Frankenstein effect

Ginger Wildheart - The Frankenstein effect Premier (ou second ?) volet de Mutation (projet mené d'une main de maître par le fantasque et prolifique Ginger Wildheart) et ne bénéficiant pour le moment d'aucune distribution ou de contrat avec un quelconque label, The Frankenstein effect (entièrement financé tout comme son alter ego grâce à une campagne de souscription) est le disque le plus "accessible" du package. Et il aurait été dommage que ton magazine préféré n'évoque pas un disque que tu n'auras jamais l'occasion d'enfiler physiquement dans ta chaine hi-fi, faute de production pour les non souscripteurs au projet. Ainsi va la vie.

J'évoquais ci-dessus un disque plus accessible. Les amateurs du guitariste/chanteur rouquin savent que le bonhomme est influencé par toutes les musiques, mais son créneau reste toutefois le rock (burné ou acidulé) teinté de mélodies et de refrains imparables. Les amateurs des tubes punk pop rock'n'roll du leader des Wildhearts risquent d'être quelque peu troublés à la première écoute de ce disque. Je considère en effet The Frankenstein effect comme la face sombre de Ginger (principal compositeur des dix titres de l'album), le côté métallique et inquiétant du génie anglais s'exprimant à plein gaz mais où quelques lueurs de mélodies viennent éclaircir le tableau. L'exemple le plus marquant est le heavy "Friday night drugs", mélangeant avec brio des rythmes lourds, des séquences à la limite du black métal et où des voix enfantines viennent annoncer un refrain des plus rock 'n' roll bourré de mélodies burnées et affirmées.

Comme à son habitude, Ginger malaxe tout un tas d'influences pour créer des morceaux où des styles divers et variés s'entremêlent pour créer une mixture improbable mais succulente. Les passages malsains et entêtants laissent place à des refrains plus accessibles ("Rats", "Carrion blue") bien que parfois, c'est le contraire dont il s'agit ("Wham city"). Comme son titre pouvait le laisser suggérer, The Frankenstein effect est la bande son idéale de films d'horreur inquiétants et hémoglobinement parlant assez chargés. L'inquiétant "Gruntwhore" et son metalcore torturé n'a rien à envier à un "Lively boy" complètement déstructuré mais toujours étonnamment cohérent.

Avec The Frankenstein effect, Ginger et sa bande d'odieux lurons foutent un sacré pied dans la fourmilière du metal codifié, en y associant des touches punk et en faisant cohabiter avec brio les rythmes les plus extrêmes avec des mélodies presque imparables, sur fond de sonorités lugubres, dérangeantes et entrainantes. Un album quelque peu contradictoire à tel point que "On poking dogs", un des titres du disque qui s'annonçait comme l'un des plus extrêmes, se révèle être le plus proche des riffs wildheartiens une fois la deuxième partie du morceau amorcée. Vous l'aurez compris, les fans des Wildhearts ou de Hey! Hello! pourront être déconcertés à l'écoute de ce disque "coup de poing", mais reconnaîtront sans difficulté l'ouverture d'esprit et le perfectionnisme de Sieur Ginger. Un disque à ne pas mettre entre toutes les oreilles, mais un album sacrément addictif.

Ginger Wildheart / Chronique LP > Hey! Hello!

Hey! Hello! Il y a différentes façons de chroniquer un disque. Evidemment, pour celle que vous êtes en train de lire, il m'a fallu mon ordinateur, car je ne suis pas du genre à écrire mes textes à l'encre et à scanner le tout pour que mon ami Keipoth s'amuse à recopier l'ensemble de ses petits doigts agiles. Non, je ne parlais pas de la mise en page ou tout ça. Je vous parle d'appréhender la chronique d'un album. Parfois, deux écoutes me permettent, dans une excitation extrême, de coucher numériquement mon appétit de faire partager mes sensations. Il m'arrive également d'écouter la galette des dizaines de fois pour être certain de ne pas me planter dans mon récit. Et puis, il y a le cas Ginger Wildheart avec Hey! Hello!. Un album dont je suis tombé amoureux à la première écoute, et que j'ai envoyé dans mon autoradio, mon iPod, ma chaine hifi et même dans mes songes des centaines de fois. Et je n'exagère pas. Je connais, à force d'écoutes attentives et admiratives, ce disque par coeur. Pour ne rien vous cacher, l'album sera dans les bacs dans quelques semaines, mais ayant souscrit à la sa production l'automne dernier, je suis l'heureux propriétaire, via la plateforme Pledge Music, des fichiers numériques depuis plusieurs mois. Et alors que sa version physique ne devait rester qu'une exclusivité pour les souscripteurs, l'engouement suscité par la mise en ligne "publique" de deux vidéos par le Sieur Ginger a poussé ce dernier, et après consultation des "pledgeurs", à prévoir une sortie mondiale.

Hey! Hello! est donc un des innombrables projets du leader des Wildhearts. Le gazier y joue de tous les instruments, accompagné par la voix douce et mélodieuse de Victoria Liedtke, artiste New Yorkaise et membre du Ginger Wildheart Band. Dix titres power pop acidulés et plaisants à l'écoute. Dix morceaux absolument parfaits. Rien que ça. A l'instar de "Black Valentine", première décharge de ce skeud indispensable, tout est là pour passer un bon moment : intro accrocheuse, couplets sans failles, refrain absolument génial. Si bien que j'ai conscience que mes mots ne peuvent pas retranscrire assez fidèlement le bien être que me procure ce disque, certes sans véritablement prise de risque et à la production peut être trop parfaite, mais où le génie de Ginger perfore chaque chanson. Les morceaux composés par le rouquin n'empruntent pas les structures alambiquées des Wildhearts et se contentent d'aller à l'essentiel. Tantôt rock ("Feral days"), tantôt pop ("Swimwear" et ce refrain qui te reste dans la tête pendant des décennies, le fun "I'm gonna kiss you."), les « tubes » sont sublimés par la grâce de Victoria ("Lock for rock and other sporting cliches", "The thrill of it all") qui propose une alchimie parfaite avec la voix mélodique de Ginger. Mais la pièce maitresse de Hey! Hello! est paradoxalement le morceau OVNI de ce disque : "How I survived the punk wars" est inclassable, (sur)puissant et (sur)prenant, massif et rugueux, abrasif et mélodieux. Un hymne aux textes non dénués de sens.

A la lecture de cette élogieuse chronique où mon sens de la critique est ébranlé face à ce coup de coeur, certains d'entre vous pourraient être déçus à l'écoute de disque noisy pop dégueulant de mélodies imparables et de riffs remuants. Mais j'assume et je réitère : oui, Hey! Hello! est formidable et même si ce disque restera méconnu du grand public, il fait partie de mon top 10 de ma rockothèque idéale de toute une vie. Rien que ça.