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Biographie > Just a little gift from "Enola Gay"

Originaire de Virginie et composé d'Andrew Barnes (guitare), Nathaniel Dominy (basse, claviers, samples, choeurs), CJ Deluca (guitare, chant), Jud Mason (batterie), Wade Vanover aka LJ Stank (lumières) et de Tim Skirven (guitare, claviers, samples), Gifts from Enola tient son nom du tristement célèbre "Enola gay", soit le petit nom du bombardier Boeing B-29 Superfortress qui largua, le 6 août 1945, la bombe A sur Hiroshima. D'un point de vue strictement musical, le sextet emprunte autant à des groupes comme Explosions in the Sky, Mogwai, Botch et Minus the Bear qu'à des écrivains de la trempe de Charles Bukowski ou Chuck Palahniuk (l'auteur de Fight club et de Choke notamment). Après une première démo en 2006, Gifts from Enola sort la même année, en autoproduction, l'album Loyal eyes betrayed the mind. Deux ans plus tard, les Virginiens s'associent aux You.May.Die.In.The.Desert avec lesquels ils sortent le split album Harmonic motion Volume I. En 2009, le groupe signe avec The Mylene Sheath (Caspian, Constants, If These Trees Could Talk, Junius...), qui publie au début de l'été l'album From fathoms.

Gifts from Enola / Chronique LP > A healthy fear

Gifts from Enola - A healty fear Avec dans leur roster Aeges, Caspian, Constants ou encore Herra Terra et déjà les Gifts from Enola, les gens de The Mylene Sheath n'avaient que très rarement déçus par leurs choix artistiques où la qualité de leurs productions (tant du point de vue du contenant que du contenu) : à une petite exception près, Eksi Ekso qui s'était révélé un petit accident de parcours, livré dans un très bel objet certes mais au final assez vide de sens. Même avec le recul. Toujours est-il qu'au fil des années, le label américain s'est lentement mais sûrement imposé comme une vraie référence de la scène post-"anything" nord-américaine jusqu'à ce chaque sortie porte en elle le sceau d'une quasi garantie constructeur.

Pas de souci donc au moment de se confronter à A healthy fear des Gifts from Enola, qui ont déjà épaté leur monde à deux reprises avec From fathoms puis un éponyme de grande classe. Et là, petit bémol, si le "Long weakend" inaugural de ce nouvel opus des Virginiens est plutôt de bonne facture, la suite déçoit quelque peut avec un "Robespierre" aussi bruyant que stérile, heureusement contrebalancé par l'élégant et puissant "Cherry". Et déjà une dominante qui ressort de cet effort, la volonté apparente du groupe de mettre de la densité dans ses compositions, quitte à donner un peu dans la surenchère d'effets voire à oublier un peu ce petit supplément d'âme qui faisait la classe de ses morceaux par le passé. Il n'empêche qu'en l'état, le groupe sait aussi s'offrir quelques crescendo post-métalliques éruptifs particulièrement fracassants ("The benefits of failure").

Très classe et vibrant ("Honne/Tatemae") ou à l'extrême limite d'un post-hardcore teigneux, Gifts from Enola a pris ici tous les risques pour évoluer, quitte à se mettre en danger artistiquement, à décevoir les inconditionnels de la première heure et se réinventer en mélangeant son passé créatif et son futur fantasmé, histoire de pouvoir proposer à la suite des titres de la trempe d'un "Jade" ou de "Clawmarks", entre post-rock classieux, émo-rock alternatif incendiaire, noise sulfureuse et post-metal/core abrasif ("Steady diet"), les Américains ont tout fait pour ne pas répéter ce qu'ils avaient déjà dit lors de leurs précédents opus, quitte à oser, à déplaire pour mieux se chercher et se trouver l'espace de quelques nouveaux morceaux de très haute volée, à condition que l'on soit sensible à ce désir de changement d'un groupe qui refuse l'immobilisme créatif. On valide autant la démarche que le résultat.

Gifts from Enola / Chronique LP > Gifts from Enola

Gifts from Enola - S/t A peine plus d'un an après un From fathoms d'excellente facture, Gifts from Enola remet le couvert avec un nouvel effort. Eponyme, logique tant il est symptomatique de ce qu'est le groupe, ce quatrième opus long-format des américains s'éloigne un peu plus de la sphère post-rock à laquelle "on" a toujours, à tort, affilié le groupe. Plus que ça, ce nouvel album est à l'image de "Lionized", son titre inaugural, soit un condensé de (math)rock alternatif lourd et incisif, de post-rock abrupt à la densité noise particulièrement affirmé. Des nappes éthérées, un socle de puissance tellurique, des crescendo à la puissance onirique cyclonique, une maîtrise technique affolante... en un titre, GFE a assommé la concurrence. Imposant sa griffe comme sa dynamique, souple, efficace, implacable, le groupe enchaîne et sort de sa manche un "Dime and suture" qui dans une véritable tornade d'effets et de maestria formelle distille ses riffs math-post-noise rock avec une fluidité incomparable. On pense alors à la petite découverte des derniers mois, les néo-zélandais de Kerretta, qui dans une approche relativement similaire avaient frappé très fort, mais là, les Virginiens dépassent tout.
Deux titres et déjà l'impression d'avoir entre les mains un grand disque. Mais les Gifts from Enola n'ont pas encore tout dévoilé de leur partition. Et c'est donc avec "Alagoas" qu'ils éprouvent notre sensibilité en essaimant quelques éléments plus pop avant de donner dans le cinglant, le rock noise abrasif sur un "Grime and glass" au final, paradoxe ultime, post-(pop)rock léger et soyeux. Changeant en permanence son fusil d'épaule, le groupe se plaît à surprendre et en guise de final... sort l'artillerie lourde en terme de densité. "Roarview" et ses couches instrumentales qui se superposent les unes aux autres, ses guitares qui enferment les mélodies dans une gangue de plomb, une section rythmique qui cadence le tout avec une rigueur étouffante, avant de basculer vers une seconde partie qui encore une fois s'envole vers des panoramas apaisants, en quête d'une plénitude qu'elle ne rencontrera jamais tout à fait. GFE ménage ses effets, scénarise son album en cinq actes pour mieux en sublimer ses trames mélodiques. Cinq titres donc, 37 minutes seulement, c'est court certes, mais du coup, c'est implacable, presque (trop) parfait. Car Gifts from Enola est un bulldozer technique à tendance émotionnelle, une mécanique d'horlogerie finement ouvragée au sein de laquelle évolue un collectif de musiciens en parfaite harmonie, au sommet de leur art. Classe.

Gifts from Enola / Chronique LP > From fathoms

Gifts from Enola - From fathoms Il faut bien reconnaître une chose aux Gifts from Enola comme aux gens de leur label The Mylene Sheath, c'est leur goût prononcé pour le travail bien fait. Que ce soit de point du vue de contenu comme du contenant, il n'y a pas grand chose à redire lorsque l'on découvre From fathoms. Un digisleeve au format original, un visuel plutôt très classe (le label est d'ailleurs coutumier du fait puisqu'on avait déjà eu droit à un magnifique digipak pour Caspian), tout est fait pour mettre l'auditeur dans les meilleurs conditions à l'heure de poser ses oreilles averties (ou pas) sur ce troisième disque signé GFE. Et dès "Benthos", on se rend bien compte que l'écrin dans lequel a été enveloppé l'album sied parfaitement au post-rock (sur)puissant des Virginiens. Des crescendo enfiévrés, une efficacité instrumentale mise au service de mélodies à l'intensité émotionnelle évoquant inévitablement les Mogwai, Explosions in the Sky et autres Tides from Nebula, rien à dire, le groupe imprime sa griffe musicale sans sourciller. Dans son genre, il plane largement au-dessus de bon nombre de ses contemporains. Classe...
Mais là où l'on pouvait s'attendre à un disque de post-rock élégant bien que de facture sommes toutes assez classique, les Gifts from Enola dévoilent peu à peu les autres facettes de leur musique. Soit des orientations math-rock ("Weightless frame", "Weightless thought"...), un soupçon de rock indé deluxe façon Caspian et une bonne dose de post-rock éruptif étincelant (sublime "Trieste" qui s'étend sur quelques douze minutes et des poussières, "Melted wings" et ses crescendo vibrants). Explosions de guitares, des riffs qui escaladent des murs de saturation, avant un decrescendo minimaliste ("Resurface") et le retour au calme après le déluge sonore post-rock aux sonorités métalliques, les américains mélangent les genres et jongle en permanence avec les étiquettes que l'on tenterait en vain de leur apposer. Samples intelligemment utilisés pour doper des arrangements rock non-conventionnels ("Aves", "Thawed horizon"), abrasion mélodique finement orchestrée, une maîtrise de tous les instants, Gifts from Enola s'affranchi de ses influences pour proposer sa lecture d'une musique mêlant habilement post-rock, math-rock et rock noisy. Un crossover musical rock au sens large et à la réussite incomparable. Du grand art.