Geordie Greep

Geordie Greep / Chronique LP > The new sound

Geordie Greep - The new sound À peine l'aventure Black Midi mise à l'arrêt (définitivement ?) l'été dernier et annoncée de manière étrangement laconique, Geordie Greep, son frontman, enchaîne en l'espace de quelques mois avec la sortie d'un premier album solo intitulé The new sound. Tout cela semble avoir été prémédité tant le travail sur ce disque est juste impressionnant de maîtrise et de qualité. En bref, comment un type aussi jeune peut-il à lui seul mettre tout ça en place, non seulement avec la manière, mais surtout en si peu de temps ? C'est là tout le génie de Geordie Greep, et, croyez-moi, je n'aimerais pas être à la place de son cerveau, je pense que je rendrais l'âme rapidement.

The new sound est un titre un peu présomptueux si l'on en vient à le prendre au premier degré. Ce cocktail de jazz, de rock progressif, de musique latine, mais aussi d'instants de funk, de pop, de sprechgesang et de crooning, nous rappelle d'emblée à quel point Geordie Greep a eu un impact considérable sur la musique de Black Midi. "Blues", single présenté en avant-première et qui inaugure ce disque, est dans la droite lignée des derniers albums de son désormais ancien groupe. Petits gimmicks de guitare véloces, rythmique intenable assurée par Morgan Simpson (... de Black Midi), progression complétement effrénée et jouissive, le chant haché : rien de nous surprend, on est dans un bain dont l'eau n'a pas été nettoyée. En revanche, dès lors que The new sound se dévoile, l'influence de l'Anglais commence sérieusement à s'élargir. Et du côté des musiques latines.

Normal, le disque a été enregistré entre l'Angleterre et le Brésil, avec des musiciens locaux dans le studio de Tuto Ferraz, un percussionniste (celles d'Angra dans les 90s, c'est lui) et producteur expérimenté originaire de "l'éternel pays d'avenir", comme le dirait un certain Georges Clémenceau. Si bien que quelques morceaux, quelque part entre rock progressif et musiques latines, font clairement penser à la musique de Carlos Santana (on pense en premier lieu au titre éponyme). Il en va de soi que la comparaison est loin de s'arrêter là. Cette liberté artistique mettant à l'honneur la musique des années 70 (mais pas uniquement) n'est vraiment pas pour nous déplaire, car The new sound se situe à la fois entre l'œuvre quasi expérimentale (les 12 minutes de "The magician" l'attestent), et celle subtilement écrite qu'il est interdit de corrompre (bordel, mais quelle merveille cet "Holy, holy"...).

Émancipé de la formule "groupe", Geordie Greep s'est entouré d'un paquet de musiciens exceptionnels dont le producteur et ancien collaborateur live de Black Midi, Seth Evans (de HMLTD), pour accoucher d'un premier album pur, sans barrière, magique, romantique, dérangé, aventureux, parfois déstabilisant, mais sacrément incroyable. Comme sa pochette qui nous laisse encore pantois.

Publié dans le Mag #64