Gâtechien - 4 Etonnant ce disque de Gâtechien, groupe dont j'avais vaguement entendu parler parce qu'ils tournent comme des malades pour promouvoir leur musique. 4 est leur 4e album, ils sont loin d'être des débutants en la matière et autant le dire tout de suite, c'est une putain de réussite. Pourquoi ? Parce que ça brasse des influences qu'on adore (Fugazi, Girls Against Boys, Nirvana et The Jesus Lizard, entre autres), qu'il est produit par Ted Niceley (Fugazi, Girls Against Boys) pour un rendu totalement approprié et qu'avec cet album, il donne LEUR version de la noise et que c'est à la fois très personnel et ex-cellent-issime. Usine à hits qui s'ignorent, les Gâtechien vont enchainer les tubes durant ces 12 titres. Dès le premier titre, le groupe met tout le monde KO : c'est certes cru et abrasif mais avec une enveloppe pop embrumée qui nous ramène au Morphine des années 90 (sans le saxo, évidemment...). "Faux départ" n'est pas ce que l'on peut appeler une entame d'album raté, au contraire : intro râpeuse, un riff de basse abrasif et une déjection vocale à la manière de David Yow qui sert de starting-block à un morceau vraiment convaincant. Sur "Bonjour mademoiselle" et "Tour de force", on retrouve cette facette pop Morphine-use/crooner, notamment dans la voix, avant que les Gâtechien ne se déchainent pour définitivement enflammer la moquette du studio. Le riff de "Rendez vous" rappellent des vieux relents de punk mélodique, c'est dire la mélodicité infaillible du truc, et deviendra un leitmotif redoutable durant quelques minutes. Gâtechien, c'est une histoire d'alchimie, de dosage et la sauce prend magnifiquement bien. Tellement bien que les influences n'apparaissent qu'en filligrane tout au long de cet album. Le duo laisse quelques pistes sur des titres ou le décryptage devient un peu plus aisé : difficile de ne pas penser au Jesus Lizard sur la basse venimeuse de "Cinq-à-sept" ou les onomatopées de "Ménage à trois" qui sont imprégnées de l'école David Yow du "rien à branler des lignes de chants conventionnelles", ou plus particulièrement à Cobain sur "Cinq-à sept" qui ramène quelques années en arrière avec les vocalises de "Tourettes" sur In Utero.
L'un des disques noise de l'année et à coup sur un des favoris dans le peloton de tête des meilleurs albums de 2010. Et selon mes camarades de 'zine, Gâtechien en live, ça déchire sa race... Avec les Gâtechien et les Generic, la formule basse/batterie semble avoir de beau jour devant elle...

NdR : la pochette est vraiment très classe...