Salut Fred. Pour débuter cette interview, peux-tu te présenter ? Ton background et tutti quanti pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Je suis né en 82 et j'ai passé mon adolescence à jouer dans des groupes. C'est au début des années OO's que c'est devenu plus sérieux et plus pro quand j'ai rejoint Second Rate. A partir de là, j'ai joué dans plusieurs formations rock comme Lost Cowboy Heroes, The Waterguns, Billy Gaz Station, Simon Chainsaw, Billy the Kill en solo. Actuellement je joue dans Napoléon Solo et fais de l'intérim pour Oscar Nip. J'ai vécu ces expériences de groupes dans les villes de Limoges, Besançon, Angoulême, Toulouse, et je suis maintenant basé à Paris.

Tu as sorti trois albums sous le pseudo Billy the Kill. Puis, il y a quasiment deux ans, tu as commencé à chanter en français sous le pseudo Le Meurtre. Et maintenant, voilà que tu présentes ton nouveau répertoire sous ton vrai nom. En un mot : pourquoi ?
A partir du moment où j'ai commencé à écrire en français, j'ai choisi Le Meurtre comme nouveau pseudo, pour mieux faire le lien avec The Kill. Puis, en y réfléchissant bien, et au vu de la tournure que prenaient les textes et les compos, je me suis dit qu'il était temps d'arrêter avec les pseudos et que de me présenter avec mon vrai nom contenait beaucoup plus de sens.

Billy the Kill est-il mort et enterré ? Penses-tu ressortir un disque ou faire des concerts en anglais ?
C'est difficile à affirmer dans le contexte d'un projet solo ! En tout cas, rien ne meurt jamais vraiment, les disques, eux, restent et ne doivent pas être jetés au feu. J'avais besoin de composer et d'envisager les choses différemment pour rendre tout ça plus stimulant. Avec mon dernier disque sous le nom de BTK (An open book with spelling mistakes), j'avais réussi à faire ce que je voulais faire au bout de 3 albums, je ne voyais plus l'intérêt de me répéter.

Qu'est ce qui t'a poussé à franchir la barre de la langue de Molière ?
J'écris des chansons depuis toujours et je voulais continuer de le faire d'une manière qui soit plus vraie, plus juste, plus profonde et plus précise. Je n'allais jamais assez loin avec l'anglais et j'ai fini par me sentir dans la peau d'un imposteur. Je me suis aussi demandé pourquoi j'étais si impressionné par les chanteurs anglo-saxons, et j'ai fini par comprendre que c'est parce qu'ils pensent, écrivent et chantent avec leur propre langue. C'est l'outil le plus efficace pour eux. Je me dis que c'est en écrivant en français que je fais les choses plus naturellement et que j'arrive, enfin je crois, à réunir le fond et la forme.

Qu'est ce qui, et qui, inspire Fred Alera ?
L'existence en général. Ou plutôt les difficultés de l'existence, tiens ! J'écris à propos de nos travers, de nos désillusions ou de nos espoirs, des choses liées à l'humain finalement. C'est souvent une situation, un mot, une phrase ou une expression qui fait l'amorce d'un texte. Le reste suit en roue libre, je me laisse guider par les mots qui me passent en tête sans parfois savoir de quoi va parler la chanson. Ou au contraire je peux avoir une idée très précise de quoi je veux parler. Je n'utilise pas de vocabulaire trop réaliste et je n'use pas de mots rares, qui ne sont utilisés qu'en poésie par exemple. Je tente de créer des images poétiques avec des mots "simples".

Tu viens de sortir sur les plateformes numérique ton premier EP qui a été réalisé par Damny Baluteau. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Que t'a apporté Damny ?
La rencontre s'est faite par internet, suite à une vidéo que j'avais mise en ligne. Il a été le premier à réagir à mes chansons et après quelques échanges de mails, Damny m'a proposé une collaboration sur la partie production de mes titres. Il a donc signé tout le design sonore autour de prises guitares-voix. Il est entièrement arrangeur des titres. Son expérience de chanteur avec La Phaze et Pungle Lions, mais aussi de producteur-réalisateur fait qu'il possède une culture musicale très large et a une vision à 360 degrés. Ça a été très intéressant pour moi de passer ce cap avec lui car je voulais éviter de refaire un disque comme j'avais l'habitude de les faire, dans un écrin plutôt folk-rock classique. Damny a apporté des climats particuliers aux chansons, avec beaucoup d'instruments joués aux claviers et des grooves très marqués et surtout des reliefs assez riches.

Tu viens du milieu indépendant français, tu es connu pour avoir roulé ta bosse avec divers groupes de punk-rock et de noise. Tu dois te douter que ton nouveau projet a dû en surprendre plus d'un. Quelles sont les réactions que tu as suscitées à ce jour ?
Il y a des fans de la première heure qui me soutiennent dans ces premiers efforts et je les remercie pour ça ! Des nouvelles connexions se sont aussi faites grâce à ce nouveau projet, et j'ai de bons retours sur les textes, c'est très encourageant. Je crois savoir que ceux qui ne suivent plus l'aventure font un blocage sur le francophone à la base. Les gens sont libres d'aimer ou de ne pas aimer. C'est évident qu'il y a un changement chez les auditeurs, c'est aussi le but de créer un renouveau et de toucher un public plus large. Quant au milieu indépendant et plus particulièrement punk-rock, il a toujours été relativement centré sur lui-même, je m'étonne donc pas s'il y a peut-être un rejet de la part de certains, c'est bien normal quand la musique se situe aux antipodes. Je fais de la musique comme il me semble bon de la faire, moi je crois que c'est surtout ça le punk-rock, se sentir libre et être ouvert.

Quel est le « business plan » de Fred Alera ? Jusqu'où souhaites-tu mener ce projet ? Est-il prévu une sortie physique de l'EP ? Un album est-il en préparation ?
Le EP est sorti fin février sur toutes les plateformes de distribution digitale ainsi que sur Bandcamp. Je prévois un modeste pressage DIY d'ici quelques temps. Dans un premier temps, j'essaie de trouver une place dans l'immensité de la scène pop francophone, en jouant quelques concerts, et m'occuper de la promo un peu tout seul, afin de trouver des relais médias et de rencontrer un public. Le but étant de travailler avec des partenaires adéquats (label, tourneur, ...) pour m'aider à faire avancer le projet et préparer au mieux l'enregistrement d'un album. Je repars de zéro et plonge à corps perdu dans une scène, une sphère, qui m'est quasi inconnue en termes de connexions (presse, booking, ...). Le fait de venir de l'indie-rock n'aide peut-être pas non plus la presse axée musique francophone à m'identifier. C'est assez bizarre de passer une frontière comme celle-ci, c'est plutôt radical comme virage, je veux bien l'admettre. Sinon, j'ai des chansons plein ma set-list, je ne cesse d'écrire, c'est le plus important, d'être dans une bonne énergie créative.

Tu joues ton répertoire en formule acoustique, alone, comme tu l'as fait avec BTK. As-tu prévu de faire des concerts avec un backing-band ?
Non, pas pour l'instant. J'aime assez la force émotionnelle qui peut se dégager d'une configuration guitare-voix. C'est souple dans l'interprétation et j'aime jouer de la musique folk. C'est comme ça que naissent les chansons en fait. C'est du songwriting, mais francophone ! Si j'ai l'occasion d'être accompagné par Damny en live, c'est aussi envisageable.

Un tribute aux Flying Donuts vient de paraître, et tu as écrit une chanson spécialement pour le disque. Tu as également participé au dernier tribute aux $heriff. Multiplier les projets sur bande, est-ce vital pour toi ?
J'ai tout de même gardé le nom du Meurtre pour un projet de reprises anglo-saxonnes adaptées en français, ça donne un truc du genre Billy the Kill is Le Meurtre : les très alternatives reprises de chansons plus ou moins célèbres et internationales en version acoustique (adaptations françaises et autres remaniements). Ça me permet de participer à des tributes comme celui aux Flying ou aux Sheriffs, et de continuer en même temps à travailler autour de mon amour pour le rock'n'roll.
J'uploade de temps en temps ces étranges covers sur Youtube (Burning Heads, à venir aussi Drive Blind, Johnny Thunders, Big Star,...) Ce n'est pas tant pour multiplier les projets, mais si j'estime que c'est digne d'intérêt, autant en faire profiter le maximum de gens sur des disques ou sur le net.

Si tu as quelque chose à rajouter, c'est le moment...
Et bien merci et big up pour cette interview ! J'espère que les gens seront curieux d'écouter mes chansons et feront sauter leurs barrières sur la musique francophone.