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Dawn breakers

france de griessen dawn breakers France De Griessen fait partie des artistes que l'on ne découvre pas d'un seul coup. On les croise, on les suit, on les retrouve, et quelque chose se précise à chaque étape. Elle est une artiste à part, que l'on connaît donc depuis longtemps avec cette impression rare qu'elle ne joue jamais un rôle fabriqué. Chez elle, tout semble venir d'un endroit profond, fragile, vibrant, parfois inquiet, mais toujours tenu par une vraie élégance. Ce côté à fleur de peau, c'est aussi ce qui touche. Jamais une posture, plutôt une manière d'habiter le monde avec une intensité presque physique. Avec Dawn breakers, son quatrième album, France De Griessen signe un disque dépouillé, presque rituel. Dix morceaux comme des mantras guitare/voix, accompagnés d'une instrumentation discrète mais essentielle. Ici, rien ne déborde inutilement. Une guitare, une voix, un souffle, un silence, puis surgissent parfois des percussions, un piano, un orgue, une voix additionnelle. L'album n'avance pas par démonstration. Il préfère suggérer, installer une présence, laisser le disque agir sans jamais forcer le passage.

Enregistré dans le Somerset, à Wells, « comme dans les contes », Dawn breakers porte l'empreinte d'un lieu à la fois réel et intérieur. Ce décor semble avoir offert à France De Griessen une paix presque magnétique. Le disque calme autant qu'il trouble. Les chansons ressemblent autant à des love songs qu'à des prières ou à des invocations. Les mots saignent, les fantômes rôdent, les images se répondent sans toujours chercher à s'expliquer. "July" cristallise cette dimension intérieure, avec ses voix, ses histoires anciennes qui remontent, ses échos qui se heurtent. Le morceau pourrait basculer dans le vertige, mais France De Griessen lui donne une forme. C'est l'une de ses forces. Elle laisse trembler les choses sans les casser. Elle refuse l'idée de mettre ses tripes sur la table. Elle cherche plutôt l'hyper-présence, la transe, la transformation. On sent dans Dawn breakers cette volonté de ne pas exhiber la blessure, mais de la traverser, de lui donner une texture, une vibration. L'auditeur ressent cela sur "Where have you been my friends ?" petite pépite de l'album.

Dawn breakers demande une vraie disponibilité. Il faut accepter d'y entrer sans tout comprendre, de se laisser guider par les fantômes, les silences, les prières qui ressemblent à des chansons et les chansons à des sortilèges. Depuis longtemps, ce qui touche chez France De Griessen, c'est cette fidélité à sa propre vibration. Elle avance avec ses zones d'ombre, son romantisme cabossé et cette manière de ne jamais rentrer complètement dans le cadre. C'est ce qui donne à ses chansons leur force : une tension constante entre fragilité et maîtrise. Un disque habité, qui ne force jamais l'émotion, mais la laisse agir longtemps après l'écoute.

Publié dans le Mag #71

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