Les fragments de la nuit - Musique du crépuscule Musique du crépuscule, ce n'est pas du rock, ce n'est pas ni metal, ni de la pop, ni même du trip-hop, de l'électro, de la chanson française, du punk rock des familles, de l'ambient industriel ou du hip-hop expérimental... A priori, déjà cela peut surprendre, "qu'est-ce que ça peut bien être alors pour que ça figure ici ?" se diront sans doute beaucoup de lecteurs. La réponse est dans le titre ... Musique du crépuscule. Un songe fantasmagorique explorant les voies d'une musique contemporaine et post-classique à la cinégenie rare. Normal..., c'est un peu l'idée directrice du groupe. 3 violons qui voguent en toute indépendance, s'enchevêtrent, se faufilent dans les arrangements, se chevauchent pour ne former plus qu'un ensemble, qui, à l'image de nombre de trios pour cordes, joue les virtuoses et embrase la scène... Mais ici, Les fragments de la nuit se compose également d'un violoncelle apportant une touche romantique sombre et mélancolique à l'ensemble et d'un piano, lequel imprime le tempo et aiguille l'orientation mélodique. Eloge contemplative, envol atmosphérique, "Eveil des fées" nous plonge dans un univers musical lumineux, porté par des choeurs enchanteurs et une ambiance féérique cotonneuse dont l'apparente tranquilité dissimule en réalité des tourments plus profonds qui vont remonter à la surface dès le bien nommé"Assault".
Accords de piano assurant la rythmique et les trois violons se succèdent dans une partition de haute volée aux innombrables dégradés de couleurs musicales. Harmonies plus feutrées, les choeurs qui refont leur apparition, des arpèges qui courent sur le clavier, des violons plus en retrait, chaque morceau signé par Les fragments de la nuit, évoque une scène particulière d'une histoire à la dramaturgie affirmée. "Entre ciel et enfer" passe en mode mineur, évoquant tout particulièrement l'oeuvre de Philip Glass - compositeur contemporain connu pour son art de la musique répétitive, mais également auteur des B.O de The Truman Show, The Hours ou du Rêve de Cassandre -, l'appel du 7e art toujours. Des accords de claviers qui donnent de l'amplitude aux mélodies, un sens de la rythmique appuyé, des lumières tamisées mettant un scène des décors mouvants qui font frissonner autant qu'ils envoûtent... (le diptyque "Devenons demain I& II", "Le château enchanté"). Ce disque respire l'amour du cinéma... Si l'ombre d'un Arvo Pärt plane évidemment ici, l'influence de nombreux compositeurs de musiques de films se fait également ressentir à chaque instants. On pense notamment à Angelo Badalementi, fidèle parmi les fidèle de l'oeuvre de David Lynch (Lost Highway, Mulholland Drive), à Burkhard Dallwitz (The Truman Show), Clint Mansell (Requiem for a Dream) ou Howard Shore (Crash, Le Seigneur des Anneaux) pour l'intensité dramatique ou les harmonies évanescentes, mais avant tout, c'est dans les rêveries romantiques qu'évoquent des morceaux comme "La chambre des fées" ou "Soleil noir pour lune blanche" que l'on retrouve l'essence même de la musique du quintet. Musique qui va chercher du côté des grands maîtres qu'ont été Erik Satie ou Claude Debussy afin de donner ce sens de la nuance si particulier que l'on retrouve dans Musique du crépuscule. Quelques notes qui pleuvent sur un piano enjôleur, des violons qui tutoient les rivages d'un Eden musical fantasmé, les affres de la mélancolie qui tissent leur toile autours de l'auditeur, une mélodie subtilement dépouillée et Les fragments de la nuit mettent un point d'orgue à cette Musique du crépuscule, non sans avoir auparavant épilogué avec "Alpha du centaure". Ultime songe en forme d'étoile filante illuminant cette oeuvre précieuse et onirique, compagne idéale d'une longue nuit d'insomnies...