Fléau - Fléau Oyez, oyez Messire Screamos ! Merci d'accorder un peu de temps à notre brave revue sur les musiques amplifiées. Nouvelle formation de Lugdunum, capitale des Gaules, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
En l'an de grâce 2020, une pandémie bien moins effrayante que les épidémies essuyées par nos ancêtres, quatre mercenaires en quête de gloire et de combats s'allièrent afin de répandre mort et destruction. Quatre musiciens venant de divers horizons apportant chacun une touche particulière à leurs chants de guerre. Après un travail de composition et d'enregistrement pendant l'été 2020, notre premier 45T est enfin disponible depuis mars 2021.

Fléau ne fait pas dans la dentelle (au fuseau) avec son street punk oi! hardcore qui n'a rien à voir avec la musique médiévale. Quelles sont les sources d'inspiration de Fléau ? De quels groupes de notre Hexagone vous sentez-vous proches ? Avec qui aimeriez-vous croiser le fer ?
Au sein du groupe, nous avons tous un historique musical différent, et nous pensons que c'est ce qui fait notre force. Nous pouvons tout de même établir une base commune partant principalement de la scène punk/oi!, les groupes comme Bishops Green, Power Trip, Battle Ruins, Rixe, Squelette, Lion's Law sont à coup sûr des adversaires honorables avec qui guerroyer. On peut aussi sentir une inspiration légèrement post avec une scène bien active en France. Enfin, nous ne renions pas nos frères bardés de cuir et de fer de la scène métal. Si on occulte la situation actuelle, la France est un pays qui se porte plutôt bien au niveau musical !

Votre barde s'exprime dans la langue de François et le champ lexical utilisé est sombre (la guerre, la mort, la souffrance, le luth...euh...la lutte ) : la noirceur et la violence sont-elles le fond de commerce de Fléau ? Pourquoi choisir de s'exprimer en français, au risque de limiter son rayonnement à nos sombres contrées ?
Au commencement, la question s'est posée de savoir si nous allions hurler nos invectives dans notre langue natale ou bien dans celle de nos adversaires historiques. Notre amour pour la scène oi! française et ses refrains fédérateurs nous a portés sur ce premier choix. Malgré tout, je ne pense pas que le choix de la langue française soit un vrai limiteur, beaucoup d'étrangers apprécient la French Touch et arrivent à passer la barrière de la langue.

La pochette du premier EP fait apparaître les portraits des quatre troubadours de Fléau casqués : l'imagerie est-elle aussi importante que la musique ? Vous ne pensez pas qu'en pleine pandémie, porter un masque aurait été suffisant ?
On n'est jamais trop prudent. Même si cette épidémie fait doucement rigoler face à la grande peste de 1349, il n'est jamais de trop de bien se protéger ! Plus sérieusement, nous pensons que l'imagerie a une importance haute dans l'histoire d'un groupe, même si celle-ci ne doit pas prendre le dessus sur le principal : la musique. « Passion before fashion », comme on dit.

Envisagez-vous de colporter la bonne parole sur les champs de bataille des salles de musiques actuelles et autres obscurs donjons de France et de Navarre ? La mise en scène sera-t-elle spéciale avec armures, glaives et vierges écartelées ?
Nous espérons vraiment que la situation se débloquera d'ici la rentrée afin de pouvoir aller balancer quelques coups de gantelets bien sentis dans les salles françaises et européennes ! Malgré le port du casque obligatoire pour des raisons évidentes de sécurité, nous n'envisageons pas non plus d'arriver en tour de siège et d'installer des cages en fer et de pratiquer la manivelle intestinale pendant nos lives... dans un premier temps !

Pouvez-vous nous parler des labels de propagande ? Distribuer le premier EP du groupe par un label américain et un label allemand, ce n'est quand même pas banal. Comment se sont faites les connexions ? De même, le groupe a déjà bonne presse à l'étranger : le style a-t-il le vent en poupe ? Vous pensez profiter de l'aspiration de groupes bastons comme Rixe ou Lion's Law qui s'exportent bien ?
Il faut croire que les alliances créées lors de précédentes batailles ont la dent dure. Nous avons eu effectivement la chance de sortir cet EP sur Contra Records en Allemagne et Red Scare Industries aux États-Unis. Le chant en français a un peu le vent en poupe ces dernières années et c'est complètement justifié ! Rixe, Bromure, Squelette et Cuir, pour ne citer qu'eux, ont sorti d'excellents disques ces dernières années.
Fléau ne profite pas de l'aspiration, Fléau écrase tout sur son passage.

Le EP comprend 4 morceaux avec un format très court (9 minutes au compteur). Passage obligé en guise de présentation dans le respect de la grande tradition des groupes indépendants ? Un album est-il déjà en préparation pour conquérir le monde ou une stratégie toute autre et jadis appliquée sur les champs de batailles sera développée ?
Fléau a été créé pour détruire le monde, pas pour le conquérir. Ayant été formé à l'école de la Destruction, aller à l'essentiel est une évidence pour nous. Au moment où la stratégie d'enregistrement a été décidée, le groupe n'avait que 4 morceaux. On n'a pas réfléchi plus loin que les bouts de nos casques.
On hésite encore sur quelle technique de combat nous allons baser notre prochaine campagne, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle fera du bruit.

Fléau - Fléau La grande peste noire a décimé l'Europe au 14ème siècle. Que vous inspire la pandémie mondiale liée à la Covid 19 dans vos projets musicaux et dans votre vie au quotidien ?
Si seulement la Covid pouvait être un peu plus virulente et démonstrative, cela permettrait peut-être de remettre les compteurs à zéro et de repartir sur des bases saines. Cette pandémie nous montre à nouveau les limites d'un système et d'une société qui ne me convient plus et me conforte dans l'idée que ce monde est condamné. Peut-être que cette situation a influencé le pessimisme et la violence de nos paroles, ou du moins les a renforcés. J'ai toujours détesté ce monde et je le déteste juste un peu plus au vu de la situation.

Une légende médiévale veut que le clip illustrant Affliction ait été visionné par des milliers de personnes. Pouvez-vous nous raconter l'anecdote de cet affolement des compteurs Youtube ?
Nous avions sélectionné des images d'un film polonais "Knights of the Teutonic Order" (Krzyżacy) pour illustrer notre morceau "Affliction" sans savoir que ce film était un monument du cinéma Polonais et connu par tous. Le premier jour de diffusion, un journaliste polonais nous a écrit et nous lui avons répondu sans nous douter qu'il bossait en fait pour l'un des plus gros sites d'info en Pologne (section arts). Une invasion polonaise en bonne et due forme a donc eu lieu et notre clip s'est envolé à 130k vues en 48h. Malheureusement une réclamation a été posée contre la chaine de notre label Red Scare et celui-ci a dû retirer le clip.
Bref c'était sympa de voir de tels chiffres et de lire des commentaires (traduits sous googletrad) de polonais énervés concernant l'utilisation de ces images. Nous sommes aussi contents que certaines personnes puissent entendre parler de ce film. Foncez le voir, les scènes sont vraiment incroyables et l'histoire autour de cette période est passionnante !

Tribune libre pour terminer : un truc à rajouter ?
Nique bien ta mère Stéphane Bern.