Fine Lame-Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes d​é​vor​é​s par le feu C'est un sujet qu'on aborde régulièrement entre musiciens : comment nos oreilles et notre cerveau réceptionnent, filtrent et analysent les informations qu'une musique nous envoie ? En partant du principe naturel que tout le monde ne perçoit pas de la même façon la musique (oreille musicale ou non, expériences, goût/envie, condition mentale, etc...), je me suis rendu compte que certains potes zikos avaient le même "syndrome" que moi, c'est-à-dire l'imperméabilité totale aux paroles dans une chanson : nous n'entendons que des notes, des mélodies, des harmonies, du rythme, mais pas (en tout cas, pas de suite) le contenu, le sens et le fond des textes qui sont chantés, rappés, déclamés ou hurlés. En bref, si on aime la musique, c'est surtout pour sa musicalité et ce qu'elle procure émotionnellement, surement pas pour les paroles, qui résonnent généralement de notre côté comme des borborygmes. Et même si le contenu des textes est méga intéressant voire crucial dans le projet, malheureusement cela n'apporte rien à ma vision du disque, je préfère les lire... en silence !

Alors, de ce fait, comment aborder un disque comme Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu qui met en avant la poésie et les textes de Raphaël Sarlin-Joly, le chanteur du groupe montreuillois Fine Lame ? Eh bien, à peu de choses près, de la même manière que celle expliquée un peu plus haut. C'est la musicalité de Fine Lame qui m'a accroché en premier lieu : le soubassement musical et la manière de chanter a pris le pas sur les mots et phrases déclamées sans rimes. Le contenu de ce disque m'a plu car il distille un rock d'une classe folle à la manière d'un post-rock arty aux touches jazzy, mais avec paroles. C'est par ailleurs ce qui manque souvent, je trouve, à certaines formations pratiquant la musique instrumentale : un guide vocal pour donner un vrai sens aux compositions et éviter de s'éparpiller voire de se répéter tout en leur donnant plus de nuances. Ici, la voix de Raphaël est un instrument à part entière, il chevauche les progressions harmoniques rock de ses camarades et s'impose avec brio, que ça soit avec son spoken-word littéraire en langue française ou en donnant un peu plus de théâtralité au contenu, en anglais cette fois-ci, sur "Complaint of the little spider" et "Follow me". D'ailleurs, à ce sujet, Fine Lame n'est plus vraiment le même groupe lorsqu'il chante en anglais, l'outil linguistique prouve encore une fois qu'il joue un rôle primordial, en plus du fait que la formation rend ses sonorités plus dansantes et libérées.

En somme, l'expression générale sur ce premier EP se fluidifie parfaitement et permet aux mots de résonner autant sur des titres urgents ("Nous tournons en rond dans la nuit..."), que sur des déambulations troublantes ("...et nous sommes dévorés par le feu", "Sortie de route"). Un disque digne d'intérêt donnant des clés de compréhension sur le rôle important du chant dans un groupe et ses œuvres.