FFKK marche ou reve Dans Marche ou rêve, le premier titre, tu parles d'un psy "soignant des maux par la simple force des mots, des maux de société depuis longtemps identifiés"
On est dans une époque qui manque cruellement de dialogues, de communication directe, les gens sont totalement prisonniers de leur mental. Ça ouvre la porte à des charlatans qui en profitent à fond.
C'est aussi la mission de l'artiste de soigner les maux par les mots ?
Bien sûr, je pense que c'est toujours un réconfort de voir qu'un sentiment est partagé par plusieurs. Mon but est d'amener des idées que d'autres n'ont pas les moyens de crier, ou tout simplement de faire partager. Dans ma jeunesse, ca a pu être autant de la chanson française que des groupes plus durs, de Noir Désir à Rage Against The Machine, qui m'ont marqué par ce que je ressentais la même chose.

Être engagé, c'est quoi donc ?
Être concerné. Être impliqué au quotidien comme à grande échelle, et sans sombrer dans la démagogie, participer à un effort commun.
Elle est fine, la frontière avec la démagogie...
Et bien, alors je pense être un démagogue, mais en même temps, à part le militant de base qui va aux urnes par culture, personne ne fait vraiment plus gaffe.

Tu réclames dans "Le syndrome de Peter Pan" le droit d'être "un petit con" , tu as fini par l'obtenir ?
D'après ma femme, toujours pas... Non, mais plein de gens se prennent trop au sérieux et oublient qu'ils sont encore des petits cons.
Ca se manifeste comment au quotidien ?
Oh, et bien, on me dit toujours "mais tu vas quand même pas t'habiller comme ça", ou encore "mais trouve-toi un vrai boulot" ! Il se trouve qu'on a toujours été très épicurien dans le groupe...
Et votre public est un public de petits cons ?
C'est rigolo, ça m'est arrivé de signer des autographes à tous les membres d'une même famille, du père à la fille. Les jeunes aiment le côté dynamique, les plus vieilles générations trouvent leur compte dans l'éclectisme musical...

Tu parles dans "Sodocratie" de ce jour où "au moins on aurait pu faire front, ce jour-là qui nous a glacé le sang". Quelle a été ta réaction au lendemain du premier tour ?
La veille, on finissait une grosse tournée et l'on avait donc fait une très grosse fête, je suis rentré le dimanche à 09h00 du matin et je suis allé voter de suite. Et puis le soir, l'effroi devant la télé. Envie de pleurer, de vomir ! Surtout que j'avais eu la veille une discussion avec des futurs abstentionnistes, j'ai regretté de ne pas les avoirs poussés plus à aller voter.
Le positionnement de Saez, écrire une chanson de suite, comme ça ?
J'écris très rarement à chaud sur un sujet, mais le concept de "Sodocratie", cette souveraineté "exécrée" par le peuple, existait depuis longtemps déjà. Ca n'a fait qu'accentuer le besoin d'écrire dessus.

Tu parles d'"islamalgame" dans "Les marionnettistes"
On en est arrivé à penser que musulman = extrémiste, c'est encore une minorité qui fait la une des journaux.
Les médias ne jouent plus leur rôle aujourd'hui, c'est "tous pourris" ?
Pas tous, non, mais on est passé de la lutte contre la désinformation au marché pour l'information. Dans le but avoué de faire de l'audimat, ils construisent tous leurs reportages comme des petits feuilletons... Il y a toujours eu une corrélation entre le pouvoir et les médias : une institution respectée comme Le Monde qui s'effondre, ça suffit pour que l'on commence à douter de tout.

A travers "Phénomène", tu avoues que "s'il faut passer par l'imposture pour devenir quelqu'un, je préfère en somme rester personne"... C'est de la jalousie déguisée, ça !
Non, nous on sait pourquoi on fait de la musique. On s'en tire, on n'a pas à se plaindre car on l'a choisi, mais on connaît plein de groupes de qualités qui en voyant ces gugusses peuvent penser légitimement que l'art est mort Ils ne donnent vraiment pas des lettres de noblesse à la variété française.
C'est un texte finalement très attendu, trop d'actualité peut-être ?
C'est finalement le thème global de l'album, ce côté rêve préfabriqué sous couvert de marche cadencé. Et puis la télé-réalité a toujours existé, depuis les premiers radio-crochets, elle ne fait qu'évoluer !

Qu'en est-il de cet "Amour propre", "maintenant tu es partie, ne me reste que le souvenir d'un amour enfui" ?
Au départ, ce texte parle de quelqu'un qui a l'impression d'avoir subi la métamorphose de Kafka, de n'être devenu qu'un sceptre et de fuir le monde.
Tu es rarement le sujet de tes chansons...
Indirectement

"Gun tune" annonce qu'"on ne révolutionne rien en chantant, mais on entretient le foyer du non-renoncement". L'idée est intéressante si on la rapproche de votre propre parcours : sans révolutionner la musique, vous avez assimilé le meilleur de chaque style pour arriver finalement à faire du FFKK.
C'est bien schématisé ! On progresse tout simplement, on a une espèce de nonchalance musicale, on n'hésite pas à s'engouffrer dans un registre tant que l'émotion est là.

"Modern Faust" est encore une fois un texte empli de références culturelles, "mieux vaux vendre son âme au diable plutôt qu'à un Homme"...
Je suis fan de calembours douteux et de textes à la Desproges ! Le diable n'est finalement qu'une projection de l'image de l'Homme, qui est un schizophrène à part entière avec son côté ange/démon : reste à accepter cette schizophrénie naturelle.
Tu n'as pas peur que tout le monde ne comprenne pas forcément le sens profond de tes chansons ?
Un pote me dit souvent que mes textes sont trop imagés : mais j'aime bien rester un peu énigmatique, laisser une grande part à la réflexion personnelle, de véhiculer des idées que l'on peut comprendre comme j'ai voulu le dire seulement longtemps après.

"Mon but est bien précis, faire passer l'enfer pour le paradis... "qui parle ainsi dans "Des plumes" ?
Le système néo-libéral, croisé avec une grosse référence aux anges déchus. C'était assez jubilatoire d'écrire ce texte, d'imaginer le discours du système, surtout lorsqu'il finit par se vexer ! Je parle ici de l'effet vampire : en économie, on appelle ainsi le fait qu'en mettant les projecteurs sur un problème, l'actualité fait disparaître ce problème, le vampirise finalement.

Et donc FFKK "ne veut plus être un figurant, mais un acteur de premier ordre" !
Au départ, rien à voir, cette chanson concerne un pote ultra-dépressif qui a débarqué un jour à la maison radieux, en repartant de l'avant tout d'un coup. Quand on est au fond, on se dit "tiens, pourquoi est-ce que je ne remonterais pas".

Alors, dernière question, enfin : si FFKK était l'acteur principal d'une pièce, quel serait le nom de celle-ci ?
Bonne question. Ah, Gorilles dans la brume ?
Tu as remarqué que j'ai tenu une interview entière sans prononcer le mot gorille ?
Félicitations, ça doit être la première fois que ça m'arrive !