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Biographie > Affaire en famille ?

S'ils ne sont pas issus de la même famille de sang, les Family ont opté pour ce patronyme parce qu'ils ont une conception bien à eux de la notion de cellule familiale. Une filiation musicale commune, qui emprunte autant à Baroness ou Tool qu'à Mastodon, à Unsane qu'à The Mars Volta avec pourquoi pas un zeste de Led Zeppelin. Une famille de coeur qui trouve son essence dans l'origine (géographique) de deux des membres qui la forme, à savoir les coeurs historiques de la Grosse Pomme dont sont natifs Joshua Lozano (un petit gars du Queens accessoirement ex-membre de Cobalt) et Steven Gordon (né à Manhattan).
Deux fils des poumons historiques de New York City qui ont décidé de localiser leur groupe du côté de Brooklyn (logique) avec à leurs côtés, Jody Smith (un jazzman de formation reconverti dans le metal venu de la Nouvelle-Orléans, logique aussi) tandis que Kurtis Lee Applegate est lui un pur produit de la Caroline du Sud. Lorgnant sur les mêmes scènes que Hull ou Primitive Weapons, les quatre de Family ferraillent dans leur coin pendant quelques temps avant de mettre en boîte un premier album baptisé Portrait qui paraît à l'automne 2012 via le label Pelagic Records (Abraham, Khoma, The Ocean).

Family / Chronique LP > Portrait

Family - Portrait Crossover stylistique hautement évolué car pratiquant une hybridation transgenre pour un mix de rock aux effluves stoner et de prog-metal hargneux à fugitives transgressions hardcore, Portrait, premier effort long-format des New-Yorkais de Family est "LA" surprise du mois sortie de quasi nulle-part. Enfin, "nulle-part", c'est vite dit parce que celle-ci nous vient tout droit du toujours excellent Pelagic Records (God is an Astronaut, Khoma, The Ocean...), spécialiste européen en offrandes de qualité supérieure qui est ici allé chercher l'excellence de l'autre côté de l'Atlantique. Et on le comprend... quitte à froisser les âmes chagrines se demandant pourquoi ne pas privilégier les groupes du vieux continent. Rappelons que la qualité n'a ni couleur, ni papier d'identité. Dont acte.

Toujours est-il que tout au long des huit titres que proposent les Américains, le choix du label se révèle d'autant plus pertinent que l'album, au concept basé sur les turpitudes d'une famille dysfonctionnelle développant des facultés surnaturelles, fait passer l'auditeur du calme à la tempête, de la sérénité de façade à la colère éruptive, de la réflexion mesurée au caprice explosif, le tout sur une première poignée de titres ("Bridge & tunnel", "Daddy wronglegs", "Bopsky") qui envoient autant la caillasse dans les conduits auditifs qu'ils proposent de lignes de guitares volubiles et variations rythmiques aussi soutenues que joliment impromptues. Le but ici, outre le concept initial, est clairement de poser le style d'un groupe qui sait parfaitement où il va. Entre une puissance hargneuse assumée et la vélocité technique que lui confère son aisance formelle, Family évolue dans un registre détonnant avec un... étonnant sens de l'équilibre artistique ("Illegal women").

Tout à la fois rock classieux sous stéroïdes (eux citent volontiers Led Zep') et prog-metal lumineux façon "Baroness meets Mastodon meets Tool", avec un petit zeste de The Mars Volta pour le côté alambiqué (mais pas trop), le groupe de Brooklyn a le bon goût de ne jamais s'enfermer dans les clichés inhérents au genre ("Delphonika"). Metal ne veut pas dire sombre et dépression, même s'il se veut colérique. Complexe ne veut pas dire insaisissable et incompréhensible. Positif ne veut pas dire bêtement mainstream et sans âme. L'inverse étant tout aussi vrai d'ailleurs. Family, le sait et en fait la parfaite démonstration ("The wonder years") en variant ses plaisirs de composition sans jamais dériver d'un iota de ce qui fait sa ligne de conduite. Une sorte de trame scénaristique à la cohérence créative idéale ("Othermother"), flirtant avec la mouvance old-school d'un "classic progrock" élégant pour mieux se laisser aller à ses penchants les plus "hargne-core" sur les passages métalliques de l'album ("Exploding baby"). Pour un résultat aussi rafraichissant artistiquement que puissamment addictif dans l'effet qu'il produit.