Everything Everything En 2017, "A fever dream" critiquait les populistes et leurs décisions, trois ans plus tard, c'est pire, non ?
Ouais, carrément, et le populisme est encore plus répandu aujourd'hui et le changement climatique comme le COVID-19 ne font qu'alourdir la donne. Mais bon, on le savait, on se doutait bien qu'il ne serait pas suffisant pas de continuer à dénoncer tout ça. Et depuis que pas mal d'autres artistes se sont emparés du sujet, on s'y est moins intéressés. Re-Animator traite de sujets plus larges, plus universels, en fin de compte des thèmes plus importants : l'amour, la naissance, la mort, la nature, même la conscience elle-même.

Pourtant, cet album semble plus apaisé, plus pop, plus accessible...
Oui, je trouve aussi. On a voulu être plutôt directs et aussi relativement rapides dans l'exécution. Pas trop recherché, avec une perspective plus bienveillante.

Il y a quelques titres qui sonnent très proches de ce qu'a fait Radiohead sur Ok computer, comment prenez-vous cette comparaison ?
Eh bien, c'est un album fondamental pour nous. Peut-être le plus important avec Kid A. C'est difficile de renier l'influence de ce groupe. Ce sont les Beatles de notre génération, ils nous guident comme un phare.

Du coup, quel est ton album préféré de Radiohead ?
Je crois qu'on serait tous d'accord pour dire que c'est Kid A, s'il le fallait vraiment ! Il a ouvert pas mal de portes en matière de perception pour nous qui étions des ados découvrant la musique.

Est-ce que parfois vous écrivez des trucs et vous vous censurez car ça ressemble trop à autre chose qui existe déjà ?
Pas vraiment. On est plutôt du genre à virer les trucs qui ne nous excitent plus quand on les a joués plusieurs fois.

Re-Animator, c'est en référence à la nouvelle de Lovecraft et au film de Stuart Gordon ?
En fait non, on connaît ces références mais ce n'est pas lié.

En parlant de livre devenu film et de "vous", la parution du roman puis du film "Everything, Everything" ont-ils impacté la vie du groupe ?
Ça nous a rendus légèrement moins faciles à googler !

Vous avez signé chez AWAL, pourquoi ce choix ?
C'est un nouveau label très intéressant qui fait des choses très progressistes et inventives, c'est ça qui nous a accrochés. On a passé de très bons moments avec des deals chez deux majors pour quatre albums, on a bien profité de leurs ressources, mais signer avec AWAL m'a rappelé que les grosses majors internationales étaient souvent des instruments émoussés.

Vous éditez une série limitée de vinyles et de cassettes, c'est par passion pour les objets rock ou parce que les fans le réclament ?
On est des passionnés, à différents degrés et certainement moi plus que les autres. Alex achète encore beaucoup de vinyles aussi. Mais on est tous conscients de l'importance des produits physiques. Ce sont d'autres supports, pourquoi ne pas en faire quelque chose d'artistique ? Un disque, c'est particulier et c'est beau. Je n'ai pas l'impression de vraiment connaître et comprendre un morceau tant que je n'en ai pas la représentation physique entre les mains. Le streaming, c'est génial car tout est accessible mais la relation que tu peux avoir avec la musique et l'artiste est tellement plus superficielle que quand tu mets un disque, que tu lis les paroles et que tu as l'artwork entre tes mains. C'est un autre monde, un moyen pour les artistes de développer et d'approfondir leur identité et leur propre expression visuelle.

J'ai vu que vous vendiez aussi des chaussettes, d'où vient cette idée ?
Et pourquoi pas ? Les gens ont besoin de chaussettes. Je suis étonné de voir à quel point elles sont populaires...

Everything Everything - Re-animator Passons un peu de temps sur vos derniers clips parce qu'ils sont superbes, originaux et en plus réalisés par Jonathan...
"In birdsong" est très réussi visuellement, il a été réalisé durant le confinement, est-ce que sans le COVID-19, le clip aurait été le même ?

Non. Il aurait été plus probable que pour notre retour, notre premier clip soit relativement traditionnel et qu'il représente le groupe. On ne pouvait pas se regrouper donc ça nous a forcés à être ingénieux, comme quand on bricolait nos propres clips à la fin des années 2000. Jonathan a utilisé un logiciel de modélisation 3D, on lui a tous envoyé des centaines de photos de nous, prises sous tous les angles et on a demandé à la famille et aux amis de faire pareil. En plus, sans le COVID, on aurait peut-être sorti un autre morceau. Mais ça nous paraissait en décalage avec le contexte actuel et "In birdsong" semblait refléter la façon dont les gens s'étaient reconnectés avec la nature renaissante durant le confinement.

"Arch enemy" bénéficie d'un énorme travail d'animation, là aussi, c'est un boulot incroyable, vous voulez gagner tous les trophées des meilleurs clips ?
On ne gagnera rien ! On n'en gagne jamais. On accorde de l'importance à certains prix comme les Ivors ou les Mercury... En fait, on a tendance à respecter plus ceux qui nous nominent !

Enfin, "Planets" est plus psychédélique, très fun et décalé, l'idée a facilement convaincu tout le groupe ?
Ouais ! On était tous surexcités quand on a acheté le singe en peluche sur eBay. C'est encore l'expression des restrictions liées au confinement et de la difficulté de faire un clip de manière traditionnelle dans le climat actuel. Le singe s'appelle Mr Binns. Le clip est plutôt sombre en fait, mais drôle. J'ai dû appeler les gamins d'un ami pour les rassurer et leur dire que Mr Binns allait bien.

Vous vous mettiez davantage en scène dans les clips de la période "A fever dream", pourquoi cette évolution ?
Le confinement, clairement, c'était impossible d'être ensemble et de bosser tous au même endroit. Ça devrait de nouveau rapidement changer.

Vos clips ont toujours été très soignés, c'est l'occasion de poursuivre votre travail d'artiste ou une simple récréation ?
Les deux. Jonathan est un réalisateur plutôt doué, on en profite ! On a aussi toujours vu ça comme un moyen de créer notre propre identité, notre monde. Plus on peut approfondir ça, mieux c'est. C'est un des trucs qui nous a vraiment aidés à nous faire remarquer à nos débuts, et je pense qu'on a gagné la confiance des labels avec qui on bosse pour continuer à les réaliser nous-mêmes.

Vous deviez jouer dans plusieurs festivals cet été, c'est déjà reporté à l'an prochain ou il y a encore beaucoup d'incertitude ?
Il reste une grande part d'incertitude. On va reprogrammer nos propres dates mais pour le moment, les festivals, c'est impossible à dire.

Vous avez travaillé des titres en version "classique" avec Joe Duddell pour le Festival No.6 à Portmerion, vous pourriez retenter ce genre d'expériences, travailler le unplugged ou je ne sais quoi ?
Oui, on en parle beaucoup. On avait fait quelques trucs dans le même genre auparavant, toujours avec Joe, donc on était très contents de faire ça. Joe a adoré bosser avec nous sur notre musique, lui aussi, donc on ne va certainement pas s'arrêter là...

Merci beaucoup, au plaisir de se croiser en France !