Voilà maintenant cinq mois que je suis tombé sur Radio étoiles. Cette nouvelle fréquence, c'est le troisième album de L'Envoûtante. Je suis resté longtemps perché dans les astres. Je me laissais porter par la poésie émanant de la musique de ce duo venu des Pyrénées. Un duo composé de Bruno Viougeas (chant) et de Sébastien Tillous (batterie). Des ensorceleurs descendus du Jaizkibel pour insuffler un espoir féroce sous un ciel de Foehn.
L'album s'avance sur un son lancinant. Bruno Viougeas sort de l'ombre et pose un texte qui invite au voyage. L'Envoûtante maîtrise l'effet de contraste puisque l'instant d'après, le titre "Radio étoiles" cueille son auditeur sans prévenir. La dynamique est complètement renversée. Comme j'écoute la galette dans l'autoradio, rapidement, je me retrouve au volant d'un bolide. Sur la banquette arrière, les enfants gueulent aussi fort qu'à l'avant : en attendant qu'un froid glacial s'installe, j'allumerai radio étoiles. Nous ne mettrons pas longtemps à comprendre que L'Envoûtante est attaché au sauvage et au rural. Mais ils perçoivent aussi le "Beautiful" derrière un cri et jusque dans le sombre. "Peu de stars" montre un amour pour une vie ancrée dans un environnement aussi simple que source d'inspiration. Le duo se donne à un exercice de haute voltige sur "Les amants des Pyrénées". Les sonorités nous poussent à la méditation. Il ne reste plus qu'à se suspendre au texte nu du chanteur. Chaque mot ressort avec son relief, et l'on tombe dans le tourbillon d'un texte slamé. Un gouffre immense de beauté qui montre ce que la formation a dans les tripes. Après avoir été bercé par les longues nuits d'Orion et celles de Cassiopée, pouvons-nous habituer nos yeux à la nuit ? C'est la question de société que se pose L'Envoûtante dans un texte plus sombre. Influencé par le mouvement de l'éducation populaire, Bruno Viougeas peint un avenir où les ombres grandissent et redoute au p'tit matin une entorse de la rétine. Quel enchaînement ! Un vortex dans lequel je suis tombé avec délice. Et s'il faut remercier ce bol d'air, j'espère que je pourrai encore respirer cette rage stellaire. Maintenant, que "le matin vienne"...
Publié dans le Mag #70





