rock Rock > Ending Satellites

Biographie > Satellites en chute libre

C'est en janvier 2011 du côté de Bayonne que Damien Dufour (Mityx) révèle son idée de créer un projet alliant musiques et photos pour permettre aux auditeurs de se plonger dans un univers dont il ne tracerait que les contours. Une série d'EPs déboulent donc sur la toile. Quelques uns de ses amis (comme Matthieu Miegeville (Psykup, Agora Fidelio, My Own Private Alaska) viennent lui porter main forte, qui avec sa voix, qui avec sa basse, qui avec ses photos... 7 billion passengers | Only one flight est un premier opus qui sort en janvier 2012, l'aventure se poursuit en juin 2013 avec un gros EP And so sing the black birds. Tout est livré sous licence libre, il ne te reste qu'à en profiter.

Review Concert : Ending Satellites, Ending Satellites à la maison

Interview : Ending Satellites, Interviewing Satellites (août 2017)

Ending Satellites / Chronique EP > Home sessions

Ending Satellites - Home sessions Tu faisais quoi entre fin mars et fin avril ? T'étais certainement confiné chez toi à télé-travailler, ranger des trucs que tu ne savais même plus que tu les avais ou binger NetFlix. De nombreux artistes ont profité de ce temps pour composer et certains n'ont pas attendu pour exposer leurs travaux. Ainsi Ending Satellites a mis en ligne un titre par semaine sur le net à partir du 27 mars, reversant tous les bénéfices du streaming et des achats à la fondation Abbé Pierre. Un mois plus tard, l'ensemble forme le EP intitulé Home sessions (le nom n'a pas dû être difficile à trouver) qui préfigure quelles ambiances domineront le nouvel album à paraître à l'automne. Au regard de l'artwork, on peut penser que l'expédition de Damien à travers les Pyrénées lui ait inspiré quelques promenades sonores au plus près des sommets enneigés (certaines pochettes précédentes présentaient elles aussi des montagnes mais vues de loin). Et plus que les parois rocheuses, les pics granuleux et le froid, ce sont les images de la douceur de neige, sa pureté et le calme qui transpirent de ces quatre petites pièces où s'entremêlent piano et guitare. Ending Satellites a dû jouer avec les contraintes de la maison, on retrouve donc peu d'instruments et très peu de couches pour un mixage qui cherche à garder toute la clarté des notes du clavier comme de la guitare acoustique. Le post-rock ouaté disparaît le temps de "We've been there" qui intègre une gratte électrique (qui sait rester douce) et une rythmique basse/batterie qui réchauffe le tout, un titre peut-être plus ambitieux que les trois autres ou alors une petite piqûre d'adrénaline pour mettre en relief la délicatesse de ses voisins. On est alors moins dans le contemplatif et davantage dans l'action même si elle ne porte pas plus loin que le kilomètre autorisé autour du domicile. Ce petit coup de boost électrisé (qu'on retrouve à la fin de "A white monday") apporte un bel équilibre à l'ensemble et allonge la distance du voyage. Entre fin mars et fin avril, Ending Satellites a rendu le monde plus beau depuis chez lui, peu nombreux sont ceux qui peuvent en dire autant.

Ending Satellites / Chronique LP > The lost tapes | Vol. B

Ending Satellites - The lost tapes vol b Présentée au départ comme une compilation de "faces B" (donc des titres pas assez bons pour être sur un album), la série The lost tapes pouvait sembler "anecdotique" à ses débuts en 2014. The lost tapes | Vol. A présentait alors 3 courts titres (à peine 10 minutes pour l'ensemble) et si la patte d'Ending Satellites donnait beaucoup de charmes aux titres, ils pouvaient être réservés aux fans acharnés. Au printemps 2017, Damien Dufour a beau poursuivre cette idée avec The lost tapes | Vol. B, personne n'est dupe, il ne faut pas 3 ans pour sortir de vieux titres du placard, c'est bel et bien un album plus que complet et homogène qu'il nous offre (dans tous les sens du terme puisqu'il est dispo en téléchargement gratuit).

Les titres qui étaient peut-être des ébauches jusque là ont été retravaillés, réenregistrés et illustrés par des photographies (chaque plage a le droit à la sienne), Ending Satellites étant un projet artistique plus large qu'uniquement musical, il est bon également de se promener dans les différents clichés où la montagne, la mer, le soleil (souvent couchant) tiennent les premiers rôles même si l'homme n'est jamais loin (un bateau, un train, une famille, une femme...) même s'il est tout petit au regard de notre Voix Lactée. Une immersion visuelle qui complète les sensations auditives qui incitent à l'abandon de toute activité.

Aussi délicates qu'électriques, les sept pistes donnent dans le post rock de grande classe (du niveau du Mogwai qui ne chantait pas) qui procure un plaisir immédiat, le Bayonnais n'a pas pour habitude de délayer ses idées à l'infini, il les exploite au mieux dans un temps que je juge toujours trop court. Pas le temps donc de le trouver trop long (le temps), on passe d'un paysage à l'autre, d'une atmosphère tendue à une autre plus relaxante, d'une promenade sur un clavier à des riffs distordus sur un manche de guitare mais quel que soit le tempo et l'humeur, on se trouve constamment en terrain connu, celui, apaisant, d'Ending Satellites.

Ending Satellites / Chronique EP > And so sing the black birds

Ending Satellites - And so sing the black birds Ce nouvel album est écrit et joué par une équipe extrêmement resserrée puisque seul Francois Creutzer (bassiste et compositeur) aide sur "Hollow & ghosts", et seule Céline Prime apportent quelques photos, Damien Dufour est donc quasi en solo cette fois-ci. Enfin en duo car il compte sur l'auditeur pour se crééer les images qui vont avec sa musique (et ainsi mentalement enrichir la collection de clichés de vues de la nature qu'il livre avec l'album).

Le calme, la luminosité particulière et le violon de l'éponyme "And so sing the black birds" rappelle le travail réalisé par Mogwai pour la série Les revenants ou plus généralement Godspeed You! Black Emperor. Ce titre introductif s'étend sur une douzaine de minutes, il est bien plus long que les autres et comme il est très bon, on se dit que les titres suivants auraient pu eux aussi se dilater davantage car on reste sur notre faim, coupé dans notre élan, car amateur de post-rock, on s'attend à un développement tentaculaire de ces plages qui n'explosent que rarement et brièvement ("A floating point"). On est donc assez souvent surpris de voir s'enchaîner un autre morceau... Surpris aussi par le piano aux sonorités très claires de "A day in Port-Royal" dont l'intro renvoie quelque peu au thème d'Intouchables, c'est juste très beau. Très poignant. Très classe. Pas grand chose à voir mais mes lectures du moment me font voyager jusque dans l'univers de la saga du Trône de fer et sa capitale également traduite en Port-Réal parfois, un fan de l'oeuvre où les corbeaux (black birds ?) sont les messagers aurait gardé le nom anglais (King's landing) donc on a plutôt ici une référence à la Jamaïque voire à l'abbaye cistercienne base des jansénistes. Mais je m'égare. Et en l'écrivant, je me dis que nous égarer est certainement l'un des objectifs de Damien Dufour, nous perdre au milieu de mouvements ordonnés essentiellement par de belles guitares, casser net des routes grandes ouvertes, bifurquer vers de petites impasses, le chant des oiseaux noirs aurait-il la même propriété que celui des sirènes ?

Au final, il faut bien revenir sur Terre et statuer : And so sing the black birds est un excellent album de post-rock aux atmosphères limpides et aux sons délicats. Et le tout est librement accessible, s'en passer serait donc une erreur impardonnable.