C'est avec ce Shifting forms que je découvre Élie Zoé, artiste pourtant prolifique avec plusieurs albums et des centaines de concerts à son actif. On est plutôt bien connecté avec la Suisse en général mais là, j'étais passé à côté, c'est réparé avec cet album qui a certainement une saveur particulière puisque c'est le premier sous son nouveau nom, Émilie étant devenue Élie, la voix est un peu plus rauque, mais son folk est toujours aussi délicieux.
"Formes changeantes" donc, avec un clin d'œil appuyé à son expérience personnelle au travers de plusieurs titres ("Shifting forms", mais aussi "Change my name"), Élie Zoé sort d'une zone de flou et s'affirme, tant artistiquement qu'en temps qu'individu. Le chant est assuré, se veut même rassurant, sur "Devour the sun", il prend le pas sur la guitare, de par sa clarté et sa présence, les notes se font discrètes et viennent essentiellement renforcer la mélodie. Même quand l'ambiance est plus électrique, que le rythme se fait plus marqué ("The whole of the moon", "Change my name"), c'est sa voix qui se distingue, elle ouvre une nouvelle voie à l'artiste qui en profite pour nous faire découvrir d'autres horizons dénués de ce côté cristallin qu'avait Émilie. Plus intime, on se blottit près de lui ("Pale eyes", "Think like a mountain", "How we break"), conscient que si on s'éloigne trop, on perdra le lien qu'il tisse avec nous et cette relation de proximité qu'il essaye d'installer avec délicatesse.
Dans cette entreprise, il n'est pas seul, accompagné par ses fidèles amis : Louis Jucker (Coilguns) qui produit, arrange et apporte ses talents d'instrumentiste, Luc Hess (Coilguns encore) qui assure la batterie et Sara Oswald (comparse de Big Eyes Trio) qui apporte son violoncelle sur un "Dormant plants" où les sonorités se marient admirablement. Et ce sont d'autres amis, les Young Gods, qui l'emmènent sur plusieurs dates, démontrant que folk, indus ou metal, peu importe, la bonne musique ne peut être enfermée dans une case.
Ce folk épuré pourra te rappeler d'autres artistes, en fonction du background de chacun, ils seront différents. Personnellement, j'ai pensé aux débuts de Cocoon et j'ai eu envie de réécouter Onelinedrawing ou Federal, tous ayant un sens aigu de la mélodie qui touche sans avoir besoin de tonnes d'artifices. Ce sont aussi des artistes que j'ai découverts il y a près de 20 ans et auxquels je pense encore, peu importe donc quand on fait la découverte, l'essentiel est de ne pas oublier.
Publié dans le Mag #68





