rock Rock > Electric Magma

Biographie > Magma éléctrique instrumental

Il y en a qui vont être contents, mais qui vont également peut-être ressasser le fait d'avoir eu dix ans d'avance. Et pour cause, depuis cinq ans, le rock instrumental est à la mode. Si si, vous avez bien lu, et là même où des groupes tels que les Karma to Burn se vautraient commercialement il y a une petite dizaine d'années avec leur stoner instrumental, la vague post-rock est passée par là pour remettre les compteurs à zéro. Et maintenant, que ce soit Mogwai et Explosions in the Sky pour le post-rock ou Pharaoh Overlord et Monkey3 dans une veine plus stoner, le rock instrumental surfe sur la vague d'un dynamisme étonnant où quantité parvient à rimer (souvent) avec qualité.
Se revendiquant complètement comme une anomalie sur la scène heavy rock, les trois canadiens d'Electric Magma assument également parfaitement le fait de ne pas compter de chanteur dans leurs rangs. Pour eux, cet état de faits leur permet d'être plus libre d'un point de vue artistique et de pouvoir faire évoluer leur musique sans la moindre contrainte. Preuves en sont les trois LP que les natifs de Toronto ont sortis en 3 ans. Le dernier en date, Snail the wah, album composé de morceaux dits traditionnels et de jams complètement improvisé, étant le premier d'entre eux à parvenir jusqu'à nous (par le biais du label spécialiste de la cause stoner en France : Longfellow Deeds Records).

Electric Magma / Chronique LP > Coconut bangers ball

electric_magma_coconut_bangers_ball.jpg Celle-là, il fallait s'y attendre... Après 3 albums d'un stoner massif exclusivement instrumental et semi improvisé (dont Snail the wah était en quelque sorte l'aboutissement), Electric Magma a embauché ou plutôt débauché un vocaliste/ hurleur (un certain Paolo Rizzo) à l'occasion de son quatrième opus sobrement baptisé : Coconut bangers ball (là, il n'y a pas à dire, c'est du titre qui en jette...). N'y allons pas inutilement par quatre chemins, hommage avoué au mouvement sludge, ce disque est une claque monumentale. Là où leur précédent opus se révélait assez aventureux et largement improvisé, ici seuls les titres des morceaux ont été improvisés (sic). Car Coconut bangers ball est une sorte de mur de son bétonné façon anti-atomique et à la rythmique carrément dantesque. Déjà deux batteries, en général ça calme, mais là, comme si ça ne suffisait pas, elles se juxtaposent aux nombreuses décharges de riffs qui parsèment l'album et aux éclairs de rage vocale qui viennent propulser l'ensemble vers les sommets du sludge rock. Plutôt cool non ?
Riffs incandescent, groove caniculaire et fuzz étourdissant qui en met partout (mais alors... partout), le tout (oui, on fait aussi des rimes au W-Fenec) savamment enduit dans un son particulièrement dense, l'album ne dure qu'une grosse demi-heure, mais on en prend dans les tympans. Ce n'est plus un disque, ni le catalogue des 3 Suisses façon Monkey3 (riez par pitié...) mais un véritable arsenal stoner/ sludge. Certes, jamais Electric Magma n'aura aussi bien porté son nom, mais c'est avec cet album que le groupe prend une nouvelle dimension. Le groupe pilonne ses compos, en fait des tonnes tout en faisant preuve d'une maîtrise presque surhumaine. Explorant sans cesse, repoussant ses propres limites avec une foi inébranlable dans son oeuvre, le trio américain a largement densifié sa musique, coulant son alliage encore brûlant dans des rythmiques telluriques hallucinantes et quelques hurlements en forme de fulgurances hardcore. Ni plus ni moins qu'un hymne au headbang. Chirurgical et terriblement efficace. Les Electric Magma croient en eux et le problème, c'est qu'on ne peut pas les taxer d'arrogants, ils peuvent largement se le permettre. Du coup, il faut être honnête, on est pas peu fiers d'être les seuls (sauf erreur ou omission de notre part), à parler de ce groupe dans nos contrées. Curieux quand même, car Coconut bangers ball, c'est véritablement de l'or en barres... et en plus, contrairement à son prédécesseur, l'artwork est plutôt sympa. Que demander de plus ?...

Electric Magma / Chronique LP > Snail the wah

electric_magma_snail_the_wah.jpg Il faudra au moins reconnaître un mérite à Electric Magma, c'est d'avoir su choisir avec doigté l'artiste qui se chargerait du visuel de leur album. Parce que des artworks d'albums estampillés stoner, j'en ai vu quelques unes (en vrac, Clutch, Karma to Burn, Brant Bjork And The Bros) qui n'étaient pas extraordinaires, là, le groupe fait plutôt fort, et se classe en bonne place aux côtés des Blast tyrant et autres Almost heathen... Heureusement, si Electric Magma a touché le fond niveau mauvais goût, il fait complètement l'inverse avec ce Snail the wah. Découpé en deux parties distinctes, cet album adopte une forme assez traditionnelle dans la première (dont les morceaux ont été composés avant leur enregistrement) ; et plus anti-conventionnelle dans la seconde puisque les morceaux ont été intégralement improvisés à partir de quelques jams testés lors des répétitions qui ont précédé le passage en studio du groupe.
Dans sa première partie, le groupe déballe la machine à riff et la fait tourner à plein tube, lors de compositions d'une maîtrise technique irréprochable et d'une efficacité étonnante ("Red Dragon", "Cusp of Aquarius"), sans pour autant que le jeu ne tourne à la démonstration époustouflante mais complètement dépourvue d'intérêt dès le troisième morceau. Car Snail the wah est un disque où le trio américain construit des titres psychotropes dans une atmosphères hypnotiques, un album pour lequel le groupe a su trouver un feeling, un groove imparable, lui permettant de faire baigner ses morceaux dans des atmosphères psychédéliques savamment distillées. Chaque riff semble ajouter sa petite pière à un édifice rock instrumental à l'architecture pensée dans les moindres détails. La section rythmique est d'une redoutable efficacité, pendant que lignes de guitares s'assemblent avec une régularité qui après cinq/ six titres commencent à faire peur. Rien à redire Electric Magma assure, son Snail the wah respire la maîtrise absolue et la seule chose que l'on pourrait reprocher au groupe, c'est ce manque de folie ou de prise de risque qui a tendance à rendre l'ensemble peut-être un trop "parfait", ou impersonnel.
La transition, d'une pitoyable facilité, est toute trouvée, on a eu droit à un exercice de style certes brillant, mais manquant sans doute d'une once de personnalité, alors le groupe nous livre le deuxième acte de son album bicéphale. Une deuxième partie qui fait suite à un "Interlude" lancinant et qui a le mérite de faire les liens entre titres écrits et morceaux improvisés. Ces-derniers faisant leur apparition justement avec "Beertastif bongfoolery", un titre où justement, le trio semble se lâcher davantage, impro oblige et rompt avec la perfection quelque peu mécanique des titres précédents, pour dévoiler un aspect plus "borderline" de sa musique. Les riffs semblent un peu plus sur la corde raide, les rythmiques plus groovy que jamais et pourtant la nouvelle architecture proposée par le second volet de l'album est tout aussi fascinante que le premier. L'édifice semble tenir par un équilibre assez miraculeux, on sent que le groupe pourrait perdre pied à tout moment, là, où justement il faisait preuve d'une assurance confondante sur les titres précédents ; et pourtant, par la grâce des dieux, l'ensemble tient la route jusqu'au bout. Les morceaux se font tantôt plus psyché voire halluciné, tantôt plus catchy et rentre-dedans ("Lacuna Crush", "Rage of the desert love song"), ce pour le plus grand plaisir d'un auditeur, ravi d'assister à la naissance en directe d'une oeuvre aussi excitante. Car tout est là et Electric Magma, le temps d'un (presque double) album riche en couleurs, se fend d'un opus maîtrisé et abouti, spontané et finalement electrisant... on ne se refait pas.