electric_magma_snail_the_wah.jpg Il faudra au moins reconnaître un mérite à Electric Magma, c'est d'avoir su choisir avec doigté l'artiste qui se chargerait du visuel de leur album. Parce que des artworks d'albums estampillés stoner, j'en ai vu quelques unes (en vrac, Clutch, Karma To Burn, Brant Bjork And The Bros) qui n'étaient pas extraordinaires, là, le groupe fait plutôt fort, et se classe en bonne place aux côtés des Blast tyrant et autres Almost heathen... Heureusement, si Electric Magma a touché le fond niveau mauvais goût, il fait complètement l'inverse avec ce Snail the wah. Découpé en deux parties distinctes, cet album adopte une forme assez traditionnelle dans la première (dont les morceaux ont été composés avant leur enregistrement) ; et plus anti-conventionnelle dans la seconde puisque les morceaux ont été intégralement improvisés à partir de quelques jams testés lors des répétitions qui ont précédé le passage en studio du groupe.
Dans sa première partie, le groupe déballe la machine à riff et la fait tourner à plein tube, lors de compositions d'une maîtrise technique irréprochable et d'une efficacité étonnante ("Red Dragon", "Cusp of Aquarius"), sans pour autant que le jeu ne tourne à la démonstration époustouflante mais complètement dépourvue d'intérêt dès le troisième morceau. Car Snail the wah est un disque où le trio américain construit des titres psychotropes dans une atmosphères hypnotiques, un album pour lequel le groupe a su trouver un feeling, un groove imparable, lui permettant de faire baigner ses morceaux dans des atmosphères psychédéliques savamment distillées. Chaque riff semble ajouter sa petite pière à un édifice rock instrumental à l'architecture pensée dans les moindres détails. La section rythmique est d'une redoutable efficacité, pendant que lignes de guitares s'assemblent avec une régularité qui après cinq/ six titres commencent à faire peur. Rien à redire Electric Magma assure, son Snail the wah respire la maîtrise absolue et la seule chose que l'on pourrait reprocher au groupe, c'est ce manque de folie ou de prise de risque qui a tendance à rendre l'ensemble peut-être un trop "parfait", ou impersonnel.
La transition, d'une pitoyable facilité, est toute trouvée, on a eu droit à un exercice de style certes brillant, mais manquant sans doute d'une once de personnalité, alors le groupe nous livre le deuxième acte de son album bicéphale. Une deuxième partie qui fait suite à un "Interlude" lancinant et qui a le mérite de faire les liens entre titres écrits et morceaux improvisés. Ces-derniers faisant leur apparition justement avec "Beertastif bongfoolery", un titre où justement, le trio semble se lâcher davantage, impro oblige et rompt avec la perfection quelque peu mécanique des titres précédents, pour dévoiler un aspect plus "borderline" de sa musique. Les riffs semblent un peu plus sur la corde raide, les rythmiques plus groovy que jamais et pourtant la nouvelle architecture proposée par le second volet de l'album est tout aussi fascinante que le premier. L'édifice semble tenir par un équilibre assez miraculeux, on sent que le groupe pourrait perdre pied à tout moment, là, où justement il faisait preuve d'une assurance confondante sur les titres précédents ; et pourtant, par la grâce des dieux, l'ensemble tient la route jusqu'au bout. Les morceaux se font tantôt plus psyché voire halluciné, tantôt plus catchy et rentre-dedans ("Lacuna Crush", "Rage of the desert love song"), ce pour le plus grand plaisir d'un auditeur, ravi d'assister à la naissance en directe d'une oeuvre aussi excitante. Car tout est là et Electric Magma, le temps d'un (presque double) album riche en couleurs, se fend d'un opus maîtrisé et abouti, spontané et finalement electrisant... on ne se refait pas.