eels_blinking.jpg Je doute de l'impact, voire de la nécessité d'écrire des chroniques des albums de Eels. En effet, depuis le deuxième album (Electro-shock blues), l'évolution du groupe n'est plus suivi que par une poignée de fidèles dont, bien évidemment, je fais partie.
Lâchés par une partie de leur audience après le premier album et ensuite par leur maison de disque après le quatrième, personne n'aurait pu croire qu'ils pourraient quand même s'en sortir et poursuivre une carrière déjà fortement compromise. Je dis "ils" mais il serait plus juste de dire "il" puisqu'Eels c'est avant tout l'oeuvre d'un homme, ou je dirais plutôt d'un génie. E porte en effet à bouts de bras son groupe dont le line up est différent pour chaque cycle album/tournée. Sa musique se nourrit quasi-exclusivement de son "difficile" parcours personnel : soeur suicidée, mère décédée dans la foulée, père répondant aux abonnés absents... Tous ces ingrédients auraient pu donner naissance à une musique geignarde ou agaçante. Mais, et c'est là que réside tout l'intérêt de ce "groupe", c'est que sa musique, même dans les moment les plus durs, reste toujours d'une beauté, d'une simplicité saisissantes. Au fil des albums, E livre son désespoir, ses doutes, mais aussi les quelques instants de bonheur qu'il a pu partager avec sa "défunte famille".
Blinking lights and other revelations, sa dernière oeuvre, constitue quelques pages de plus de son journal intime musical. E a cette fois choisi de prendre son temps pour l'écriture, et nous livre un double album. Mais ne craignez rien, il ne s'agit pas ici d'un concept album lourdingue comme savent si bien le faire les champions du prog rock. L'album n'a pas réellement d'unité, d'ailleurs il compile des titres datant d'époques très différentes dans la vie du groupe. Je conseille aux plus impatients d'entre vous de commencer par les perles du disque("Blinking lights", "Suicide life", "Hey man", "Last time we spoke", "If you see Natalie") pour ensuite explorer les coins et recoins de l'oeuvre. Même si l'on entrevoit un peu de lumière au sein de tant de désespoir (certains textes pourront choquer par leur "sincérité"), l'album est à déconseiller aux dépressifs chroniques. Ou alors, ces derniers devront poursuivre leur écoute jusqu'au dernier titre, "Things the grandparents should know". Il s'agit d'un confession troublante de sincérité signée E dans laquelle il tente de justifier, ou du moins d'expliquer, que malgré tout il ne garde ni regret ni amertume devant toutes ces épreuves qui se sont dressées devant lui.
Ames sensibles ne pas s'abstenir.